Ses parodies musicales croquées dans le vif de l’actualité étaient vivement attendues chaque jeudi chez « Zemmour et Naulleau », l’émission de Paris Première où Sandrine Sarroche a sévi pendant deux ans. Même les invités les plus taciturnes, de tous bords politiques, ne savaient pas y résister très longtemps. Elles sont aujourd’hui aussi indissociables de ses spectacles que le titre de Titanic à un concert de Céline Dion.
En tournée dans toute la France depuis le mois d’avril avec son nouveau seul en scène, la comédienne reprend, entre deux sketchs, quelques-unes des chansons qui ont fait sa marque de fabrique et son succès : la drôlissime Il s’appelle Ciotti sur l’air de « Ziggy » de Starmania, Quand Véran dégrafe son corsage, hommage irrésistible au téton découvert du ministre de la Santé pendant le Covid, ou encore lel, un truculent détournement de « Belle » (le tube de la comédie musicale Notre-Dame de Paris) inspiré par l’entrée du nouveau pronom « personn-iel » neutre dans le dictionnaire.
En trois notes de musique et deux traits de plume d’une redoutable efficacité, Sandrine Sarroche dézingue avec jubilation les travers de nos élus. Elle dépeint aussi avec justesse, sans manquer d’en rire, notre quotidien, des relations de couple aux débats de société, de la question du genre aux « bonobos » parisiens.
Une façon de brouiller les pistes,
entre la vérité et la fiction
Son tout premier spectacle, en 2007, s’intitulait Je m’appelle Ségolène. Désormais, Sandrine Sarroche utilise son nom, et rien d’autre, comme titre pour l’affiche. Mais si son seul patronyme suffit à remplir les salles, une fois sur scène, elle commence quand même par se présenter, elle, la provinciale originaire de Toulon, mère coiffeuse, qui a débarqué à Paris pour faire des études de droit. Une fois les présentations faites, elle peut s’éloigner de sa personne pour laisser vivre ses personnages dont une concierge portugaise qui se plaint de son mari, tout en restant à la périphérie de sa propre histoire. Une façon de brouiller les pistes, entre la vérité et la fiction.
« Sous couvert de fiction, je parle bien sûr de ma vie, mais je m’interroge toujours sur la pertinence et l’intérêt d’en faire des sketchs. Je raconte des choses très personnelles comme le divorce, la ménopause, qui ne sont pas forcément toujours très drôles au départ. C’est pour cela que j’aime ce mélange. » Elle est aussi très bonne imitatrice, incarnant tour à tour Jane Birkin, Fanny Ardant ou Arielle Dombasle.
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Le salon de coiffure familial à Toulon a été sa première scène, inégalable source d’inspiration au sein duquel se confient, bigoudis sur la tête, des femmes de tous les âges et de tous les milieux sociaux. À la naissance de sa soeur, la petite Sandrine, à peine âgée de 4 ans, leur relate l’accouchement de sa mère comme si c’était le sien. « J’étais la mascotte des clientes. Dans un salon, on rigole beaucoup, on raconte aussi ses problèmes. D’ailleurs, les gens disent souvent quand ils vont chez leur psy qu’ils vont se “faire laver la tête”. »
La voie semble déjà tracée alors qu’elle suit des cours de théâtre, joue du piano, apprend le chant lyrique au conservatoire de Toulon. Pourtant, cette véritable phobique de la paperasse opte, par sécurité, pour le droit, et se retrouve juriste dans une administration. Une bifurcation de parcours d’une petite dizaine d’années avant de retrouver la scène et ses premières amours.
« On se complète et on fonctionne
très bien ensemble »
Au moment où Paris Première recherche une chroniqueuse pour intervenir dans l’émission d’Eric Zemmour et Eric Naulleau, sa rencontre avec Christian Bouclier et François Bernheim, ex-directeur artistique, compositeur pour Brigitte Bardot et Patricia Kaas, marque une nouvelle étape. Sandrine, qui composait jusqu’alors ses spectacles seule, a désormais deux coauteurs à ses côtés. « Ils viennent du monde de la musique. Dans notre travail, il y a un côté insolite et original qui vient de cet attelage peu académique. On se complète et on fonctionne très bien ensemble, ce qui ne nous empêche pas de nous disputer beaucoup. »
Sandrine n’a plus de nouvelles d’Éric Zemmour mais a gardé le contact avec Éric Naulleau, toujours fidèle, qui vient voir ses spectacles. Il sera sans doute dans la salle de l’Opéra Garnier où elle reprend pour une quinzaine de jours son rôle dans Les Brigands d’Offenbach. Classée humoriste de droite, cela ne l’empêche pas de bousculer tout le monde avec une énergie féroce, à commencer par elle-même. « Je crois au pouvoir libérateur de la parole. Je me souviens de cette phrase de David Lynch qui disait que le politiquement correct, “c’est comme un pansement sur une plaie purulente”. L’image est horrible, mais il faut pouvoir parler de tout, et surtout s’empresser de rire. »
« Les Brigands », au Palais Garnier (Paris 9e).Du 26 juin au 12 juillet. 3 h 05.
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