Le JDNews. Pourquoi avez-vous vivement réagi à l’émission « Sur le front », sur France 5, dans laquelle Hugo Clément mettait en cause les pratiques agricoles ?
Arnaud Rousseau. Pour une raison simple : nous avons régulièrement, notamment sur le service public, des reportages systématiquement biaisés sur l’agriculture française. Nous avons fait des efforts considérables depuis trente ans et nous allons continuer à progresser grâce à l’innovation. Aujourd’hui, l’agriculture française est reconnue comme l’une des plus vertueuses au monde.
Continuer à diffuser de telles contre-vérités nous heurte profondément. Par exemple, dire que le maïs « utilise 25 % de l’eau » est faux puisque l’agriculture, toutes cultures confondues, ne représente que 10 % du volume d’eau prélevé en France.
L’agriculture ciblée est présentée comme « industrielle ».
Ces qualificatifs, tels qu’ils sont présentés par certains dans les médias, sont outranciers. La vérité, c’est que l’agriculture française est d’abord familiale et patrimoniale… La ferme française moyenne fait 70 hectares ; la plus grande ferme ukrainienne fait 700 000 hectares ! Ce dénigrement systématique est insupportable et les agriculteurs ne le supportent plus. Qu’on soit critiqués, je peux l’entendre, mais pas avec ces mensonges sur l’eau ou la pollution des sols… Jamais on ne parle de bénéfice-risque, d’innovation ou de recherche : on préfère la petite musique anxiogène…
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« Personne ne veut revenir à l’époque où nos grands-parents avaient le dos brisé »
Tout cela s’apparente à une entreprise de destruction systématique de l’agriculture française. À la fin, on pourra faire la leçon à toute la planète… sauf qu’on ne produira plus chez nous, on dépendra d’ailleurs. La souveraineté alimentaire est un sujet de première importance. Dans le contexte international, ignorer le défi de produire pour nourrir sur son sol national serait d’une naïveté confondante. Inutile de faire peur en prétendant que les Français n’auront plus à manger, mais l’enjeu de maintenir notre appareil productif et d’enrayer notre dépendance grandissante aux importations est plus criant que jamais.
Le service public abîme-t-il la large sympathie dont vous bénéficiez dans l’opinion ?
Je ne veux pas faire le procès des médias du service public qui, dans bien des reportages ou des rendez-vous populaires comme le Tour de France, est le meilleur défenseur de notre agriculture en valorisant nos productions, nos terroirs… Et, par ailleurs, je me réjouis effectivement de voir l’opinion publique soutenir massivement les agriculteurs.
Il est touchant pour nous de voir, depuis deux ans, des gens venir à notre rencontre, mesurer la difficulté de faire ce métier, face aux aléas climatiques et aux injonctions paradoxales des citoyens qui nous disent leur attachement à une agriculture de proximité, mais dont les actes de consommateurs en sont parfois éloignés.
De l’autre côté, c’est un paradoxe français, nous avons des personnes qui, pour des raisons sans doute partisanes ou idéologiques, veulent faire croire que l’agriculture française n’aurait pour objectif que de détruire l’environnement, de polluer les sols et d’empoisonner ses concitoyens. Ces mauvais procès sont très injustes et désagréables.
Finalement, c’est toujours votre rôle dans la société qui est dénigré.
À une heure de grande écoute sur une chaîne du service public, ce reportage s’apparente à une instruction à charge : ça rend les agriculteurs dingues, parce que ça n’est ni de près ni de loin la réalité de ce qu’ils vivent. Il donne une fois de plus le sentiment que les agriculteurs seraient des parias, ce que nous ne sommes pas.
« Les 3 500 amendements déposés par LFI et les Écologistes ont rendu impossible toute discussion »
Quand j’entends Monsieur Mélenchon dire qu’il faudrait remettre 500 000 agriculteurs à la terre, c’est-à-dire doubler le nombre d’agriculteurs d’ici cinq ans… Pardon, mais Pol Pot avait tenté et ça ne s’est pas bien terminé ! L’agriculture, c’est un métier sérieux : aujourd’hui, on a besoin de l’innovation et de la technologie. Personne ne veut revenir à l’époque où nos grands-parents avaient le dos brisé. Pour nous, les tracteurs et les technologies sont essentiels.
Les Français se soignent quand ils sont malades, nous soignons nos plantes, nos animaux, dans le respect du cadre légal. On ne peut pas se couper du principe de réalité : quand on produit du maïs, c’est aussi pour nourrir le bétail français. Et pas comme je l’ai entendu dans le reportage, pour tout mettre dans des méthaniseurs !
D’autant que les méthaniseurs ont du bon !
Ils fournissent une énergie locale qui vient se substituer à du gaz fossile qui est importé. Tout est contre-vérité, tout est raccourci. J’invite Hugo Clément à aller voir ce qui se passe ailleurs, et à se rendre compte qu’en France, le maïs est souvent produit dans des exploitations qui ont des animaux, des canards dans le Sud-Ouest, des troupeaux… Et que l’utilisation de l’eau n’est pas la privatisation du vivant ; le cycle de l’eau est simplement différé : la molécule d’eau ne disparaît pas !
Mardi prochain, la proposition de loi Duplomb, qui vise à lever les contraintes, sera examinée en commission mixte paritaire. Elle y avait été directement renvoyée pour contourner l’obstruction parlementaire…
Dans les cours de ferme, ce texte est très attendu, et depuis trop longtemps. Il reprend une partie de ce qui nous avait été promis lors des grandes manifestations de janvier 2024. C’est le rôle du Parlement de débattre, mais les 3 500 amendements déposés par LFI et les Écologistes ont rendu impossible toute discussion dans le temps imparti. Ce sont des manœuvres dilatoires que nous avons évidemment dénoncées avec force.
Nous sommes lucides, cette loi ne résoudra pas la totalité des problématiques de l’agriculture. Mais elle a du sens, pour la question de l’eau ou, par exemple, pour la possibilité de mettre quelques animaux supplémentaires dans un élevage sans s’infliger un dossier de plusieurs centaines de pages et des surcoûts importants. Nous comptons sur l’autorisation de produits utilisés partout ailleurs en Europe, sur les préfets qui pourront inciter l’OFB à privilégier la procédure administrative à la procédure judiciaire…
La moisson a commencé et elle s’annonce plutôt bonne cette année…
Vous savez, le paysan parle de la récolte quand elle est dans la benne ! Il ne sera pas difficile de faire mieux que l’an dernier, l’une des pires récoltes des quarante dernières années ! Nous aurons une idée plus précise fin juillet, mais effectivement, elle se présente bien et c’est une bonne chose. Le revenu d’un agriculteur, c’est un volume multiplié par un prix, moins des charges. Aujourd’hui, les charges augmentent, les prix sont plutôt dégradés… Heureusement, les volumes s’annoncent au rendez-vous !
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