Le spleen de l’après-Matignon appartient au passé. Depuis quelques mois, Gabriel Attal a retrouvé des couleurs – au sens propre comme au figuré. Après quelques semaines de flottement à l’automne dernier, le patron des députés Renaissance fourbit ses armes. Première étape : transformer un parti moribond en machine de guerre pour la présidentielle. Un travail de titan. À l’automne 2024, Renaissance ne compte que 8 500 adhérents à jour de cotisation. Surtout, le parti souffre d’un mal structurel : l’absence d’ancrage territorial. Depuis sa création, En Marche, devenu Renaissance, n’a jamais su s’implanter durablement, faute de réseaux locaux solides et d’élus enracinés.
Autant de failles que l’éphémère Premier ministre, élu à la tête du parti en décembre, s’emploie à combler. Sa priorité : clarifier la ligne politique de Renaissance, trop souvent perçue comme le simple décalque des intuitions d’Emmanuel Macron. « Auparavant, notre ligne se résumait à “Le président a dit que…” Désormais, les choses sont claires : nous sommes libéraux sur l’économie, fermes sur le régalien et progressistes sur les droits sociétaux », fait valoir un fidèle.
Marquer sa différence
Signe manifeste de l’émancipation d’Attal, « il n’a plus aucun contact avec le président », souligne un proche qui prend soin de préciser que « ce n’est pas du fait de Gabriel, lequel a toujours attendu une sollicitation du président en cas de besoin ». Dès son installation à la présidence du mouvement, Gabriel Attal lance plusieurs groupes de travail chargés de plancher sur l’écologie, le régalien, l’économie et le social. À la manière de Nicolas Sarkozy en son temps, les résultats de ces travaux sont présentés lors de conventions thématiques. Avec ce souci constant de formuler des « propositions différenciantes », selon la formule – toute macronienne – d’un proche du député des Hauts-de-Seine. Comprendre : clivantes. Comme lorsqu’il propose fin mai d’interdire le port du voile dans l’espace public pour les mineurs de moins de 15 ans, sans préciser comment il compte mettre en œuvre cette mesure. À ceux qui doutent de sa faisabilité, son entourage rappelle que l’interdiction de l’abaya à l’école avait, elle aussi, suscité les mêmes réserves. « On nous disait qu’il serait impossible de distinguer ce vêtement religieux, et pourtant, nous y sommes parvenus », balaie un fidèle.
Sa priorité : clarifier la ligne politique de Renaissance
À l’heure où les prétendants plus ou moins sérieux pour 2027 se multiplient dans le bloc central, Gabriel Attal entend marquer sa différence. En début de semaine, il a voulu frapper un grand coup avec son idée de réforme des retraites sans âge légal, mais avec une durée de cotisation plus longue. « Quand certains se contentent de proposer l’introduction d’une dose de capitalisation dans le système des retraites, nous, on fait péter l’âge de départ unique ! Résultat, tout le monde en parle », se gargarise un proche de l’ancien Premier ministre.
La remarque s’adresse surtout à Édouard Philippe. Les deux hommes visent sensiblement le même électorat. Même si, à l’issue d’un déjeuner en tête-à-tête la semaine dernière, leurs rapports sont qualifiés de « bons » par les entourages. Au moins en apparence… Pour l’heure, le maire du Havre conserve une longueur d’avance dans les sondages. Gabriel Attal n’en prend pas ombrage. Alain Juppé, le mentor d’Édouard Philippe, n’était-il pas donné à 35 % des intentions de vote en novembre 2015 ? On connaît la suite. Au reste, le patron des députés de Renaissance a la chance d’être assis sur un trésor de guerre : « Son parti est riche, très riche… », observe un philippiste avec envie. De quoi mener une grosse campagne présidentielle sans regarder à la dépense. Autre atout plus inattendu : le retour des militants. L’élu de Vanves l’a mesuré lors du grand meeting de Renaissance à Saint-Denis le 6 avril, où quelque 9 000 personnes ont répondu présent. « Qui est capable de faire ça aujourd’hui ? » se félicite-t-on dans son entourage, non sans une certaine forfanterie. Pour Gabriel Attal, cet événement marque un tournant. « Il se passe quelque chose », confie-t-il le soir même à ses proches.
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La fin de la solitude
Mais pour que sa légitimité ne souffre d’aucune contestation, il lui reste quelques angles morts à corriger. À commencer par sa réputation de solitaire, replié sur un petit cercle de fidèles, qui alimente les crispations jusque dans son propre camp. Depuis plusieurs semaines, il multiplie les déjeuners avec ses députés, leur confie davantage de responsabilités. « Il y a encore peu de temps, il ne lui serait pas venu à l’esprit de me demander mon avis. Il nous intègre beaucoup plus, c’est appréciable », glisse l’un de ses commensaux. Cet été, l’ancien Premier ministre a prévu de s’accorder des vacances un peu plus longues que d’habitude pour réfléchir au contenu de son premier livre. Un passage quasi obligé pour tout prétendant à la présidentielle.
À partir de l’automne, il prendra le large avec une tournée dans les pays d’Afrique francophone, avant un déplacement en Amérique du Nord début 2026. En attendant, Gabriel Attal ne cache plus ses ambitions. Samedi après-midi, au Cirque d’hiver, à Paris, où les Jeunes avec Macron célébraient leur dix ans, il a déclaré vouloir tracer « un chemin » pour 2027. Si ce n’est pas une montée en puissance, ça y ressemble.
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