C’est une rengaine qui tourne en boucle depuis la nomination de François Bayrou et que reprend à son compte un élu MoDem : « On ne va pas se mentir, il ne s’est pas passé grand-chose à l’Assemblée. » Et pourtant, les chiffres font justement mentir la chanson. Depuis l’entrée en fonction du Palois, les députés ont examiné 140 textes selon les données de l’Assemblée nationale arrêtées le 8 juillet 2025. Soit à peu près le même étiage que lors des précédents exercices. Le nombre de textes adoptés, 52, est lui aussi dans la moyenne. Un volume qui, sur le papier, ne justifie guère les critiques répétées à l’encontre de l’exécutif.
Mais alors, où est le problème ? Le député Liot Harold Huwart pointe des chiffres en trompe-l’œil : « Les mots ont leur importance. Adopté ne signifie pas promulgué ! » Selon lui, environ deux tiers des textes adoptés se perdent dans les limbes de la navette parlementaire, sans jamais franchir la ligne d’arrivée. L’élu d’Eure-et-Loir déplore, en second lieu, la profusion de micro-textes hyper-consensuels. Dernier exemple en date : l’adoption à l’unanimité, lundi 7 juillet, d’une loi permettant la restitution du tambour parleur Djidji Ayôkwé à la Côte d’Ivoire, volé par la France il y a plus d’un siècle.
Le nombre de textes adoptés est dans la moyenne
Et lorsqu’ils ne planchent pas sur des sujets jugés anecdotiques, les députés regrettent de se voir dicter leur agenda par le Sénat. Sur 29 propositions de loi adoptées entre le 1er octobre 2024 et le 31 mai 2025, quinze venaient de la Chambre haute. De même, les deux textes les plus médiatisés ces dernières semaines – la loi Gremillet sur l’énergie et la loi Duplomb sur l’agriculture – sont tous deux d’initiative sénatoriale. « À l’ère de François Bayrou, ce n’est plus le gouvernement qui fixe l’ordre du jour de l’Assemblée, comme le prévoit la Constitution, mais le groupe majoritaire au Sénat », grince un conseiller Horizons. Et pour cause, sans majorité, Matignon n’a guère d’autre choix que de composer avec le Sénat pour légiférer.
« Et pourquoi le gouvernement ne nous a-t-il pas confié plus de projets de loi ? » s’agace un parlementaire Renaissance. « Peut-être parce qu’ils font l’objet d’une obstruction quasi systématique », rétorque-t-on au ministère des Relations avec le Parlement. De l’aveu même d’un macroniste historique, il y a quelque mauvaise foi à déplorer le manque de textes gouvernementaux… après s’être plaint, tout au long du premier quinquennat, d’être cantonné au rôle de « député Playmobil ».
Pour l’entourage de François Bayrou, le procès en inertie est d’autant plus injuste que le budget a monopolisé deux mois de débats parlementaires. Une épreuve que son prédécesseur Michel Barnier n’avait pas su surmonter. « Et malgré ça, on a réussi à décaisser des textes importants : la loi pour refonder Mayotte, l’intégration du non-consentement dans la définition du viol, la loi d’orientation agricole, la loi PLM, la loi narcotrafic, la fin de vie, etc. » égrène un proche du Premier ministre, lassé d’entendre que l’Assemblée ne vote pas de « textes structurants ».
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Mais alors, si le travail parlementaire n’a pas été vain, pourquoi les députés ont-ils la dent dure contre François Bayrou ? Sans doute la crainte de sauter en cas de nouvelle dissolution et la fatigue accumulée depuis juillet 2024. « Tout cela rejaillit sur la perception de leur travail », estime un haut cadre de l’Assemblée.
Ce spleen collectif est aussi savamment entretenu par certains présidentiables. « L’accusation d’immobilisme permet de se singulariser à peu de frais », tacle un conseiller gouvernemental. À Matignon, on garde rancune à Édouard Philippe d’avoir affirmé que rien de décisif ne pourrait être accompli dans les deux ans à venir. Son parti Horizons ne fait d’ailleurs pas toujours le jeu de la stabilité du socle commun. « Parfois, ça frotte, mais dans l’ensemble, on avance », se rassure un proche de Bayrou. Pour combien de temps encore ?
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