On croyait la liberté inaliénable. On la découvre fragile, contestée, minée. À l’occasion du Sommet des Libertés, organisé le 24 juin avec Contribuables associés, l’Institut Sapiens, Périclès et le JDNews, un sondage CSA exclusif révèle un constat implacable : 80 % des Français estiment qu’au moins une liberté fondamentale est aujourd’hui menacée dans leur pays. Dans un paysage politique saturé d’indifférence apparente, c’est un indice d’inquiétude massive, durable, et surtout… transpartisane. Car le malaise n’a pas de camp : il traverse toutes les générations, tous les milieux sociaux, tous les électorats.
La critique ne vient pas seulement des marges : 88 % des CSP+ s’en font l’écho, 88 % également chez les jeunes de moins de 35 ans. Même tonalité chez les électeurs les plus engagés, à gauche comme à droite : 94 % des sympathisants de La France insoumise, 88 % de ceux du Rassemblement national. Les opposés se rejoignent, mais cette fois sur le constat, pas sur les remèdes. Cette alerte dit quelque chose de profond : une défiance installée, un doute rampant sur l’état de nos institutions, sur la capacité de l’État à garantir les fondements du pacte social. Comme si la promesse de liberté – inscrite au fronton des mairies – avait cessé de résonner dans les esprits.
Le baromètre est formel : sur les douze grandes libertés analysées, onze sont perçues comme menacées par au moins un tiers des Français. Une statistique écrasante, qui en dit long sur le climat du moment. Ce n’est pas une crainte isolée, mais une méfiance diffuse, protéiforme, qui ronge peu à peu le lien civique. En tête des libertés considérées comme fragilisées, un trio hautement symbolique : la liberté d’expression (58 %), la vie privée (51 %) et la liberté de la presse (47 %). Autrement dit, la possibilité de dire, de vivre, d’informer – les piliers mêmes d’une démocratie vivante.
Mais la liste ne s’arrête pas là. Liberté de religion (44 %), d’éducation (44 %) ou de réunion (43 %) suscitent elles aussi un sentiment de menace chez une part importante de la population. Même la liberté de circulation (40 %) ou celle de conscience (39 %) ne sont plus tenues pour acquises. Le droit d’entreprendre, la liberté syndicale, le droit de vote : aucun domaine n’échappe à la suspicion. Ce n’est pas la colère d’une frange radicale, ni un simple effet de loupe médiatique. C’est un climat d’inquiétude généralisée au moment où la liberté semble devenue, pour beaucoup, un bien en voie de raréfaction.
Un jugement sévère sur l’État
Les Français ne se contentent pas de constater l’érosion des libertés. Ils désignent un responsable : l’État lui-même. Près d’un sur deux (47 %) juge négativement son action en la matière, contre un maigre 9 % qui lui accordent un satisfecit. C’est un désaveu total, presque unanime, tant le contraste est frappant.
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Le diagnostic est encore plus tranché lorsqu’on observe l’évolution dans le temps. Pour 57 % des personnes interrogées, les libertés se sont affaiblies au cours des huit dernières années. Huit ans, soit le temps d’une séquence politique entamée avec l’espoir d’un renouveau démocratique, et refermée sur un bilan de défiance. Le souffle du « en même temps » semble avoir laissé place à un étouffement silencieux. Et la lumière au bout du tunnel paraît bien lointaine : seuls 7 % des Français estiment que les libertés se sont renforcées depuis 2017. Une infime minorité, quasi résiduelle, qui souligne l’ampleur du décrochage. Ce n’est plus une critique, c’est une rupture de confiance. Un divorce latent entre les citoyens et un pouvoir perçu comme incapable de préserver les droits fondamentaux, ou pire, qui y est indifférent
Un consensus rare
Face à cette défiance envers l’État, les Français n’en restent pas là. Ils expriment une attente nette, massive : 76 % d’entre eux souhaitent que les responsables politiques s’engagent davantage à défendre les libertés. Autrement dit, que la liberté – trop souvent reléguée au rang de mot-valise – redevienne une boussole, une exigence concrète, un cap politique.
Un divorce entre les citoyens et un pouvoir jugé incapable de préserver les droits fondamentaux
Cette aspiration traverse tous les clivages. Elle n’est pas l’apanage d’un camp ni le slogan d’une chapelle idéologique. Elle vient autant des jeunes que des plus âgés, des électeurs de gauche que de ceux de droite. Un consensus rare, à l’heure où tout divise. Le désir de liberté n’oppose plus, il rassemble.
Car la liberté n’est pas qu’un étendard de droite ou un héritage de gauche : c’est un socle partagé. Le besoin de parler sans peur, d’être protégé dans sa vie privée, de croire ou de ne pas croire, de manifester, d’enseigner, de circuler sans contraintes inutiles… Ces libertés, les Français veulent qu’on les protège. La question des libertés, longtemps cantonnée aux discours d’intellectuels, revient aujourd’hui au cœur du débat public. Mais pas sous la forme théorique que lui donnaient les orateurs d’antan. C’est un retour inquiet, presque défensif, face à une accumulation de secousses : crise sanitaire, censure sur les réseaux sociaux, pressions wokistes sur l’expression… Autant de fissures dans l’édifice démocratique.
La liberté comme promesse
En quelques années, la liberté est passée du statut de principe sacré à celui de variable d’ajustement. Le masque obligatoire a ouvert la voie au QR code, les lois sécuritaires ont banalisé l’exception et les tribunaux de l’opinion ont remplacé le débat d’idées. Dans ce paysage, la liberté ne se vit plus, elle se soupçonne, se surveille, se défend. Alors, assiste-t-on à l’émergence d’un nouveau clivage idéologique ? Pour l’instant, aucun parti ne s’est véritablement emparé de cette angoisse. Mais le terrain est fertile. Et celui qui saura poser la liberté comme promesse plutôt que comme relique pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre politique.
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