Il n’y avait pas d’autre solution que le retour à la fameuse table des négociations dans la guerre qui a vu s’affronter Israël et l’Iran ces derniers jours. Nous l’avons martelé à de maintes reprises car c’est à la fois de l’ordre de l’évidence et du bon sens. Donald Trump, en annonçant la nuit dernière un cessez-le-feu total entre Tel Aviv et Téhéran, veut nous laisser croire qu’enfin, tout ce qui a été fait par les uns et par les autres la semaine passée a payé, pour le bien de l’humanité et la sécurité globale. Il faut croire à un accord qui mette un terme aux missiles tombés sur l’Iran, sur Israël et plus récemment sur le Qatar et sur l’Irak.
Car il y a à un moment un point ultime que personne ne veut franchir : l’engrenage fatal et la fameuse « troisième guerre mondiale », devenue une arlésienne qui doit le rester. Dans un conflit comme celui que nous avons vécu, chacun cherche à se défendre, et surtout à se faire craindre pour être respecté. Israël souhaitait annihiler les installations nucléaires iraniennes, ce qu’il prétend avoir fait avec le concours des États-Unis. Dont acte. Vrai ou faux, ce qui compte est la certitude qu’il en a et tant mieux, car au fond cela arrange tout le monde qu’on en reste là, c’est-à-dire qu’on s’arrête avant l’effondrement à risque du régime iranien.
L’Iran a pris cher en une semaine, miné par une guerre « préventive » menée sans répit par Tel Aviv, l’affaiblissant sûrement et durablement. Sûrement pour qu’il ne représente plus une menace substantielle pour l’État hébreu et la région. Durablement, car quatre à cinq ans de répit entre les belligérants représente une éternité à l’échelle du Moyen-Orient. C’est de cela qu’il faut se satisfaire : faire taire les armes un temps, et parvenir à un cessez-le-feu aussi fragile soit-il. Mais revenir à un dialogue constructif, y compris pour faire plier le régime des mollahs.
Dans les conflits hybrides qui déchirent le Moyen-Orient depuis trente ans, les armes n’apportent guère de solution durable
Dans les conflits hybrides qui déchirent le Moyen-Orient depuis trente ans, les armes n’apportent guère de solution durable. Les interventions militaires ont au contraire souvent aggravé les tensions, alimentées des cycles de violence, et engendré des souffrances considérables pour les populations civiles. L’Irak, la Syrie, le Yémen, la Libye ou encore récemment Gaza témoignent de l’échec patent des solutions armées.
Bien que de nombreux experts de plateau télé passent leur temps à servir la soupe militaire comme unique réponse et solution à une menace politique, on constate à quel point le peu qu’il reste du multilatéralisme triomphant perdure : le dialogue. En fait, les armes peuvent imposer un rapport de force temporaire, ce qui plaît aux militaires stratégiquement parlant, mais elles ne résolvent pas les causes profondes des conflits. Pendant que les missiles pleuvaient sur Tel Aviv et Téhéran, les diplomaties s’agitaient en sous-main.
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Donald Trump, qui vient d’annoncer un cessez-le-feu total, a usé des deux ressorts dont il disposait : l’arme lourde permettant la destruction des sites nucléaires iraniens enfouis (et dont il qualifie l’opération américaine de succès comme les Israéliens), et l’arme de la parole pour discuter avec l’ennemi. Nous étions arrivés à un tel paroxysme dangereux pour toute la planète, politiquement comme économiquement, qu’il était urgent de parvenir à un accord et la fin des combats. La fermeture du détroit d’Ormuz aurait handicapé toute la planète, y compris l’allié chinois de Téhéran. Le Qatar, une fois encore, a joué le rôle de courroie de transmission. En visant encore hier la base américaine d’Al Udeid, sur le sol qatari, le régime iranien voulait montrer qu’il pouvait encore se venger de l’attaque américaine à moindres frais, certes. Viser une installation aux Émirats ou en Arabie saoudite aurait eu des conséquences bien plus néfastes.
Dans le même temps, Doha condamnait fermement l’agression dont il venait d’être l’objet avec les Américains, mais poursuivait au nom de la sécurité régionale son action : le Qatar est « ami », stratégiquement parlant, avec l’Iran, puisqu’il partage le plus grand champ gazier du monde, mais son alliance s’est renforcée depuis le blocus de 2017 et l’isolement total de Doha provoqué par Riyad. Il lui était donc facile, de par sa tradition de médiation dans la région, de faire le lien avec les États-Unis, et indirectement Israël avec qui il discute depuis des mois et des mois sur le sort des otages israéliens dans le territoire palestinien mais également sur un cessez-le-feu total.
Israël ne pouvait pas aller plus loin sans mettre davantage en danger les Israéliens, qui ont vécu des nuits difficiles, comme jamais sur leur propre sol. Les mollahs ont voulu se sauver, ce qui ne satisfera pas forcément les Iraniens, qui ont subi encore davantage de répression pendant la guerre. Et Donald Trump dans tout cela ? En apportant son concours à Tel Aviv pour une « victoire » éclair contre l’Iran, et une rapide atteinte des objectifs de guerre fixés par Netanyahou qu’était la destruction des sites nucléaires, le président américain nous ressort sa carte du transactionnalisme pour cesser le combat : Israël n’aspirait sûrement pas à une nouvelle guerre qui puisse s’enliser, pas plus que l’Iran affaibli comme jamais. Encore moins Donald Trump, qui parvient en 48 heures à aider l’État hébreu, achever un temps la menace iranienne, maintenir le régime affaibli sans provoquer le chaos, et continuer à rassurer son électorat MAGA, qui lui aurait fait payer cher aux prochaines élections de mi-mandat, une implication totale et durable de l’Amérique sur place.
*Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l’IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l’Institut d’Études de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).
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