J’ai été interpellée cette semaine par cette pluie de félicitations envers nos pompiers, venus à bout du violent incendie qui menaçait Marseille puis Narbonne la semaine dernière. L’incendie a détruit une soixantaine de maisons et semé le chaos dans certains quartiers. Le rappeur Jul, enfant du pays, a manifesté sa reconnaissance aux pompiers, tout comme le préfet et le maire de Marseille. Le commandant du bataillon des marins-pompiers de Marseille a lui aussi été couvert d’éloges. Une reconnaissance qui sonnait comme un décalage par rapport à l’actualité qui les concerne, tantôt anges, tantôt démons, tantôt héros, tantôt victimes. Les pompiers sont pourtant la définition même de la bienveillance, du soin de l’autre, de l’aide aux autres, du sacrifice, du don de soi : sauver ou périr.
Alors que les pompiers ont sauvé les habitants la semaine dernière, on se souvient pourtant de la fédération des sapeurs-pompiers de France qui dénonçait il y a quelques mois un ras-le-bol face à des agressions récurrentes. Comme le 12 janvier dernier, à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, les sapeurs-pompiers étaient en opération dans une zone décrite comme sensible lorsqu’ils ont été pris à partie par un groupe d’individus, qui leur ont lancé des projectiles. Des faits de plus en plus courants. Ils sont plus de 600 par an à être blessés à la suite d’agressions. Comment oser attaquer ceux qui viennent secourir ? Comment oser attaquer des hommes sans arme ? Comment en est-on venu à de tels actes de barbarie ?
La bienveillance est devenue une cible. On se demande toujours qui protège ceux qui viennent nous protéger et nous secourir. Leur nuire est le premier pas vers la décadence barbare de notre pays. Pourquoi ces pompiers en intervention ne sont-ils pas plus protégés et leurs agresseurs sévèrement punis pour leur stopper toute envie de nuire ? Toujours les mêmes questions, toujours les mêmes profils, car en effet, certains profils caillassent les pompiers, tandis que d’autres les respectent.
Deux France, mêmes tirs de mortiers d’artifice
Je suis née un 13 juillet et j’ai toujours été fascinée par ces feux d’artifice qui, enfant, je croyais, venaient célébrer ma naissance. Très vite, j’ai compris que c’était bien le destin d’une nation entière qui illuminait le ciel. Ce soir particulier pour les pompiers. À la veille de la fête nationale, se tient leur traditionnel bal, événement organisé par les casernes à travers le pays, devenu ainsi un élément central des célébrations du 14-Juillet, jour de la prise de la Bastille, symbole de la Révolution française et de la Liberté. Si le bal des pompiers a été créé pour renforcer les liens entre les pompiers et la population qu’ils protègent, qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Une fois par an, cette rencontre permet d’inverser la nature des échanges : ceux qui, d’habitude, côtoient la population dans des moments difficiles ouvrent leurs portes aux citoyens en partageant leurs valeurs de bravoure, de solidarité, de dévouement au service d’autrui, la liberté, la sécurité, la nation, la famille.
Cette soirée donc souvent accompagnée de feux d’artifice, ces mêmes tirs de mortiers détournés aujourd’hui par des voyous pour attaquer les forces de l’ordre et les pompiers eux-mêmes. Ce bal des pompiers permet aussi de financer des équipements et des œuvres sociales pour les pompiers, avec les fonds récoltés à travers les entrées et les consommations. C’est l’occasion pour nous de les encourager dans leur quotidien, au-delà des mots dans les médias.
La suite après cette publicité
C’est également l’occasion de se demander où sont passés ces moments de partage qui liaient notre population ?
Notre identité, notre patrimoine
Comme un vase communicant, à mesure que les attaques contre les pompiers augmentent, le nombre de bals diminue. Certaines communes et villes les ont supprimés, délaissés parfois. Pourquoi ne pas faire une priorité de la perpétuation de nos traditions ? Faire France, faire nation, et si on s’en donnait réellement les moyens ? Ces traditions qui ont fait la France, ne faudrait-il pas les valoriser ? La France se relèvera grâce à ses racines. La France refleurira grâce à la profondeur de ses racines.
Espérons que nos décideurs politiques, tels nos pompiers, aient ce sens du sacrifice
L’association Les Plus Belles Fêtes de France rassemble la liste de ces fêtes traditionnelles qui disparaissent petit à petit. Trente pour cent ont disparu en quatre ans. Certaines résistent encore, comme les Médiévales de Compans en Seine-et-Marne les 12 et 13 juillet, les Vendredis Guinguette au Moulin de Sabathier dans les Pyrénées-Atlantiques le 12 juillet. Dans les Alpes-Maritimes, la Fête patronale de l’Assomption de Guillaumes, cette fête de village de 4 à 5 jours qui s’articule autour du 15 août, jour de la commémoration du Vœu des Sapeurs de l’Empire. En Ardèche, le 13 juillet c’est la Foire des Violettes à Sainte-Eulalie. Dans le Morbihan, les 19 et 20 juillet, ce sont les Grandes Régates de Port Navalo, une manifestation qui a débuté il y a plus de 130 ans : fête de bateaux traditionnels, de la Belle Plaisance, de régates sportives autour du patrimoine maritime et culturel morbihannais. Il y a aussi la Fête de Jeanne d’Arc à Orléans, la Fête de la Transhumance dans l’Aveyron, et la Fête de l’Oiseau dans l’Ain. Notre pays, riche de culture et ancré dans un patrimoine hors norme, devrait plus souvent se retourner vers ses traditions pour faire briller son identité, au-delà même de nos frontières.
Retombons amoureux de nos traditions locales. Puisons nos forces dans nos racines et espérons que nos décideurs politiques, tels nos pompiers, aient ce sens du sacrifice. Ce courage au cœur des flammes.
Source : Lire Plus






