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Pascal Praud : «Vacances, je n’oublie rien»



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13 Juil 2025
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Pascal Praud : «Vacances, je n’oublie rien»
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Elles ont 85 ans et plus. Leurs maris sont morts. Le clan des veuves. Elles ont rendez-vous tous les après-midis d’été sur la plage du Pouliguen. Toujours les mêmes. Toujours à la même place. Soixante ans que ça dure. Je connais toutes ces dames depuis le berceau. Le temps a filé. Enfants. Petits-enfants. Arrière-petits-enfants. Une vie. J’ai joué au docteur avec leurs filles, j’ai joué au foot avec leurs fils.

Marie-Hélène raconte un été entre 1970 et 1975. Elle n’avait pas 30 ans, déjà deux bébés, un mari d’époque : « On passait le mois d’août chez mes beaux-parents. Il y avait ma belle-sœur, son mari, ses enfants et nous. Dix à table ! Deux fois par jour. » À l’aube, « les bonshommes partaient en mer », comme elle dit. Ils revenaient à midi. Les femmes allaient au marché entre 10 et 11 heures. Elles préparaient le déjeuner. Elles assuraient le service, toujours debout, jamais assises, vaisselle comprise. « Tu parles de vacances ! », dit Marie-Hélène. « On avait quartier libre entre 15 h et 17 h 30, histoire de bronzer cinq minutes. À 18 heures, rebelote ! Cuisine, dîner, vaisselle ! Sept jours sur sept ! Et pas un bonhomme pour aider ! » C’était il y a cinquante ans. Quelle jeune épouse accepterait ces contraintes en 2025 ? « C’était comme ça », conclut Marie-Hélène.

Retrouvez toutes les chroniques de Pascal Praud

Vous connaissez Georges Perec ? Il a publié en 1979 un livre, bribes de souvenirs. Chaque phrase commence par « Je me souviens ». Sami Frey avait joué ce texte au théâtre Mogador en 1989. Il pédalait à vélo sur la scène durant toute la pièce. Il égrenait les « Je me souviens ». Il y en a 480. Que devient Sami Frey ? Il est Dââââââââvid dans César et Rosalie (1972) de Claude Sautet. Habite-t-il toujours place des Vosges ? Il n’est pas apparu à la radio ou à la télévision depuis la nuit des temps. Aucun entretien de lui dans la presse. Je me souviens de Sami Frey.

Les vacanciers en exil

Je me souviens qu’à 10 ans, je guettais les amoureux qui s’embrassaient à pleine bouche sur le sable. Je me souviens qu’il existait des coquillages qu’on appelait grains de café. Je me souviens du tube de l’été 1977 et des paroles de Sardou qui collaient si bien à mes interrogations du moment : « Tu voulais faire l’amour, comment fait-on l’amour ? J’n’étais pas un géant. » C’est vrai que j’étais plutôt gêné. «  Quelle drôle d’idée, danser c’est suffisant. » Je n’avais pas 13 ans. Véronique si. Nous étions au collège ensemble. Et en vacances au même endroit. Des centaines de cartes postales immortalisent la plage du Pouliguen. Diane Kurys y a tourné quelques scènes. Le film La Baule-les-Pins (1990) triche un peu. La Baule est plus chic, plus vendeur, plus connu. Mais sur la pellicule, le sable était du Pouliguen. La plage mesure 412 pas dans sa longueur, une centaine dans sa profondeur.

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Je jouais au volley. Chaque année, le filet était moins haut

Jadis, des maisons, un hôtel, des castels bordaient le sable. Aujourd’hui, des immeubles de quatre ou cinq étages surplombent la baie. Quelques maisons ont résisté. Des tentes rouges alignées par dizaines coupent la plage en deux. Tentes à l’éclat passé que longent 412 mètres de planches de bois. Tentes et planches dressent une ligne de démarcation. Zone libre, à l’arrière. Pas grand monde. Les vacanciers bronzent en exil, à l’abri du vent et des vagues, imaginant un océan qu’ils ne voient jamais – les tentes font barrage. Zone occupée à l’avant. Le métro à 6 heures du soir. « La mer est haute à quelle heure ? »

« Demandez chouchous ! »

Dans les années 1970, la Corvette, le club Mickey et la Mouette accueillaient les enfants. On était chez les rouges, chez les bleus ou chez les verts. Transferts impossibles. Les Capulet et les Montaigu ne se mélangent pas. Au XXIe  siècle, la Corvette tient debout, la Mouette bat de l’aile, le club Mickey a disparu. J’y ai appris à nager à l’âge de 6 ans dans une piscine couleur bleu outremer. Elle était installée le temps d’un été. Je jouais au volley. Trois contre trois. Deux sets gagnants. Chaque année, le filet était moins haut. Un jour, j’ai smashé. On jouait au football avec des buts de handball. En fin d’après-midi, on traçait sur le sable un terrain pour disputer une partie de boules de bois. Il fallait tracer droit. Deux manches de 13. La belle en 15. J’étais fier si je battais un plus grand, je veux dire un plus vieux.

Entre le 14 juillet et le 15 août, Michelin réquisitionnait un après-midi la plage. C’était jour de fête. Le bibendum crevait de chaud. Le jeu consistait à remonter un mini-bibendum dispersé façon puzzle en quelques secondes. La caravane Michelin passait. La caravane Nestlé suivait. Les entreprises dépensaient sans compter. Parfois, le petit Antoine ou la petite Sophie attendait ses parents au poste de secours. Une voix sortait d’un haut-parleur. Un homme parlait. Un bambin ou une fillette pleurait derrière lui. Une autre fois, c’était Cécile qui était perdue. Les hommes et les femmes se levaient. Chacun cherchait. Cécile était retrouvée. En cinq minutes. La voix du haut-parleur donnait la nouvelle. Ouf !

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Sylvie venait du Mans, Christophe d’Amiens. Jean avait sa mère et sa grand-mère comme chaperons. Les Parisiens étaient snobs, les Rennais terriblement rennais, les Nantais majoritaires. Ainsi revenaient les étés. Je me souviens des enfants de la colo, les jolies colonies de vacances. Ils arrivaient en file indienne ou marchaient deux par deux. Ils chantaient à l’unisson. Ils faisaient des jeux. La balle au prisonnier est-elle encore à la mode ? À cinquante ans de distance, je pense à leurs après-midis orphelins. Il y avait aussi des cabines de plage, un plongeoir dans la baie (avec trois échelons), un vendeur de journaux qui écumait les serviettes « Voilà Ouest-France, le journal de la région ! », une femme qui criait à tue-tête : « Demandez chouchous ! » Il y avait enfin deux bars avec confiserie, snack et limonade. Le bar des Évens a brûlé. Le bar du Nau a brûlé. Toujours hors saison. Chaque été, je passe quelques jours ici. Je revois la plage. Je retrouve des enfants. Ils jouent comme nous à leur âge le brouillon de leurs quinze ans. Je croise des fantômes. Je reconnais des visages anciens. Véronique est devenue dentiste. Quelle drôle d’idée ! Danser, c’était suffisant. Te souviens-tu d’un slow, cinquante ans plus tôt, déjà cinquante ans ?

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