
La France « entre dans une économie de guerre ». Le discours martial d’Emmanuel Macron le 13 juin 2022 à Eurosatory, le plus grand salon international de la défense et de la sécurité terrestres et aériennes, revenait à décréter la mobilisation générale. Objectif : répondre plus vite aux besoins opérationnels, fournir des équipements adaptés, pour être prêt à affronter une menace de court terme. Trois ans plus tard, le constat des militaires est clair : en cas de conflit, la capacité d’engagement reste fragile. « Il y a une inquiétude concernant nos capacités », concède anonymement un officier de l’armée de l’air. « L’an dernier, nous sommes passés sous la barre des 100 avions de chasse disponibles », déplore-t-il. Dans le même temps, la fiabilité des États-Unis n’est plus acquise, la Russie reste massée aux portes de Kiev, et de nouveaux foyers de guerre s’allument, comme entre Israël et l’Iran. Les menaces se multiplient sur différents fronts, et la course au réarmement ne suit pas.
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Et pourtant, le chef de guerre Macron continue de montrer les muscles aux côtés de Zelensky, va jusqu’à évoquer l’envoi de troupes françaises sur le sol ukrainien. En mars dernier, encore il martelait : « La Russie est devenue une menace pour la France et pour l’Europe. » Un péril identifié par les cadres de l’armée, face auquel le pays ne pourrait pas tenir sur le long terme… « Notre armée dispose des hommes, des capacités, des compétences et du matériel nécessaires », répond Peer de Jong, expert en défense. Mais l’ancien colonel nuance : son talon d’Achille réside dans le volume et la capacité à tenir dans la durée. Première faiblesse, le manque d’effectifs : « Six brigades, soit 50 000 hommes, c’est insuffisant pour un conflit majeur. Il faudrait au moins 15 000 soldats de plus », alerte l’ancien aide de camp de Mitterrand alors que les contingents n’ont pas bougé depuis 2022.
De façon générale, le manque de moyens est criant, et la loi de programmation militaire 2024-2030, dévoilée en grande pompe par Emmanuel Macron, n’a pas radicalement changé la donne. « Les 413 milliards annoncés relèvent de l’hypocrisie », tacle un ancien officier général encore récemment en poste. Selon lui, les coûts de certains programmes sont sous-estimés et les recettes surévaluées. « On enjolive les projections en misant sur les ventes de matériel et les exportations censées rapporter à l’État. Ces revenus restent très hypothétiques », prévient-il.
Depuis 2017, le budget des armées a progressé
Le Sénat s’interroge
Reste que le budget des armées a bien progressé. En 2017, il s’élevait à 32,3 milliards d’euros, en 2024, il atteint 47,2 milliards. Des projets ambitieux sont lancés : développement du Rafale F5, achat d’une vingtaine d’avions de chasse, rénovation de la base de Luxeuil-Saint-Sauveur… « Ce n’est pas assez », estime un officier de l’Académie de l’air et de l’espace (AAE), qui pointe des retards sur les drones et les munitions rôdeuses ou téléopérées, pourtant cruciaux dans les conflits modernes.
En mai dernier, le Sénat tirait la sonnette d’alarme : aucun achat majeur recensé en début d’année par le ministère des Armées. « Peut-on vraiment parler d’économie de guerre ? », s’interrogeait le sénateur Dominique de Legge. « Il y a beaucoup d’attentes après les grandes annonces du Président, mais ça traîne… », regrette Peer de Jong, en pointant la lenteur du programme Scorpion ou la modernisation à la peine des 200 chars Leclerc. Les chantiers avancent au ralenti, loin du rythme que réclamerait un véritable effort de guerre.
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Grande Muette, mais pas aveugle
En réalité, la hausse des budgets permet à peine une remise à niveau après des décennies de sous-investissement. « La France a besoin de Rafale, de nouvelles frégates, elle investit aussi dans le cyber, l’espace, mais elle traîne un retard sur les infrastructures : bassins, appontements, tout cela a été négligé », déplore un amiral. Côté opérationnel, les signaux sont plus encourageants mais encore insuffisants. « Oui, les choses s’améliorent, mais pas au rythme qu’exige le contexte international », note le même officier alors qu’environ 100 000 obus ont été produits en France en 2024, contre 500 entre 2012 et 2017.
Dans ce contexte la Grande Muette tente de garder la tête froide, fait preuve de patience, consciente du contexte économique dégradé. « Nous savons que nous avons beaucoup plus que d’autres ministères », reconnaît un gradé. Néanmoins, face à l’urgence stratégique, les militaires accomplissent leur devoir en alertant sur l’état réel d’un outil de défense encore insuffisant pour garantir une protection sans faille du pays.
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