
L’Assemblée nationale a examiné ce 2 juin une proposition de loi visant à promouvoir à titre posthume Alfred Dreyfus au grade de général de brigade. Ce texte, défendu par Gabriel Attal pour les députés Renaissance, trouve un écho au Sénat via Patrick Kanner, président du groupe socialiste. Derrière ce geste symbolique, à l’occasion des 90 ans de la mort de Dreyfus, se cachent des lignes de fracture bien contemporaines : faut-il réparer aujourd’hui une injustice historique, en pleine crispation politique autour de la lutte contre l’antisémitisme ?
Publicité
Retrouvez toutes les antisèches du JDD
La suite après cette publicité
Le MoDem s’oppose à ce geste, craignant qu’il n’offre « un brevet d’honorabilité » à des formations comme La France insoumise ou le Rassemblement national, que le parti centriste accuse d’ambiguïtés présentes ou passées vis-à-vis de l’antisémitisme.
La suite après cette publicité
Une affaire d’État qui a divisé la France
L’affaire Dreyfus débute en 1894, quand le capitaine Alfred Dreyfus, Français juif d’origine alsacienne, est accusé à tort d’avoir livré des documents militaires à l’Allemagne. Il est condamné au bagne à perpétuité et envoyé sur l’île du Diable, en Guyane. Cette condamnation repose sur des faux documents produits par des membres de l’armée, dans un climat de fort antisémitisme et de tension avec l’Allemagne depuis la défaite de 1870.
En 1898, le retentissant article« J’accuse… ! » d’Émile Zola met l’affaire en pleine lumière, dénonçant un complot judiciaire et politique. La France se divise entre dreyfusards, défenseurs de la justice et des droits de l’Homme, et antidreyfusards, nationalistes et antisémites. L’affaire atteint son apogée en 1899 et s’achève en 1906 avec la réhabilitation de Dreyfus par la Cour de cassation. Mais il ne retrouvera qu’un rang inférieur dans l’armée, une injustice que les propositions de loi actuelles cherchent à réparer.
La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
Un symbole d’injustice et de République
L’affaire Dreyfus incarne la lutte pour la vérité et la justice, contre l’antisémitisme et l’arbitraire d’État. Elle marque l’entrée de la société française dans une ère où la presse joue un rôle critique majeur. Dreyfus, par son histoire, est devenu un symbole universel de l’iniquité institutionnelle et du courage civique.
Lui rendre aujourd’hui les galons qu’on lui avait indûment refusés, c’est, selon les partisans du texte, compléter l’œuvre de réparation de la République. « Régler un point de cette affaire qui ne l’a pas été, c’est fondamental pour la République », déclare Charles Sitzenstuhl, rapporteur du texte. Ce geste posthume serait aussi un message fort face aux résurgences actuelles de l’antisémitisme.
Source : Lire Plus






