Nous ne sommes ni les arbitres du destin politique ni les dépositaires de la solution institutionnelle. Par notre présence, nous témoignons d’une réalité qui ne souffre d’aucune contestation : celle d’un territoire fragilisé, d’un modèle économique à bout de souffle, et d’une population fracturée qui attend des réponses concrètes. Nous sommes au bord du précipice et les conséquences tangibles se lisent dans la vie quotidienne de milliers de Calédoniens qui font face aux plus grandes difficultés pour leurs besoins essentiels : se nourrir, se loger, se déplacer, se soigner. Le constat est sans appel : il n’y aura pas de perspectives sans relance économique. Pas de stabilité sans croissance. Pas d’avenir sans une économie solide et durable.
Ce Sommet se doit d’être historique. Il doit l’être pour les politiques de notre territoire, appelés à dénouer et à dépasser les clivages. Il doit l’être pour l’État, dont la responsabilité est d’accompagner sans dominer. Il l’est pour nous tous, si nous voulons éviter que l’histoire ne se répète et vienne empiler des ruines sur des ruines.
Dans un tel contexte, le monde économique calédonien n’attend plus de discours ni de reports. Il attend des décisions claires, une vision assumée, et un engagement sans ambiguïté qui offre le temps long et nécessaire à la reconstruction. Il attend de connaître le chemin sur lequel pourront s’engager tous les Calédoniens, en quête de solidarité, de stabilité et de prospérité. Ce chemin ne peut pas être celui d’une fermeture aux compétences, aux investisseurs et aux projets. Ce chemin ne peut plus être celui de la suradministration, du cloisonnement et du repli. Ce chemin doit être celui de l’ouverture, de l’agilité, de la confiance et de la définition d’un cadre institutionnel et politique favorable à la mise en œuvre du potentiel de la Nouvelle-Calédonie, au bénéfice de toute sa population.
Une vision à long terme
Ces choix ne relèvent pas uniquement de décisions techniques. Ils engagent une vision et une feuille de route à long terme. La Nouvelle-Calédonie doit renouer avec la confiance, clarifier les responsabilités et réorienter la dépense publique vers l’investissement et la production. Il faut redonner du souffle à l’initiative privée, alléger les lourdeurs qui freinent les projets, et recréer des conditions favorables à l’investissement local autant qu’étranger.
Et cela ne suffira pas. Nous devons également diversifier notre économie. Le nickel ne peut plus être l’alpha et l’oméga de notre modèle. Il faut rouvrir des perspectives dans le tourisme, les services, l’artisanat, le numérique, la transition énergétique et l’agriculture. Et cette diversification sera réussie uniquement si elle est inclusive, si elle ne laisse aucun Calédonien de côté. Les investissements dans la formation, l’éducation, les initiatives issues des tribus, la valorisation des terres coutumières doivent être une priorité assumée.
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Il n’y aura pas de paix sans emploi, pas de cohésion sans croissance, pas de société apaisée sans une économie vivante
Cette trajectoire que nous avons dessinée est chiffrée, prête, disponible. Elle ne contredit en rien les négociations en cours, elle s’inscrit au sein de celles-ci comme une proposition, elle est offerte pour en consolider l’assise. Ce que nous voulons, tous les Calédoniens l’espèrent, certains ouvertement, d’autres discrètement. Nous attendons un accord durable, une vision partagée, un avenir possible.
Nous ne défendons pas un camp, nous défendons une conviction : il n’y aura pas de paix sans emploi, pas de cohésion sans croissance, pas de société apaisée sans une économie vivante. La tentation du repli est forte mais elle est vaine. Nous avons besoin de perspectives et de réformes. Comme l’immense majorité silencieuse des Calédoniens, nous ne manquons pas de courage et nous ne sommes pas venus à Paris pour mendier mais pour construire.
Bâtir des fondations
Nous sommes venus à Paris en responsabilité, avec lucidité, sans complaisance ni cynisme. Nous espérons que tous les acteurs de ce Sommet portent ces mêmes valeurs et préceptes au cœur de leurs discussions.
Si les fondations économiques sont négligées, aucun mur ne résistera à l’effondrement.
Nous ne pouvons pas accepter une Calédonie en ruines, nous voulons une Calédonie debout. Bâtissons-la !
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