L’essentiel
- Christophe B., un homme de 53 ans originaire du Var, a tenu des propos racistes sur les réseaux sociaux pendant des années avant de passer à l’acte en tuant son voisin tunisien, Hichem Miraoui, et en blessant un homme turc, ce qui a conduit le Parquet national antiterroriste à se saisir de l’affaire.
- L’ancien patron de la DGSI, Nicolas Lerner, avait averti en juillet 2023 qu’ « en France, dix actions terroristes d’inspiration néonazie, accélérationniste, raciste ou complotiste ont été déjouées depuis 2017, avec des cibles aussi variées que des citoyens de confession musulmane ou juive, des élus ou des francs-maçons. »
- Selon Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, « Il y a une menace latente, qui n’est pas intense mais qui est réelle. Elle est prise en compte par les services de renseignement et le Pnat depuis longtemps. Mais on ne peut pas dire qu’il y a plus de menaces aujourd’hui qu’hier. Elle est aussi moins structurée que la menace djihadiste et que celle d’ultragauche. »
Sur son profil Facebook, Christophe B. affiche un racisme décomplexé. « Il fallait voté Marine [Le Pen] et que ce soit les politiques qui vire les mauvais immigrés », écrit en 2019 ce chaudronnier aujourd’hui âgé de 53 ans, originaire de Puget-sur-Argens, dans le Var. Sous un article qu’il a partagé, il dénonce « le nombre de voitures brûlées par notre belle jeunesse issue de l’immigration » lors de la soirée du Nouvel An. En janvier 2020, il poste un article de 20 Minutes titré « Nicole Belloubet confirme la sortie de 450 détenus radicalisés en 2019 ». « HE BEIN IL Y A INTÉRÊT DE BIEN GRAISSÉ LES FUSILS », commente-t-il alors. « C’est vraiment une velle culture cette religion musulman », ironise-t-il en mars 2020.
Les propos qu’il tient sont, avec le temps, de plus en plus inquiétants. En 2016, c’était une mesure voulue par l’ancienne ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud Belkacem, qui le mettait en colère, à savoir les cours de langue arabe au primaire. « A la rentre prochaine j espère qu l on t aura mis un coran dans le culs et que tu bouffera les pissenlit par la racine sale pute !!! » s’emporte-t-il sous un article de LCP qu’il a posté. Amateur de tir sportif, Christophe B. publiera, en mai 2023, la photographie d’un pistolet de calibre 9 mm de marque Bul. « Pour la chasse 😉 », commente l’un de ses amis, ancien militaire devenu agent de sécurité. « MDR », lui répond Christophe B.
Une dizaine d’actions terroristes
Samedi dernier, Christophe B. a mis ses menaces à exécution. Il a d’abord publié des vidéos sur les réseaux sociaux, dans lesquelles il exhibe cette même arme. « Ça, c’est qu’un pétard mais y en a, y en a un peu, y a du pompe, y a tout ce qu’il faut. » Il a ensuite précisé ses intentions. « Ce soir on dit stop, stop aux islamiques de mes deux. Putain de Français de mes deux, réveillez-vous, sortez vos couilles, allez les chercher là où ils sont », explique-t-il selon Libération, qui a pu visionner ces vidéos. Christophe B. a fait « allégeance » au drapeau « bleu-blanc-rouge ». Puis il est allé tuer son voisin, un homme de nationalité tunisienne né en 1979, en lui tirant dessus à cinq reprises. Un homme de nationalité turque a également été blessé.
Pour la première fois, le Parquet national antiterroriste (Pnat) s’est saisi des investigations sur cet homicide raciste lié à l’ultradroite. Un crime qui pourrait être qualifié d’attentat en raison de la volonté de l’auteur « de troubler l’ordre public par la terreur », a indiqué à l’AFP une source proche du dossier. Dans une interview accordée au Monde en juillet 2023, l’ancien patron de la DGSI, Nicolas Lerner, évoquait le risque terroriste que fait peser « la mouvance d’ultradroite, forte d’environ 2.000 personnes ».
« En France, dix actions terroristes d’inspiration néonazie, accélérationniste, raciste ou complotiste ont été déjouées depuis 2017, avec des cibles aussi variées que des citoyens de confession musulmane ou juive, des élus ou des francs-maçons », confiait-il alors. « Cette menace peut émaner d’individus solitaires qui nourrissent une haine absolue contre ceux qu’ils tiennent pour responsables de leurs difficultés et de celles du monde », précisait-il. Nicolas Lerner ajoutait que « le risque peut aussi provenir de l’action de petites cellules constituées en marge d’associations ou de groupes préexistants ».
« Il y a une menace latente »
Le procès de 16 membres du groupe Action des forces opérationnelles (AFO), soupçonné de projets terroristes anti-musulmans, doit débuter le 10 juin prochain à Paris. Selon les enquêteurs, la cellule francilienne d’AFO aurait projeté de faire « exploser » la porte d’une mosquée de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) et de positionner des « tireurs à longue distance ». Des armes à feu et des milliers de munitions avaient été trouvées lors de perquisitions, notamment des éléments entrant dans la fabrication d’explosifs de type TATP. Fin 2021, six membres de l’ « Organisation des armées sociales », dont sa principale figure Logan Nisin, ont écopé de peines allant jusqu’à neuf ans d’emprisonnement. Ils voulaient commettre des attaques terroristes afin d’« enclencher la “remigration” basée sur la terreur ».
« Il y a une menace latente, qui n’est pas intense mais qui est réelle. Elle est prise en compte par les services de renseignement et le Pnat depuis longtemps. Mais on ne peut pas dire qu’il y a plus de menaces aujourd’hui qu’hier. Elle est aussi moins structurée que la menace djihadiste et que celle d’ultragauche », explique à 20 Minutes Jean-Charles Brisard, le président du Centre d’analyse du terrorisme.
Il existe, dit-il, « plusieurs courants, très variés » au sein de l’ultradroite : « les survivalistes, les accélérationnistes [qui veulent une guerre civile], les suprémacistes blancs… » « Les groupes sont généralement identifiés très tôt par les services de renseignement, démantelés et rendus inopérants, ajoute-t-il. On a plus affaire à une menace venant d’individus isolés qui répondent à la propagande ou aux appels à la haine. »





