L’essentiel
- Au cours de la Fête de la musique, 145 personnes se sont dites victimes de « piqûres sauvages », des injections qui auraient été réalisées à leur insu, alors qu’elles faisaient la fête.
- Combien de cas ont été identifiés ces dernières années ? Le ministère de la Justice affirme ne pas détenir de chiffres spécifiques
- « Toute la difficulté pour nous va être de matérialiser les faits : nous devons recueillir des éléments probants, pas seulement la désignation d’un suspect », précise la porte-parole de la police, la commissaire Foucault.
Aux quatre coins de la France, la même histoire, la même inquiétude. Samedi, alors que la Fête de la musique battait son plein, 145 personnes se sont dites victimes de piqûres sauvages, des injections administrées à leur insu, alors qu’elles faisaient la fête. A Montpellier, une jeune femme s’est présentée auprès des CRS après avoir été piquée en pleine rue. Le suspect, filmé par un témoin, a été interpellé peu après. A Toulouse, c’est un ado qui a été pris en charge par les pompiers après avoir ressenti une vive douleur à l’omoplate. A Metz, seize jeunes filles de 14 à 20 ans, dont plusieurs ont fait des malaises, auraient été victimes. A Paris, treize affaires de ce type ont été signalées. Une ado de 15 ans a fait un malaise après avoir été piquée au bras dans le quartier de Bastille. Dans le 16e arrondissement, c’est un ado irakien qui a été pris de violents maux de tête juste après avoir senti une piqûre.
Si l’inventaire est inquiétant – notamment à l’aune de la saison des festivals et des grands rassemblements estivaux -, le phénomène reste difficilement quantifiable. « Dans certains cas, la piqûre est assez facilement matérialisable, notamment lorsque les victimes sont prises en charge immédiatement. Mais l’écho autour de ces piqûres sauvages peut créer une forme d’inquiétude qui va pousser des gens à se manifester parce qu’elles ont fait un malaise ou constaté une trace suspecte », analyse la commissaire Agathe Foucault, porte-parole de la police nationale. Ainsi à Béthune, où une jeune femme a cru être victime de ce phénomène, les premiers éléments de l’enquête laissent en réalité penser qu’il s’agissait… d’un cure-dent.
Appels sur les réseaux sociaux
Avant même la Fête de la musique, des appels à « piquer » s’étaient répandus sur les réseaux sociaux, créant une angoisse au sein de la population. Si les messages initiaux sont difficilement identifiables, ceux invitant les femmes à la plus grande prudence ont été partagés des milliers de fois, poussant les participantes à être aux aguets. Ces appels à piquer sont d’autant plus incompréhensibles que leur objectif est flou. Quel est le mobile de ces piqûres ? Les violences sexuelles ? Générer de la peur ? Une (très) mauvaise blague ? « Il faut faire attention à ne pas tomber dans la psychose, insiste une source au sein du ministère de l’Intérieur. Cela reste un phénomène extrêmement limité même s’il ne faut évidemment pas le prendre à la légère. » Et de rappeller que 145 personnes se sont manifester sur des millions à faire la fête.
Combien de cas ont été identifiés ces dernières années ? Impossible à dire. Le ministère de la Justice affirme ne pas détenir de chiffres car les piqûres sauvages sont classifiées dans une catégorie plus large : l’administration de substance nuisible, voire les violences volontaires avec arme. Le ministère de l’Intérieur indique également ne pas faire de décompte spécifique depuis 2022. Cette année-là, quelque 2.077 plaintes avaient été enregistrés, dont beaucoup se sont terminées par un classement sans suite, notamment parce qu’aucune trace de substances chimiques n’a été décelée.
Si les investigations ne font que commencer pour cette Fête de la musique 2025, un constat s’impose : le fossé entre les signalements et les plaintes. A Rouen, par exemple, 19 personnes se sont signalées le soir de la Fête de la musique mais « seules trois personnes ont déposé plainte », selon le procureur de la République de Paris. Si le processus judiciaire peut faire peur, le magistrat précise qu’une partie des désistements s’expliquent par le fait que les victimes ont réalisé qu’elles avaient, en réalité, été piquées par des insectes. De même à Paris, treize signalements ont été recueillis mais seules quatre enquêtes sont en cours, précise le parquet.
La difficulté de matérialiser les faits
Quid des 14 hommes, âgés de 19 à 44 ans, interpellés partout en France le soir de la Fête de la musique ? La majorité des gardes à vue ont été levées au cours du week-end sans qu’il y ait – pour l’heure – des poursuites. Si les enquêtes se poursuivent, ces investigations sont souvent compliquées. « Toute la difficulté pour nous va être de matérialiser les faits : nous devons recueillir des éléments probants pour qu’il puisse éventuellement y avoir un procès, pas seulement la désignation d’un suspect », poursuit Agathe Foucault. Et la commissaire d’insister : « Plus nous intervenons rapidement et plus nous avons de chances d’y parvenir ».
Désormais, un protocole a été mis en place pour prendre en charge les victimes : elles sont immédiatement conduites aux urgences. Outre la prise en charge médicale, l’objectif est d’effectuer le plus rapidement possible un prélèvement pour trouver la substance avec laquelle a été piquée la personne. « Il faut faire cela le plus rapidement possible car certaines substances restent très peu de temps dans le sang, poursuit la porte-parole. Le GHB, par exemple, n’est plus décelable six heures après l’administration. La suite se passe comme une enquête classique, notamment à l’aide de la vidéoprotection et des témoignages. « D’une manière générale, lors d’événements de ce type, c’est toujours bien d’avoir des vêtements couvrants et d’être attentif. Au moindre doute, il ne faut pas hésiter à se manifester », insiste la commissaire de police.





