L’essentiel
- Le témoignage surprise d’une ex-compagne de Cédric Jubillar affirmant qu’il lui aurait avoué le meurtre de son épouse surgit un peu plus de deux mois avant le procès aux assises du peintre-plaquiste qui a toujours nié toute implication dans la disparition de l’infirmière en décembre 2020.
- L’instruction de ce dossier étant close, « il n’y a que la présidente de la cour d’assises qui puisse décider des suites éventuelles à donner », explique à 20 Minutes Me Emmanuelle Franck, l’une des avocates de Cédric Jubillar. La magistrate peut décider d’entendre cette femme à la barre de la cour d’assises lors du procès. Mais elle peut aussi ordonner de nouvelles investigations.
- « On a un dossier qui est terminé, une instruction qui est clôturée avec des éléments qui ont paru suffisants à une chambre de l’instruction pour renvoyer Cédric Jubillar devant la cour d’assises. Il faut le juger maintenant », estime pour sa part Me Philippe Pressecq, l’avocat de la cousine de Delphine Jubillar.
On pensait l’instruction bouclée, les investigations terminées. Convaincus que Cédric Jubillar a tué Delphine, son épouse qui s’est volatilisée en décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, les juges d’instruction ont requis, en novembre 2023, le renvoi du peintre-plaquiste devant la cour d’assises du Tarn. Une décision confirmée le 26 septembre dernier par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse. Le procès doit se dérouler sur quatre semaines, du 22 septembre au 17 octobre prochain. Mais un énième rebondissement dans ce dossier pourrait encore bouleverser cet agenda judiciaire et relancer l’enquête sur la disparition de l’infirmière âgée de 33 ans dont le corps n’a jamais été retrouvé.
Alors que Cédric Jubillar ne cesse, depuis le début de l’affaire, de clamer son innocence, un témoignage vient mettre à mal cette version. Une femme de 31 ans, qui a entretenu avec lui une liaison durant quelques mois, a déclaré au Parisien avoir recueilli ses aveux à l’occasion de visites à la maison d’arrêt de Seysses. « Il m’a dit avoir étranglé Delphine et a même imité sur moi le geste qu’il aurait fait pour la tuer », a-t-elle affirmé au quotidien. Il lui aurait aussi « expliqué avoir caché le corps de Delphine sur une exploitation agricole ». « Il m’a fait comprendre qu’il avait eu le temps de préparer le lieu où il l’a enterrée et qu’il s’était servi pour cela d’une pioche, a-t-elle ajouté. Il m’a expliqué avoir en tête cette date du 15 décembre depuis un moment déjà. »
Demande de supplément d’information
À l’aune de ces troublantes révélations, des avocats des parties civiles souhaitent que cette femme soit entendue rapidement par les enquêteurs. « Nous allons faire partir une demande de supplément d’information à la présidente de la cour d’assises pour qu’elle auditionne sans délai cette dame », « avant le début de ce procès », a déclaré sur BFM TV Me Mourad Battikh, qui représente les sœurs de Delphine Jubillar. Une demande partagée par Me Pauline Rongier, qui représente la meilleure amie de la victime.
Mais aussi par Me Emmanuelle Franck, l’un des avocats de Cédric Jubillar. « Cette dame a souhaité dire des choses à un journal. A ce stade, on ne peut même pas considérer juridiquement qu’il s’agit d’un témoignage. Bien évidemment, il est hors de question que la justice décide de ne rien en faire, explique-t-elle à 20 Minutes. Il faudrait qu’elle soit entendue, qu’il y ait des confrontations, que des investigations soient menées par rapport aux précisions qu’elle donne sur le prétendu emplacement du corps. »
Une qualification différente ?
« Il n’y a que la présidente de la cour d’assises qui puisse décider des suites éventuelles à donner », poursuit Me Franck. La magistrate peut rejeter cette demande, et décider d’entendre cette femme à la barre de la cour d’assises lors du procès. Mais elle peut aussi l’accepter et ordonner de nouvelles investigations. Ce qui pourrait avoir pour conséquence de repousser le début du procès si, par exemple, de nouvelles fouilles devaient être organisées.
Ce témoignage pourrait aussi amener la justice à revoir la qualification des faits pour lesquels l’accusé est poursuivi. « Elle exprime un scénario qui comporte et recèle en lui de la préméditation, observe Me Franck. Le dossier devrait alors repartir à l’instruction parce que la cour d’assises ne peut pas se prononcer sur une qualification différente de celle dont elle est saisie. » Dans ce cas, Cédric Jubillar, qui doit être jugé pour meurtre sur conjoint, pourrait comparaître pour assassinat. Ce qui ne changerait rien à la peine encourue, à savoir la réclusion criminelle à perpétuité.
Une possible libération de prison
« On a un dossier qui est terminé, une instruction qui est clôturée avec des éléments qui ont paru suffisants à une chambre de l’instruction pour renvoyer Cédric Jubillar devant la cour d’assises. Il faut le juger maintenant », estime pour sa part Me Philippe Pressecq, l’avocat de la cousine de Delphine Jubillar. Il explique à 20 Minutes que la justice ne doit pas perdre de temps avec ce témoignage qu’il juge pas sérieux. « Cette semaine, j’ai reçu trois lettres de voyantes qui disent savoir où est Delphine Jubillar. Il faudrait que je les envoie aussi à la présidente de la cour d’assises pour qu’elle les fasse entendre ? On ne va jamais s’en sortir ! »
Me Pressecq redoute également que Cédric Jubillar sorte de prison si son procès est reporté. « Si l’audience n’a pas lieu dans un délai d’un an après le renvoi, il doit être libéré, souffle-t-il. Je me demande si ce n’est pas ça qu’on cherche. »





