
Dans les mains de Sylvie Lefèvre, responsable d’Etend’art, la seule entreprise française à fabriquer ces emblèmes militaires, la soie naturelle prend forme. Bleu, blanc, rouge, toujours dans la même nuance fixée depuis 1878, lettres dorées à l’or fin, une précision essentielle – « le cahier des charges, c’est la Bible, on ne peut pas y déroger », sourit-elle.
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Tout commence à Lyon, où la soie est tissée. Puis vient la broderie et l’assemblage, à la main. Une fois monté sur une hampe dorée de 2,60 m, chaque drapeau pèse près de 10 kg et doit avoir une durée de vie de vingt ans. Tout est millimétré : taille des lettres, devise « Honneur et Patrie » et liste des batailles, de Valmy au Koweït. Fabriquée en un mois, chaque pièce mobilise peintres, brodeuses et bronziers pour donner naissance à ce qui sera, pour deux décennies, l’étendard d’un régiment.
Le colonel Joussen, chef de la division de la symbolique de la défense, est en quelque sorte le gardien de cette tradition qui ne souffre aucune entorse. « Depuis la Grande Guerre et l’apparition de la radio, leur rôle militaire s’est peu à peu estompé, explique-t-il. Nous assurons aujourd’hui la perpétuation de la symbolique : ce qui, autrefois, avait une utilité concrète est devenu un précieux témoignage du passé. »
« C’est donc un grand honneur de le porter »
Trop précieux pour le quotidien, ils ne sortent que pour les grandes cérémonies : prises d’armes, remises de décorations, défilé du 14-Juillet. Le reste du temps, ils dorment sous clé, dans le bureau d’un haut gradé. « C’est donc un grand honneur de le porter, même pour un officier aguerri », glisse le colonel. Et quand le temps a fait son œuvre, si la réparation n’est pas possible, ils rejoignent un lieu devenu mythique : la salle des emblèmes du château de Vincennes. Un espace ouvert au public où s’exposent près de 200 drapeaux, dont ceux d’unités dissoutes ayant combattu pour la France, en métropole comme à l’étranger.
Même avec l’expérience d’une dizaine de fêtes nationales, pour Sylvie Lefèvre, l’émotion reste intacte : « Nous ne fabriquons pas juste un bout de tissu, nous transmettons un morceau d’histoire. » Au-delà de leur éclat, ils transmettent un message puissant : « Ils nous rappellent ce que l’on pourrait nous demander demain : faire les mêmes sacrifices que ceux qui nous ont défendus au cours des siècles. »
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