Le JDNEWS. Votre groupe est tentaculaire, mais les Français ne vous connaissent pas toujours. Que représente la Compagnie des Alpes aujourd’hui ?
Dominique Thillaud. Nous sommes présents sur trois grands métiers : la montagne, les parcs de loisirs et l’hospitality. Historiquement, nous avons commencé il y a trente-cinq ans, en reprenant des stations de ski en difficulté. Aujourd’hui, nous exploitons des domaines comme Tignes, Val-d’Isère, La Plagne, Méribel… Côté parcs, nous avons repris le Futuroscope, le Parc Astérix, le musée Grévin, les Walibi en France, Belgique et Hollande, et récemment un parc en Allemagne. Et depuis 2022, nous avons étoffé notre activité avec l’hébergement (MMV, Travelski, Mountain Collection) et même des loisirs urbains avec Urban Soccer et Urban Padel.
Quel est le fil conducteur d’activités aussi diverses ?
Nous nous concentrons sur les loisirs réels, par opposition aux loisirs numériques. C’est notre raison d’être : créer du lien social, en famille, entre amis, dans la vraie vie. L’inverse du jeu vidéo sur un canapé ! Nous proposons des expériences physiques, immersives, dans des lieux dédiés. Voilà notre marque de fabrique. Le digital, chez nous, n’est qu’un outil, et non une finalité.
Vous affichez une croissance à deux chiffres. Quels en sont les moteurs ?
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Les loisirs sont devenus une priorité. Depuis le Covid, les gens sanctuarisent leurs dépenses liées aux vacances et aux moments partagés, au détriment des achats d’impulsion. Ce qu’ils attendent en retour, c’est une expérience améliorée et sans cesse renouvelée. Nous investissons donc beaucoup pour leur offrir cela, et nous apportons une attention extrême au détail. Le client voit tout : une peinture mal faite, une file d’attente mal gérée, ça se ressent. Nos équipes sont également très engagées, cela fait la différence. En effet, notre stratégie paie : toutes nos années depuis 2022 sont des records ! En deux ans, nous avons connu une croissance de 30 %.
Vous mentionnez vos équipes, rencontrez-vous des difficultés à recruter ?
On a 12 000 équivalents temps plein, cela fait du monde, avec beaucoup de saisonniers dans les parcs d’attractions et les domaines skiables. On apporte un soin particulier à cette question du recrutement. L’engagement de nos salariés fait toute la différence. C’est pour cela qu’on cherche à les fidéliser, notamment en leur attribuant des actions s’ils travaillent plusieurs saisons avec nous. On les paie un peu mieux aussi que la concurrence. Enfin, on travaille beaucoup sur la santé et la qualité de vie au travail. Ce sont des questions majeures pour nous dans des métiers parfois accidentogènes.
Vous avez récemment investi dans Urban Soccer et Urban Padel, est-ce un virage vers d’autres types de loisirs ?
Je parlerais plutôt d’une extension logique. Le sport, c’est déjà notre ADN avec le ski. Et ces lieux ont une forte dimension sociale. Ce qui est intéressant, c’est que 4,5 millions de personnes vont jouer chez Urban chaque année. Beaucoup d’entre eux sont aussi nos clients en station ou dans les parcs. Un Français sur quatre vit au moins une fois par an une expérience avec la Compagnie des Alpes, sans même le savoir.
Vous visez le net zéro carbone en 2030, sans compensation. Comment y parvenir concrètement ?
Nous n’achetons pas d’indulgences modernes, c’est-à-dire de crédits carbone. Nous réduisons, gramme par gramme. Par exemple, une journée skieur émettait 1 400 g de CO₂ en 2022. En 2024, nous sommes passés à 212 g. Nos dameuses, à la montagne, tournent aujourd’hui avec des huiles de friture recyclées. Et tous nos résultats sont publiés en euros… et en CO₂, vérifiés par nos commissaires aux comptes.
Comment anticipez-vous l’avenir de vos activités, notamment face au changement climatique ?
Nous opérons uniquement dans des stations de haute altitude ou bien exposées, ce qui garantit une viabilité sur 50 à 60 ans. En revanche, l’activité estivale en montagne reste marginale : 2 % de notre chiffre d’affaires. On teste, mais on n’a pas encore trouvé le bon modèle économique. À l’inverse, les parcs connaissent une montée en puissance en hiver avec Halloween, Noël, etc. Cette diversification saisonnière est essentielle.
Quelles sont vos priorités pour les années à venir ?
Continuer à croître en Europe : consolider notre position dans la montagne, faire de nouvelles acquisitions de parcs, mais aussi développer notre réseau Urban Soccer en France. Et surtout, rester fidèle à notre ligne : des loisirs physiques, du lien humain et des expériences inoubliables. Au Futuroscope, nous venons d’inaugurer « Missions Bermudes », un roller coaster levé en ascenseur avant d’être projeté sur l’eau, et au Parc Astérix, notre dernière expérience, Toutatis, est l’une des plus spectaculaires au monde. Il faut que nos visiteurs ressortent en se disant : « Ça, je ne l’ai vu nulle part ailleurs ! »
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