Il y a deux ans, ils faisaient sensation avec leur premier long métrage, La Main. L’histoire glaçante d’un groupe de jeunes en quête d’adrénaline s’amusant à convoquer les esprits sans en mesurer les conséquences funestes. Le jackpot : plus de 90 millions de dollars de recettes dans le monde, alors que cette production indépendante australienne en a coûté 4,5 !
À l’origine du phénomène, des jumeaux, Danny et Michael Philippou, 32 ans. Ils ne se ressemblent pas, le premier a accentué la différence en se teignant les cheveux en blond platine. Mais tous deux sont très fiers de récidiver aujourd’hui avec Substitution. Cette fois, ils figurent Andy et Piper, un grand frère et sa petite sœur, dont le père vient de décéder d’une maladie. Ils sont pris en charge par les services sociaux qui les placent dans une famille d’accueil, en attendant qu’Andy soit majeur.
Dans trois mois, il aura 18 ans et sera en mesure de déposer une demande de tutelle pour s’occuper de Piper, qui souffre d’un handicap : elle est malvoyante. Ils sont accueillis par Laura, une quadragénaire dont la fille aveugle s’est noyée récemment dans la piscine de sa maison isolée. Elle loge Piper dans la chambre de la défunte et lui présente l’autre pensionnaire habitant sous le même toit : Oliver, un garçon mutique et si perturbé qu’elle l’enferme à double tour…
Un film d’horreur psychologique qui captive par sa complexité
Immédiatement, on est plongé dans un profond malaise devant ce film d’horreur psychologique qui captive par sa complexité et bouleverse par son sujet, le traumatisme du deuil et des violences domestiques. Dans une atmosphère inquiétante et dérangeante, le récit, intelligent et impitoyable, parle de drames intimes via la métaphore du surnaturel et des rituels occultes.
Il traduit aussi une sacrée montée en puissance des frères Philippou, qui hisse Substitution au rang de classique instantané. « En vérité, on n’osait pas espérer que La Main rencontre un succès pareil, confesse Danny. On avait même sacrifié nos propres économies pour financer le projet à hauteur de 80 %. Ce que nous déconseillait fortement notre avocat, qui nous certifiait qu’on ne reverrait jamais notre argent. On a été soulagés que le public soit au rendez-vous. Cela a lancé la préparation de Substitution. » Ils se sont inspirés d’un ami dont la fille malvoyante est soucieuse d’acquérir son indépendance et de naviguer toute seule en société. Ils ont retenu une actrice atteinte du même trouble pour le rôle principal et ont donc adapté leur mise en scène à ses contraintes. En prenant exemple sur le chef-d’œuvre Terreur aveugle (1971), de Richard Fleischer, avec Mia Farrow, qui utilise le hors-champ pour augmenter la tension.
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« Le genre est l’endroit idéal pour exprimer les émotions les plus extrêmes »
« Le genre est l’endroit idéal pour exprimer les émotions les plus extrêmes, coucher sur le papier ses peurs primales et les concrétiser à l’écran, dit Michael. En l’occurrence, la menace se trouve à l’intérieur du foyer, ce qui est bien plus effrayant que n’importe quel monstre. La personne censée protéger les enfants a d’autres motivations. » Ils ont recruté Sally Hawkins (La Forme de l’eau) qui apporte son humanité et son authenticité à cette femme brisée qui sombre dans la folie à la suite d’une tragédie. « Ce n’est pas l’incarnation du mal, juste quelqu’un en grande difficulté, indique Danny. On cherchait une interprète du même calibre que Bette Davis. »
Le duo, qui prépare activement une suite à La Main, est devenu superstitieux. « Au point d’engager un chamane pour bénir le plateau. Nous ne sommes pas particulièrement croyants, mais on ne sait jamais ! » (Rires)
Substitution ★★★★, de Danny et Michael Philippou, avec Sally Hawkins, Billy Barratt, Sora Wong. 1h39. Sortie mercredi.
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