
En novembre 2021, main sur le cœur, Christophe Castaner, alors patron des députés macronistes à l’Assemblée, appelle à faire de la promotion du made in France une priorité nationale. Quatre ans plus tard, l’ex-ministre de l’Intérieur conseille le géant chinois du vêtement jetable Shein en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Au Sénat, où l’on examine à partir de lundi une proposition de loi anti-fast-fashion, ce choix de carrière suscite des réactions contrastées. Il n’a échappé à personne que l’ancien ministre d’Emmanuel Macron a pris publiquement position contre ce texte visant à réduire l’impact environnemental de la filière textile. Preuve, selon certains, que l’homme « a vendu son âme au diable ».
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Certains l’accusent d’avoir vendu son âme au diable
Pour ne rien arranger, Christophe Castaner fait l’objet d’un signalement concernant des soupçons de lobbying clandestin adressé à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique par deux associations. Vieux copain de Christophe Castaner, le président des sénateurs macronistes, François Patriat, est mal à l’aise. « On a le droit d’avoir une vie après la politique, plaide le sénateur de la Côte-d’Or avant un tacle glissé. Ce texte vise à protéger les acteurs français de l’habillement. En s’y opposant, il peut donner le sentiment de jouer contre son camp… » Patriat est toutefois formel : « Casta » ne fait pas de lobbying. Ils se sont vus deux fois depuis le début de l’année, « et à aucun moment Shein n’a été abordé », promet-il. Il n’empêche, le sénateur UDI Olivier Henno observe depuis quelques années une intensification des stratégies d’approche de nos élites par des acteurs étrangers. « Dans le monde d’avant, celui de la concurrence libre et non faussée, on regardait les choses sous un angle strictement commercial. Nous avons changé de monde : l’époque est aux guerres d’influence. Or, chacun sait que les sociétés chinoises, pour le cas qui nous occupe, entretiennent des relations étroites avec Pékin », pointe le sénateur centriste.
À ceux qui le présentent comme un ambassadeur de la fast-fashion, Christophe Castaner répond qu’il n’est pas salarié de Shein et précise que le contrat entre sa société de conseil et le géant chinois porte sur de l’accompagnement et non du lobbying. Il estime donc que l’ampleur des critiques dont il fait l’objet relève d’une forme de patriotisme mal placé : « Je remarque qu’il y a un narratif très particulier à l’encontre des entreprises étrangères. Avant l’arrivée de Shein, la part de l’industrie made in France représentait 3,5 % de la consommation… » Et de jouer le couplet des élites contre le peuple : « On peut considérer que les 23 millions de Français clients de Shein l’an dernier sont idiots et doivent être sanctionnés financièrement. Ou, au contraire, pousser ce groupe à investir dans de bonnes pratiques, comme je m’y emploie. » Un peu gros… Y croit-il sincèrement ou n’est-ce que pur cynisme ? Au regard de son parcours politique, le doute est permis.
Au PS, où le jeune Castaner a fait ses armes, ses anciens camarades ironisent : « Comme quoi, le rocardisme mène à tout », ironise un ancien ministre. Jean-Christophe Cambadélis, ex-Premier secrétaire, n’est qu’à moitié étonné de la trajectoire du camarade de Forcalquier, « très indifférent au qu’en-dira-t-on ». Comme lorsque, premier flic de France, Casta est photographié en 2019 dans une boîte de nuit, après une journée de mobilisation des Gilets jaunes. « Je ne sais pas s’il croit sincèrement agir pour le bien de la planète. En revanche, je peux vous assurer qu’il se fout royalement de ce qu’on peut en penser. Après tout, il ne fait plus de politique depuis deux ans. Il est encore libre de faire ce qu’il veut de son temps libre ! » fait valoir un marcheur de la première heure.
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