« On est dans le même bassin, mais pas le même couloir de nage ». Ce n’est pas de la piscine Jacqueline Auriol, tout près de Beauvau, dont parle ce conseiller de Bruno Retailleau, mais de la concurrence au sein du socle commun – cette fragile coalition gouvernementale dont on ne sait plus vraiment ce qu’elle a de commun. La présidentielle approchant, les choses ne vont pas aller en s’arrangeant. À ce stade, quatre personnalités se détachent dans cette majorité composite.
À commencer par Édouard Philippe, en tête des sondages depuis des mois et seul candidat déclaré à la présidentielle. Derrière lui, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et Gérald Darmanin complètent le quatuor dans un ordre qui varie selon les baromètres. Si chaque camp fait valoir les qualités de son champion – une certaine hauteur de vue pour le Normand, la sincérité et la constance des convictions pour le Vendéen, la longue expérience ministérielle et la fibre sociale pour l’ancien maire de Tourcoing, l’énergie et la modernité pour le benjamin de la bande – tous reconnaissent la nécessité de certains ajustements. Dit autrement, pour reprendre les termes d’un sénateur influent, « chacun va devoir relever un défi dans les prochains mois ».
Durer dans le temps
Pour l’heure, la position de vieux sage au-dessus des contingences réussit plutôt à Édouard Philippe. De temps en temps, quand il le juge nécessaire, il consent à descendre de son Aventin havrais pour apporter sa pierre au débat. Et pour ceux qui voudraient approfondir, il leur donne rendez-vous en 2026 pour la présentation de son « programme massif ». Dans ses rangs, certains s’interrogent sur le tempo. À trop attendre, il risque de laisser ses concurrents installer leur récit et d’apparaître comme les seuls à porter des propositions concrètes. « On ne pourra pas faire l’économie d’une clarification progressive avant mars 2026 », prévient un soutien. Les plus impatients peuvent toujours lire son dernier essai, Le prix de nos mensonges, pour se mettre quelque chose sous la dent.
Lever des fonds
Lui aussi envisage de publier un livre. En attendant, Gérald Darmanin prépare la rentrée de son mouvement Populaires, fin août, dans son fief de Tourcoing. L’occasion pour le ministre de la Justice de rappeler qu’il reste dans le jeu, même s’il entretient soigneusement le flou sur ses intentions. Que vise-t-il vraiment pour 2027 ? Matignon ou l’Élysée ? Dans le premier cas, il faut jouer placé. Dans le second, il faut accélérer. « Je ne crois pas qu’il ait encore tranché, glisse un vieil ami du Tourquennois. S’il veut vraiment y aller, il doit faire du financement une priorité. À raison d’au moins deux dîners par semaine ! » Et de prendre exemple sur Emmanuel Macron qui a commencé à lever des fonds fin 2015. « Il rencontre des gens », assure un proche, vague.
Quatre hommes, quatre défis. Encore que d’autres y songent aussi
Élargir le spectre
Bruno Retailleau se rendra-t-il à Tourcoing, en ami ? « Peu probable », précise son entourage. La faute, paraît-il, à un conflit d’agenda. À moins qu’il ne s’agisse de prendre ses distances avec tout ce qui touche de près ou de loin à la macronie. « Nous sommes les seuls dans le bloc central à ne rien devoir au président », se plaît à rappeler le patron de Beauvau en privé. Et contrairement à ses rivaux, « on sait, sans ambiguïté, où il habite », soutient Pierre-Henri Dumont, secrétaire général adjoint des LR. Une qualité qui peut vite devenir un défaut. « Chacun a compris que Bruno était un conservateur conséquent, attaché au respect de l’autorité et à la défense de l’identité. Et après ? Qu’avons-nous à dire sur l’économie, le social, l’écologie ? », pointe un député. Dans l’entourage du Vendéen, on admet la nécessité d’élargir le spectre, sans renier la ligne. « Nous ne sommes pas prêts à tout pour gagner la présidentielle. Nos valeurs ne sont pas à vendre. »
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Définir un corpus
Gabriel Attal, lui, a le problème inverse. Ses soutiens peuvent bien répéter que sa ligne ne souffre aucune ambiguïté, on peine toujours à cerner à qui l’ancien Premier ministre s’adresse en dehors des électeurs urbains qui ne votent pas à gauche. Il suffit de demander à ses soutiens de définir l’attalisme pour s’en aviser. En dehors du premier cercle, les réponses sont confuses.
Quatre hommes, quatre défis. Encore que d’autres y songent aussi. À commencer par Laurent Wauquiez. Sa défaite au printemps n’a entaché en rien ses ambitions. Mais le patron des députés LR sait qu’il ne pourra accéder à l’Élysée que par la face nord. Seule certitude ? Il n’y aura qu’un seul ticket.
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