À quoi ressemblent les vacances de nos dirigeants ? Si l’on se fie à leurs réseaux sociaux, ils sont tous à la tâche, même au cœur de l’été. En bras de chemise, ils posent stylo à la main et regard au loin. Tandis que les Français ont la tête ailleurs, les politiques veulent montrer qu’ils ne font pas de pause même si le pays est à l’arrêt. Ainsi vont les apparences. Pour aller au-delà et tenter de cerner leur personnalité, l’exercice de l’interview agit souvent comme un révélateur. Malgré les éléments de langage et autres artifices utilisés, leurs principaux traits de caractère finissent toujours par prendre le dessus. Je vous propose de décortiquer en quelques lignes ce qui ressort et ce que j’ai perçu des nombreux entretiens menés au cours de la saison écoulée.
Gérald Darmanin, le plus habile. L’actuel garde des Sceaux est assurément le plus politique des ministres. Faisant de chacun des postes occupés un marchepied pour la suite, il s’est imposé comme un personnage incontournable et indéboulonnable de la macronie, capable d’énoncer sans ciller qu’il n’y a plus d’endroit « safe » en France après avoir passé plus de quatre ans à l’Intérieur.
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David Lisnard, le plus concentré. Il est celui qui prépare avec le plus de minutie ses interventions médiatiques. Anxieux, à la limite de l’angoisse inhibitrice, le maire de Cannes et par ailleurs président de l’Association des maires de France est un animal politique à part. Précis jusqu’à être obsessionnel dans le choix de ses mots, d’une clarté sans nuages dans ses prises de positions, il incarne une manière singulière de faire de la politique.
Édouard Philippe, le plus caméléon. Un brin dilettante, l’ancien Premier ministre est certainement beaucoup plus complexe que ce qu’il dégage. Des semaines après l’avoir interrogé à l’occasion de l’interview politique sur CNews et Europe 1, je ne comprends toujours pas ses positions sur des sujets majeurs pourtant abordés au cours de ce même entretien. Sans doute cherche-t-il à ne pas être compris tant il est vrai qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens.
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Bruno Retailleau, le plus inchangé. Le ministre de l’Intérieur veut incarner une droite qui ne cherche plus à parer les coups que lui assénait une gauche intellectuelle et sûre de son fait. Droit dans ses bottes, le premier flic de France n’a pas changé d’idées depuis ses années au Sénat en tant que président de groupe. Même ses plus fervents opposants lui reconnaissent une cohérence rare en politique.
Manon Aubry, Janus à deux visages et à double discours
Manon Aubry, la plus double. Tantôt aimable et même affable, tantôt agressive et acrimonieuse, l’eurodéputée LFI présente deux visages à ses interlocuteurs. Comme la fois où elle a chaleureusement félicité Ursula von der Leyen pour son élection à la tête de la Commission européenne après lui avoir réglé son compte dans une adresse particulièrement virulente. Janus à deux visages et à double discours.
Jordan Bardella, le plus contenu. Tout en maîtrise. Le président du RN ne laisse aucune place au hasard dans sa volonté de contrôler ce qui le concerne. Il donne l’impression d’une machine bien rôdée, trop peut-être. Une sorte de ChatGPT cherchant à réussir toutes les épreuves. La dernière d’entre elles sera la plus ardue en vue de 2027 avec deux trajectoires – la sienne et celle de Marine Le Pen – qui s’entrecroisent sans s’entrechoquer ?
François-Xavier Bellamy, le plus philosophe. Il incarne ce qu’il reste du corpus intellectuel de la droite française. À l’aise pour disserter sur les retraites comme sur les figures héroïques de la grande histoire, Bellamy a vite compris que son camp ne reviendra au pouvoir que s’il répond aux légitimes inquiétudes identitaires et morales du pays.
Olivier Faure, le plus transparent. Il n’y a rien à en dire de plus.
Olivier Marleix, le plus intransigeant. Il restera celui qui m’aura le plus impressionné en interview par sa capacité d’analyse sur les sujets de souveraineté et par sa volonté de ne pas céder au compromis mou. Sa plume-épée à la main, il devait publier un livre vérité sur la dissolution française. Non pas la dissolution de l’Assemblée, mais celle de la France. Paix à son âme.
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