Le cru 2025 du baccalauréat affiche un taux de réussite de 91,8 %. Nous pourrions nous en réjouir mais les résultats des élèves français aux tests internationaux, on le sait, sont malheureusement beaucoup moins encourageants.* De nombreux professeurs ont d’ailleurs dénoncé les injonctions reçues des inspecteurs pédagogiques régionaux lors de « réunions d’entente académique ». Vous apprécierez la langue de bois dont seul l’État a le secret… Concrètement, en français par exemple, les jurys ont été sommés de ne pas trop pénaliser les erreurs d’orthographe, de privilégier l’intelligibilité sur la grammaire et d’accepter une « approche psychanalytique » des textes au même titre que leur approche stylistique…
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Élisabeth Borne, notre ministre de l’Éducation nationale, assure que ces injonctions ne viennent pas de son ministère et s’est empressée d’annoncer l’envoi d’une circulaire comprenant des instructions pour les corrections du baccalauréat l’année prochaine. « On ne doit pas donner le bac à tout le monde », a-t-elle prévenu (à croire que c’est l’État qui, dans sa grande mansuétude, distribue des diplômes et non les candidats qui les obtiennent par leur travail. Quel paternalisme !)
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Aucun effet
La ministre aurait donc appris par la presse que des consignes de bienveillance avaient été données aux correcteurs. Il est pourtant difficile de croire qu’elle découvre le problème tant il est récurrent. Rappelez-vous : en décembre 2023, Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation nationale, annonçait gravement la fin des « correctifs académiques » du baccalauréat, ce « bidouillage » permettant de revoir à la hausse les notes de tous les élèves d’une même académie. « On en sentira les effets dès cette session », avait-il affirmé avant d’ajouter : « On sait qu’on aura des taux en baisse. Il est important de faire cette transparence pour progresser. »
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Le problème réside dans la pauvreté des contenus des programmes scolaires
Aucun effet ne s’est produit (le nombre de bacheliers a crû de 0,4 % en un an) car comme le rappelait Édouard Geffray, alors directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco), le dispositif n’était plus utilisé pour le baccalauréat, mais uniquement pour le brevet. De l’art de se battre contre des moulins à vent… Mais au-delà de ces cafouillages en réponse à des bidouillages, peut-on croire Mme Borne lorsqu’elle affirme que les résultats de la prochaine session du bac refléteront le niveau réel des élèves ?
Pour répondre à cette question, faisons un bref détour par le brevet. Malgré la suppression des correctifs académiques, plus de 85 % des candidats l’ont obtenu cette année, la moitié d’entre eux décrochant même une mention. Pourtant, selon une étude du ministère de l’Éducation nationale dévoilée mercredi 9 juillet, moins de la moitié des élèves de troisième ont une maîtrise satisfaisante du français et des mathématiques. ** Une immense majorité de ces élèves passeront au lycée et obtiendront leur baccalauréat, même si Mme Borne donne des consignes de fermeté. Il est en effet peu probable qu’elles aient pour effet de faire passer le taux de bacheliers de 91 % à 50 %, voire moins.
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Le problème n’est pas dans les consignes données aux professeurs, même si elles dénotent une fois de plus une centralisation excessive et un manque de confiance total dans le corps enseignant. Non, le problème réside dans la pauvreté des contenus des programmes scolaires qui transpirent l’idéologie et dans l’indigence de la formation des professeurs. En ayant fait de la lutte contre les inégalités sa mission principale, l’Éducation nationale prive les élèves de l’instruction qui leur est due, et ce dès l’école primaire.
L’école française n’instruit plus et reproduit très fortement les inégalités sociales*** mais ces vérités sont terribles et aucun gouvernement n’est prêt à en endosser la responsabilité. C’est pourquoi, quelle que soit la nuance d’étatisme dont ils se réclament, les ministres successifs continuent et continueront de mentir quant au niveau des élèves, les exigences ne cesseront de baisser et les « bidouillages » seront de plus en plus nombreux.
Des réformettes
Aucune annonce, aucune réformette, aucune « instruction aux correcteurs » ne réglera le problème et la disqualification de notre pays est malheureusement assurée si nous continuons d’alimenter le système de nos mensonges et de nos lâchetés. Que font ceux qui ont le choix, ceux qui disposent de l’information et des moyens suffisants pour assurer une formation de qualité à leurs enfants ? Ils se tournent en grande majorité vers les écoles privées ou les systèmes étrangers. On sait que les prix de l’immobilier dépendent en grande partie de la qualité des écoles du secteur. En d’autres mots : ceux qui savent, ceux qui peuvent se tournent vers la concurrence.
Que font les établissements supérieurs qui ne savent plus comment sélectionner des bacheliers trop nombreux, décorés de mentions et néanmoins incapables d’écrire correctement dans leur langue, de situer chronologiquement le règne de Louis XIV ou de calculer un pourcentage ? Ils recourent à des tests complémentaires privés tels le TeSciA ****, plus fiables, plus réalistes que le baccalauréat.
Cette concurrence du privé n’est malheureusement pas accessible à tous puisque l’État, dans l’éducation comme dans de trop nombreux autres secteurs, exerce un monopole. Comme l’écrivait Chantal Delsol dans La détresse du Petit Pierre qui ne savait pas lire : « On n’entre pas dans le public parce qu’il est meilleur mais parce qu’il est monopolistique. »
Acceptons de reconsidérer leur statut de fonctionnaire
Il existe pourtant des moyens de rétablir une véritable égalité, tout en renouant avec une instruction exigeante. Evaluons par exemple le niveau réel des élèves, au début et à la fin d’un cycle, non seulement pour qu’ils puissent prendre les bonnes décisions quant à leur avenir mais aussi pour mesurer les progrès que chaque école leur fait réaliser.
L’État ne financerait plus les établissements en fonction de leur statut mais en fonction de leur qualité et de leur adéquation aux besoins des enfants. Mettons en place une bonne éducation que les parents alloueront à l’école de leur choix. Demandons à la représentation nationale son avis sur les programmes scolaires plutôt que d’attendre d’un ministre qu’il « fasse le choc des savoirs ». Laissons les chefs d’établissements libres de constituer leurs équipes. Cessons de recruter les enseignants par concours, en fonction de leur conformisme à l’idéologie du moment et acceptons de reconsidérer leur statut de fonctionnaire : un établissement doit pouvoir mettre fin à sa collaboration avec un enseignant qu’il juge mauvais.
Les idées ne manquent pas, elles sont « dans l’air ». C’est le courage et la cohérence qui font défaut, à Mme Borne comme aux autres responsables politiques en place. Nous savons pourtant depuis Périclès « qu’il n’est pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage ». Nous bradons le bonheur de nos enfants contre des mensonges éhontés et des promesses à court terme : que leur répondrons-nous lorsqu’ils nous demanderont des comptes ?
* Timms et Pisa
**« En troisième, en français, 46,6 % des élèves ont une maîtrise satisfaisante en compétences langagières et linguistiques », avec une forte avance des filles (54,7 %, contre 38,7 % des garçons), constate mercredi 8 juillet la Depp, la direction des études statistiques du ministère, d’après des tests passés à la rentrée 2024.
*** PISA 2022 : la France, encore et toujours, championne des inégalités
**** Test Scientifique Avancé (TeSciA) conçu et proposé par L’AORES (Association pour une Orientation Raisonnée vers l’Enseignement supérieur Scientifique) résolument indépendante de tout mouvement politique, philosophique ou religieux. Elle ne reçoit aucune subvention publique.
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