Dix balles. Les dernières ont été tirées à bout portant. Avec calme et détermination, un homme encagoulé, descendu d’une voiture où se trouvaient des complices, a commencé à viser avec un fusil à lunette, puis s’est approché pour achever sa victime. Celle-ci n’avait aucune chance de s’en sortir. Les faits se sont déroulés le 4 juin, près de la salle des fêtes du Lamentin, vers 22 heures. Il n’y a eu ni bagarre ni précipitation : c’était une exécution orchestrée par des professionnels du crime. La victime n’avait que 13 ans.
Le Lamentin, ville de 20 000 habitants située à 10 km de Pointe-à-Pitre, s’étend sur 33 km², semblable à La Rochelle, mais avec une densité quatre fois moindre, ce qui confère un sentiment d’espace, de campagne, de tranquillité et de douceur de vivre. Cette ville a longtemps été prisée pour son ambiance sereine, ses rivières, ses espaces forestiers, ses sentiers de randonnée et ses sources d’eau chaude. Sa végétation luxuriante permet même aux familles défavorisées de vivre grâce aux avocats et aux fruits à pain du jardin, ainsi qu’au cacao et au café. Les arbres fruitiers prospèrent abondamment et, dans les différents quartiers, le boulanger et le poissonnier parcourent les maisons pour distribuer leurs produits. Le taux de natalité au Lamentin a toujours été supérieur à la moyenne guadeloupéenne, oscillant entre 13 et 19 pour mille ces dernières années. Le Lamentin était réputé pour ses valeurs : joie de vivre, sens du collectif et solidarité entre ses habitants, évoquant ainsi un cadre de vie rural paisible, similaire à celui d’autres campagnes françaises.
Utilisation décomplexée des armes
Cependant, à l’image du reste de la Guadeloupe et de la France, la sécurité a commencé à se dégrader. La natalité a chuté et le calme n’est plus présent dans tous les quartiers. Drogue, armes à feu et violences s’accompagnent de décrochages scolaires et de familles monoparentales, souvent selon le schéma observé en métropole. Le maire du Lamentin, Jocelyn Sapotille, également président de l’Association des maires de Guadeloupe, se distingue par son engagement sur le terrain et sa proximité avec la population. Grâce à une série de décisions proactives, il s’est efforcé de prévenir les situations les plus critiques : interdiction de la vente d’alcool, fermeture anticipée des épiceries, couvre-feux, réunions régulières avec les forces de l’ordre et les citoyens, ainsi que le déploiement de 54 caméras de vidéoprotection.
Jocelyn Sapotille, comme les autorités locales, s’alarme depuis longtemps de la circulation des armes à feu. Les Antilles sont devenues une porte de sortie pour la drogue à destination de l’Hexagone. Les armes à feu sont introduites clandestinement par voie maritime, sans que les douanes puissent les intercepter, en raison d’un manque de personnel.
Depuis le début de l’année 2025, la Guadeloupe et les îles du Nord ont enregistré 27 homicides volontaires
Depuis le début de l’année 2025, la Guadeloupe et les îles du Nord ont enregistré 27 homicides volontaires, dont 16 par arme à feu, 110 tentatives d’homicide, dont 67 impliquant des armes à feu. Le meurtre du jeune de 13 ans constitue le cinquième homicide en huit jours en Guadeloupe, et les victimes sont de plus en plus jeunes.
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Une victime en difficulté
Jemahel, la jeune victime , était déscolarisé. Il avait des antécédents défavorables auprès des services de police et était connu des autorités judiciaires. Des vidéos sur les réseaux sociaux le montrent brandissant une arme à feu, qu’il semble avoir du mal à soulever à seulement 13 ans. Certains voisins témoignent : « Ce n’était pas du tout un petit garçon ! C’était un petit homme qui terrorisait les gens. Un voleur, un bandit, mal élevé, agressif et menaçant, n’ayant aucun respect pour personne, même pas pour sa mère, qu’il injuriait sans cesse. Elle avait peur de lui. À ce rythme, il aurait fini par devenir un meurtrier ! » Il avait été convoqué quatre fois par le maire, n’allant plus à l’école depuis ses 12 ans.
Le dispositif municipal mis en place permet en général d’identifier et de convoquer les enfants en situation de décrochage scolaire, et dans 60 % des cas, il aboutit à une réinsertion. Mais Jemahel ne s’est présenté à aucune convocation. Sa mère, bien que présente, déplorait ne pas avoir les moyens de le faire venir. « C’est une mère qui s’est battue, avec la force et les moyens qu’elle avait. Elle s’est battue pour son enfant mais n’y arrivait pas », insiste une habitante. Plusieurs femmes du quartier expriment leur solidarité envers la mère endeuillée et évoquent le climat de violence qui fait obstacle à l’éducation de leurs enfants. Bien que Jemahel vive en famille, son père est en prison depuis un certain temps…
Mesures en attente
À la suite du drame, le commandement général de la gendarmerie a été déployé au Lamentin. Diverses réunions doivent se tenir pour trouver des solutions. La ville mise sur sa police municipale, composée de quatorze agents, plus cinq nouvelles recrues à venir. Bien que la police sur place soit armée, les armes létales dont elle dispose ne peuvent pas être utilisées, poussant les agents à recourir à des armes intermédiaires. Alors que les délinquants sont de mieux en mieux équipés, les policiers se retrouvent de plus en plus désarmés face à cette criminalité.
Alors que les délinquants sont de mieux en mieux équipés, les policiers se retrouvent de plus en plus désarmés
Plusieurs propositions ont été soumises au gouvernement par Jocelyn Sapotille, dont la création d’un « cadre légal exceptionnel, limité dans le temps, permettant aux forces de l’ordre d’intervenir sur la base d’informations corroborées par des enquêtes, afin de récupérer les armes avant qu’elles ne soient utilisées, en contournant les lourdeurs procédurales habituelles ». Le président des maires de Guadeloupe attend, pendant que la jeunesse sacrifiée s’effondre avec toute la société dans l’indifférence.
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