Le gouvernement français a confirmé le renouvellement d’un contrat stratégique avec l’entreprise américaine Palantir, spécialisée dans l’analyse massive de données. Cette décision, présentée par l’exécutif comme un choix de continuité opérationnelle et de performance technologique, ravive toutefois de vives inquiétudes chez les défenseurs des libertés publiques, qui dénoncent un risque accru de surveillance et d’aspiration des données des citoyens français.
Un outil puissant au cœur de l’appareil d’État
Palantir fournit depuis plusieurs années des solutions d’analyse de données à différentes administrations françaises, notamment dans des domaines sensibles comme la sécurité, la lutte contre la fraude ou la gestion de crises. Ses logiciels permettent de croiser d’immenses volumes d’informations hétérogènes afin d’identifier des tendances, des réseaux ou des comportements jugés à risque.
Selon le gouvernement, ce renouvellement contractuel vise à garantir la continuité de capacités jugées « critiques » pour l’action publique, tout en respectant le cadre légal français et européen, en particulier le RGPD.
Des accusations d’« espionnage » portées par les opposants
Pour de nombreuses associations, syndicats et partis d’opposition, le problème n’est pas seulement juridique mais politique. Ils accusent l’État de confier à une entreprise étrangère, historiquement liée aux services de renseignement américains, un rôle central dans le traitement de données sensibles concernant la population française.
« Derrière le discours technologique, il y a une réalité : des outils capables d’aspirer, de croiser et d’analyser des données personnelles à grande échelle », affirme un représentant d’une organisation de défense des libertés numériques. « Même si l’État parle de conformité, le risque d’une surveillance de masse existe. »
Souveraineté numérique en question
Le renouvellement du contrat relance également le débat sur la souveraineté numérique. Pourquoi l’État français continue-t-il de s’appuyer sur une solution américaine, alors que des alternatives européennes ou nationales sont régulièrement évoquées ? Pour ses détracteurs, ce choix traduit une dépendance technologique préoccupante et un manque d’investissement stratégique à long terme.
Le gouvernement, de son côté, assure que les données restent hébergées et contrôlées selon des exigences strictes, et que Palantir n’y a pas d’accès autonome. Des garanties que les opposants jugent insuffisantes, appelant à plus de transparence sur la nature exacte des données traitées et les usages réels de ces outils.
Un débat loin d’être clos
Entre impératifs de sécurité, efficacité administrative et protection des libertés fondamentales, le renouvellement du contrat avec Palantir cristallise les tensions autour de l’usage de l’intelligence artificielle et du big data par l’État. Une chose est sûre : la question de savoir jusqu’où l’État peut – ou doit – aller dans l’exploitation des données de ses citoyens reste au cœur du débat démocratique français.







