Le JDD. C’est une année symbolique pour vous : vous avez changé de dizaine et il y a 40 ans, vous remportiez votre dernier Tour. Quel anniversaire vous a le plus marqué ?
Bernard Hinault. Aucun des deux. C’est la vie. On ne peut rien changer. Soixante-dix ans, il ne faut pas y penser. Quand on a la santé, c’est fantastique, surtout quand on a déjà des copains qui sont partis. Tu te lèves le matin et tu te dis : « Quelle chance j’ai, encore un jour de plus ! » Quant aux 40 ans de mon dernier Tour, c’est dommage. La France ne mérite pas ça. On a eu de bons coureurs, on a la plus belle épreuve du monde et on n’a personne capable aujourd’hui de réaliser un beau petit numéro.
Il y a d’autres anniversaires cette année : les 50 ans du maillot à pois de meilleur grimpeur, les 50 ans du maillot blanc de meilleur jeune et, enfin, les 50 ans de la première arrivée sur les Champs-Élysées. Lequel vous semble le plus symbolique ?
Je répondrais que notre sport a évolué au fil du temps. Il y a d’abord eu le maillot jaune. Et puis les pois, le blanc, etc. Il y en a même un qui n’existe plus : celui du classement du combiné. Peut-être qu’un jour il reviendra.
Chaque année, vous revenez sur le Tour dans le cadre de l’opération « Un enfant, un vélo ». Avez-vous des nouvelles des enfants qui ont reçu les premiers vélos, il y a huit ans ?
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On ne sait pas ce qu’ils deviennent. Les premiers (en 2017) ont-ils encore un vélo ? Il se peut très bien qu’un jour un enfant se passionne pour ce vélo offert, qu’un club le repère, qu’il obtienne un vélo plus performant, que plein de petites choses s’enchaînent jusqu’à devenir professionnel. Dans les cités, beaucoup jouent au football : ça ne coûte pas cher. Le souci de notre sport, quand tu fais de la compétition, c’est qu’il faut un équipement, un maillot, un cuissard, des chaussures.
« C’est génial de voir le bonheur dans les yeux des enfants »
Comment réagissent les enfants lorsque vous leur remettez un vélo ?
Ils ont un peu peur, je dirais. Ils n’ont pas envie de trop s’exprimer. Ils reçoivent un cadeau qu’ils n’espéraient pas. Rien que de voir le bonheur dans leurs yeux, c’est génial.
Vous reconnaissent-ils ?
Ils n’étaient pas nés quand j’étais sur un vélo ! Sauf si quelqu’un leur a dit, ils ne sont pas au courant. Demandez même à un jeune de 20 ans : il vous dira « C’est qui, lui ? ». Ce n’est pas grave.
Cette opération incite les jeunes à faire du vélo, qui reste une activité dangereuse. Il y a toujours le risque d’accident routier…
Souvent aussi, on voit des cyclistes sur les grandes nationales. En France, on a quand même plein de petites routes. Quand tu leur demandes ce qu’ils font sur la nationale, ils te répondent : « Le macadam est beau, ça n’abîme pas mon vélo. » Mais quand tu seras sous les roues du camion, tu seras bien à plat ! Entre salir ton vélo sur des petites routes et risquer ta vie, le choix est facile. Il faut réfléchir !
« Les coureurs professionnels doivent rester concentrés plutôt que de regarder leurs watts »
Vous êtes un défenseur du casque obligatoire, et pas seulement pour les moins de douze ans…
Je ne comprends pas qu’au niveau de l’État, on ne vote pas une loi imposant à tout ce qui roule de porter un casque : les trottinettes, les vélos, etc. On en met bien sur les motos. D’autant plus qu’aujourd’hui on a des casques qui sont aérés, qui sont beaux, avec des formes différentes. Vraiment, je ne comprends pas.
Et comment réagissez-vous quand vous voyez les chutes quotidiennes dans le peloton professionnel ?
Ma première réaction, c’est qu’il faut rester concentré. Les routes sont beaucoup plus dangereuses qu’avant, avec des avancées de trottoir, des dos-d’âne, des ronds-points… À la moindre faute d’inattention, avec les freins plus puissants, tu te retrouves sur le derrière. Et puis, quand ils regardent leurs capteurs de puissance, à calculer leurs watts, ils ne regardent pas la route. Certains manquent aussi peut-être d’adresse. Aller en stage, c’est bien, mais tu n’as pas les automatismes de la compétition. Il faut analyser tout ça.
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