Veste en cuir, faux airs d’Anthony Hopkins dans Le Silence des agneaux : en visioconférence depuis les États-Unis, Dennis Lehane affiche une vraie dégaine d’acteur de thriller. Et pourtant, c’est bien dans l’ombre, là où il excelle toujours, que l’auteur de romans aussi sombres que célèbres, comme Mystic River ou Shutter Island, a concocté Smoke. Une série inspirée de faits réels, centrée sur des pyromanes, et qui glace littéralement le sang.
JDD. D’où vient cette idée ?
Dennis Lehane. Pendant que je terminais Black Bird (2022), ma précédente série, j’ai découvert un podcast, Firebug, qui m’a fasciné : il y était question d’un pyromane qui a terrorisé la Californie pendant dix ans et qui enquêtait sur ses propres crimes tout en écrivant un roman à ce sujet… C’était fou ! Avec l’équipe, on s’est dit : « Embrassons cette folie ! »
On s’en est inspiré, notamment pour les techniques utilisées dans les incendies. Même si nos personnages sont totalement fictifs. Au final, c’est une série très sombre, excentrique, mais qui s’avère aussi parfois étonnamment drôle. Le ton alterne donc, car nous ne voulions pas que Smoke s’enferme dans une case.
Tout du long, le feu semble d’ailleurs une métaphore…
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Oui, car je ne l’évoque pas qu’au sens littéral. L’histoire parle aussi du feu intérieur, celui qui consume les gens : la passion, la colère, le chaos, le besoin de se détruire, l’obsession… J’ai voulu explorer tout ça dans la série.
« Il fallait coller au réel »
Et, en parallèle, il y a cette réflexion sur l’identité: qui sommes-nous vraiment ? Quelle distance existe entre ce que nous montrons au monde et ce que nous sommes au fond ?
L’univers des pompiers est ici particulièrement bien exploré. Avez-vous collaboré avec eux dès le départ ?
Non, pas au début. La majeure partie de mes idées et de la construction du scénario étaient issues des informations liées au podcast. Ensuite, j’ai évidemment fait beaucoup de recherches sur des cas d’incendies criminels. Il fallait coller au réel, que ce soit le plus crédible possible. Et une fois le tournage lancé [à Vancouver, NDLR], nous avons travaillé de très près avec les pompiers locaux.
Votre succès, au départ, est essentiellement littéraire. Comment passe-t-on de l’écriture d’un roman à celle d’une série ?
Ce sont deux exercices complètement différents. Le type de concentration n’a rien à voir. L’écriture d’un livre demande une Ce sont deux exercices complètement différents. Le type de concentration n’a rien à voir. L’écriture d’un livre demande une concentration absolue, dès le réveil et presque jusqu’au coucher: je me mets au travail chez moi dès que j’ouvre les yeux, en sautant du lit, un café à la main !
Pour un scénario, je peux me lancer n’importe quand, à 16 heures, dans un bar ou ailleurs, peu importe : un script, c’est un plan pour 150 personnes qui vont ensuite œuvrer ensemble. Alors que je considère un roman comme un tête-à-tête intime entre un auteur et son lecteur.
Vous êtes à l’origine de best-sellers mondiaux comme Shutter Island et Mystic River. Comment gérez-vous cette notoriété ?
Honnêtement, je ne suis célèbre qu’à Boston, ma ville natale, et à Paris (rires). Et ça me suffit largement ! Je n’aime pas être en première ligne, ce n’est pas mon truc. Pourquoi, chez vous ?Je n’en ai aucune idée, mais vous m’aimez bien et c’est formidable. J’aime aussi les Français, alors je viens souvent dans votre pays, comme à Lyon récemment. Vos lecteurs ont toujours eu un vrai attachement à mes romans et j’adore échanger avec eux. Mais sincèrement, être sur le devant de la scène, très peu pour moi !
Justement, allez-vous revenir à l’écriture de romans?
Je ne pense pas car cela devient de plus en plus difficile pour moi avec le temps. En revanche, créer une série et la produire me plaît vraiment. Par conséquent, je pense que l’avenir sera plus tourné vers la télévision. J’espère d’ailleurs que Smoke connaîtra trois saisons. La deuxième est déjà écrite…
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