Mathieu Kassovitz s’est excusé. L’acteur a d’abord humilié les Français de souche en affirmant qu’ils n’existaient pas, puis a ensuite déclaré qu’ils existaient, mais qu’ils ne représentaient qu’une « fin de race ». Faut-il tout oublier car il est revenu sur ses propos s’excusant d’avoir blessé, en précisant même qu’il était lui-même « un Français de souche » ? Si personne ne se retrouve vraiment dans ces allers-retours loin du bon sens, ses propos auront eu le mérite de mettre une fois de plus sur la table le débat de l’identité française.
Je suis le fruit d’un métissage que certains choisissent de mépriser. Je porte en moi l’héritage de la colonisation, que beaucoup s’acharnent à condamner. Je suis issue de l’esclavage, ce que plusieurs minimisent. Je suis également issue des conséquences de l’arrêt de l’esclavage, ce que tous applaudissent. Dans mes veines, pas de roi, pas de reine, pas de belle lignée, pas de nom à particules, pas de noblesse, mais l’héritage complexe de l’histoire de France : ses éclats de gloire, ses ombres de souffrance. Dans mes veines coule la fierté de l’histoire de France avec toutes ses facettes.
Dans mes veines coule le sang des Indiens de Madras. L’esclavage a été aboli par la France en 1848 et pour remplacer les esclaves libres, des Indiens ont été déportés en Guadeloupe. Dans mes veines coule le sang des Vietnamiens. La France avait également colonisé le Vietnam au XIXe siècle et toujours pour les besoins de main-d’œuvre dans les plantations de canne à sucre après l’abolition de l’esclavage, ce sont des Vietnamiens qui ont été emmenés sur place.
Dans mes veines coule le sang des Congolais. Entre 1858 et 1861, plus de 6 000 « Kongos » arrivent en Guadeloupe. Les planteurs de cannes à sucre continuaient de chercher de la main-d’œuvre au plus faible coût à l’étranger notamment au Congo-Brazzaville. Dans mes veines, coule le sang des Bretons venus au XVIIe siècle coloniser la Guadeloupe et y établir des plantations de canne à sucre. Beaucoup venaient de Bretagne et d’autres régions de France, pour émigrer vers les Antilles. La demande croissante de sucre faisait de la Guadeloupe notamment un point stratégique.
Dans mes veines coule le sang des Bretons du XVIIe siècle
Comme Mathieu Kassovitz, il est fascinant de constater comment, aujourd’hui, certains jonglent avec leur identité, mettant en lumière une part de leur métissage tout en effaçant une autre. Certains Français, à l’image de Mathieu Kassovitz pour mieux revendiquer l’histoire de l’esclavage qui coule dans leurs veines, proclament haut et fort leur africanité au détriment de leur antillanité ou leur francité. Jongler avec son identité alors qu’en réalité celle-ci est française avec toutes ses particularités… Un Antillais a forcément vécu le métissage, d’autres profils, non. Un Antillais dans ses spécificités a forcément vécu l’esclavage dans son histoire, un Africain, non. Peut-on avoir chacun son identité et ses particularités tout en respectant celle des autres ? Le véritable défi est d’accepter son histoire, qu’elle soit belle ou douloureuse, car c’est à partir de cela que l’on peut se projeter vers un avenir dénué de chaînes.
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Ce rejet d’une partie de l’histoire de France et de notre identité déracine plus qu’il n’enracine. Un arbre ne peut porter des fruits que lorsqu’il a des racines profondes. Se couper de ses racines c’est se couper de son identité, de son avenir. Accepter qui on est essentiel pour mieux se projeter demain. Construire au lieu de détruire, avancer en regardant le passé en face, l’accepter, et en tirer force pour croître, transmettre et être libre.
Mathieu Kassovitz, était tantôt uniquement métisse en reniant sa francité, tantôt « français de race » par sa mère. « Je respecte évidemment tous les Français, qu’ils soient de souche ou immigrés, qu’ils soient métissés, qu’ils soient importés ou qu’ils soient là depuis longtemps », a-t-il déclaré. Français de souche s’oppose au Français métissé.
Au fond, l’acteur comme tant d’autres, avait dans un premier temps fait l’éloge du métissage à la française, comme si moins vous êtes Français de souche, plus vous serez Français. Notons au passage que d’autres affirment l’inverse. Mais comment valoriser l’autre sans affirmer la richesse de sa propre culture ? Comment valoriser l’acceptation de l’autre, de la culture des autres, des identités des autres, mais pas la nôtre ? Comment importer leurs combats existentiels, tel la Palestine, l’Ukraine, l’Afghanistan, et tant d’autres sans accepter sa propre existence ? Ses propres combats existentiels ? Comment peut-on s’égarer en minimisant notre identité nationale tout en cherchant l’acceptation universelle ? Comment peut-on prétendre accueillir l’autre sans être fortement accroché à son identité ?
Pour moi, être Français de souche, c’est être enraciné dans l’amour pour son pays
La France dans sa générosité et dans son accueil, exige respect et reconnaissance. Elle demande à être aimée pour qui elle est. Pour moi, être Français de souche, c’est être enraciné dans l’amour pour son pays. C’est aimer le drapeau tricolore, être patriote, et défendre la France. C’est être fier de son patrimoine, de sa culture et de son histoire. C’est accepter les racines chrétiennes qui ont façonné cette nation. Le français de souche est fier de la France des cathédrales et des clochers, des églises et des villages. C’est celui qui peut défendre les frontières des autres parce qu’il respecte les frontières de son propre pays. C’est celui qui respecte les identités des autres car il connaît et valorise sa propre identité.
J’ai la France ancrée dans mes veines, son histoire gravée en moi. Noire, métissée, Française. Moi, la métisse, descendante d’esclaves, je regarde mon passé, ses failles et ses forces, et je déploie fièrement le drapeau de mon identité. Bleu. Blanc. Rouge.
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