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Baccalauréat : la réussite en trompe-l’œil d’un système moribond



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14 Juil 2025
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Baccalauréat : la réussite en trompe-l’œil d’un système moribond
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Des lycéens découvrent les résultats du baccalauréat 2025, le 4 juillet à Valence.

« À quoi bon envoyer des jeunes à l’université s’ils ne peuvent pas suivre et s’ils se retrouvent chômeurs ? », tempêtait un jour le général de Gaulle lors d’une séance du Conseil des ministres. À l’époque déjà, la majorité des étudiants inscrits en première année universitaire échouait à obtenir son diplôme de licence. Aujourd’hui, près de 60 % des étudiants se trouvent dans cette situation et, faute d’avoir été corrigé, cet état de fait constitue un défi autrement plus ardu pour les décideurs publics. D’après un article daté de 2017 et publié par le journal Le Monde, « à l’université Paul-Valéry – Montpellier-III, l’observation des résultats des étudiants aux partiels est pour le moins troublante : sur les 5 700 inscrits en première année, 25 % ont une moyenne entre 0 et 2/20 sur l’année, 40 % entre 0 et 5/20 ».

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Une telle « observation » n’a, malheureusement, rien de « troublant » tant ces faits sont connus de tous ceux qui fréquentent le monde universitaire ; elle doit en revanche inquiéter chaque citoyen soucieux de la bonne marche de son pays.

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Le système scolaire fonctionne à la manière de poupées gigognes, en ce sens que tout étudiant du supérieur porte en lui les acquis et les lacunes de l’élève du secondaire qu’il était, ce dernier héritant lui-même de ceux de l’enfant qui a été exposé aux apprentissages des classes du primaire. C’est pourquoi il importe de saisir ce qu’il se joue au cours des périodes antérieures aux années du supérieur. À cet égard, les derniers résultats du baccalauréat général sont révélateurs de la situation de délabrement académique de nos universités.

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Après les épreuves de rattrapage, le taux de réussite au baccalauréat général s’élève cette année à 96,4 % – près de 59 % des élèves de la session de juin obtenant une mention. Ces résultats de l’année écoulée sont en hausse par rapport aux années pré-Covid de 2017, 2018 et 2019. Or, ces dernières se situaient déjà à des niveaux plus élevés que ceux des décennies antérieures. En 1995, le taux de succès au baccalauréat général avoisinait le niveau de 75 %.

On se souvient qu’il y a à peine deux ans, malgré un taux de réussite dépassant les 95 %, le ministère de l’Éducation nationale avait indiqué par communiqué que « la baisse des résultats constatée (-0,4 % par rapport à 2022, N.D.A.) confirm[ait] la sélectivité (sic) » de l’examen ! Il fallait oser afficher tant d’aplomb alors que les chiffres restaient indécemment élevés. Chaque année, les responsables politiques en charge de la rue de Grenelle commentent benoîtement les soubresauts de la météorologie immédiate de l’épreuve, alors que le climat académique d’ensemble affiche des tendances lourdes qui devraient inquiéter. Pap Ndiaye n’avait ainsi pas manqué d’étayer la déclaration de son ministère, avec une profondeur d’analyse au moins aussi magistrale : « On dit : “On donne le bac à tout le monde”, ce n’est pas si vrai que cela ». Techniquement, on peut le confirmer : environ 4 % des élèves ont échoué donc on ne « donne » pas « le bac à tout le monde ». En réalité, on le « donne » à presque tout le monde. Cette année, Mme Borne a indiqué avoir « vu dans la presse » que des « consignes de bienveillance excessives » ont pu être communiquées. On aurait aimé qu’elle les anticipât.

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60 % des élèves ne sont pas prêts à faire face aux exigences de l’enseignement supérieur et échouent

Tout cela explique pourquoi 60 % des élèves ne sont pas prêts à faire face aux exigences de l’enseignement supérieur et échouent. Autrement plus lucide, Madame de Maintenon écrivit un jour, dans sa correspondance avec le cardinal de Noailles, que « le péché va[lait] encore mieux que l’hypocrisie ». En la matière qui nous occupe, on aura de toute évidence réussi à concilier l’un et l’autre vices.

La raison principale pour laquelle le taux de réussite au baccalauréat général augmente presque continûment depuis trois décennies n’est pas – comme quiconque l’espérerait – la hausse réelle du niveau des élèves, mais le fait que l’on change à chaque fois de thermomètre pour jauger une situation qui ne cesse de se dégrader, à mesure que l’on abaisse le niveau d’exigence des enseignements ; que l’on simplifie les examens ; que l’on « harmonise » favorablement certaines copies indigentes ; que l’on cède aux sirènes d’un pédagogisme qui honnit les apprentissages par cœur, remet en cause le canon classique pour des raisons idéologiques, abhorre la culture générale et rejette la verticalité nécessaire des rapports entre professeurs et élèves ; à mesure aussi que l’on peine à recruter des personnels éducatifs ayant un niveau académique suffisant – puisqu’ils sont eux-mêmes déjà les victimes d’un système éducatif par trop conciliant.

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Un tel déni est coupable. Coupable de condamner les moins bien lotis à la frustration née de l’inadéquation entre les diplômes octroyés allègrement par l’institution scolaire et la réalité de leurs compétences acquises ; coupable de trahir l’idéal bonapartiste d’un examen ambitieux destiné à sanctionner des savoirs utiles aux hommes et à la société dans son ensemble. Ce qui est vrai du baccalauréat l’est également du brevet des collèges, en vertu de l’intrication des strates d’éducation dont nous avons précédemment rendu compte. Ces examens n’en sont plus réellement. Il s’agit de simulacres coûteux qu’il est temps de réformer en profondeur, pour ne pas avoir à assister encore à leur lent dépérissement. L’objectif fixé en 1985 par la loi Chevènement-Carraz de « 80 % d’une classe d’âge atteignant le niveau du baccalauréat en l’an 2000 » a été atteint dans une perspective technocratique. Cependant, il nous a conduit à perdre de vue l’idéal sous-jacent formulé par Paul Langevin : « La promotion de tous et la sélection des meilleurs » – le seul qui vaille.


*Docteur en philosophie et diplômé en sciences cognitives de l’École normale supérieure, Sami Biasoni est professeur chargé de cours à l’ESSEC, à l’Institut Polytechnique de Paris et conférencier. Il a dirigé en 2022 l’ouvrage collectif Malaise dans la langue française et a publié Le statistiquement correct aux Éditions du Cerf en septembre 2023. Son prochain essai, intitulé Encyclopédie des euphémismes contemporains, paraîtra le 11 septembre 2025.

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