L’Espagne est différente. C’était le slogan touristique du franquisme finissant pour signifier l’exotisme du royaume et son régime autoritaire, alors que le béton uniformisait de laideur la côte méditerranéenne. Cinquante ans après la mort du Caudillo, Pedro Sanchez est le chef de file de la résistance antifranquiste. Il démasque le fascisme renaissant derrière chaque critique de l’opposition. Mais à tous ses voisins de l’Otan, il dit sur un ton qui ne souffre pas la réplique : « L’Espagne est différente ! »
C’est le pays de l’Alliance qui dépense le moins pour sa défense et elle compte continuer. L’appartenance à l’Alliance sert à occuper les militaires toujours susceptibles d’être tentés par un putsch, pas à se défendre contre Poutine. Le budget sera relevé à 2,1 % du PIB, loin des 5 % réclamés par les Américains. Cela coûterait 80 milliards d’euros et il refuse avec indignation d’augmenter les impôts ou de tailler dans les dépenses de santé, d’éducation, les retraites, le logement ou la lutte contre le réchauffement climatique. Il a pris résolument la tête de la croisade anti-Trump en Europe et n’est pas loin de considérer le Donald comme un avatar de Franco.
Prostituées, pots-de-vin, fraude…
Ses alliés d’extrême gauche applaudissent avec l’entrain des aficionados aux arènes de Séville. Cela tombe bien, il a besoin d’eux pour se maintenir au pouvoir alors que les scandales menacent d’emporter son gouvernement. L’Espagne a une longue tradition d’affairisme politique. Dans un pays où le travail au noir est aussi traditionnel que la sieste, les affaires de corruption déciment régulièrement la nomenklatura. Pedro Sanchez est en difficulté car son premier cercle est visé par les enquêteurs. L’an dernier, il a fait une grève de trois jours pour dénoncer ceux qui demandaient des comptes à sa femme sur des contrats mirobolants négociés sans appel d’offres. Ça a marché ! Il a gagné quelques mois.
Cette fois, ses deux collaborateurs immédiats et un proche conseiller sont en ligne de mire. Ils nient tout acte répréhensible mais dans les enregistrements audios qui circulent, on les entend vanter les talents respectifs des prostituées avec lesquelles ils fêtent les pots-de-vin obtenus sur les marchés publics… Pedro Sanchez a pris ses distances avec ce qu’il appelle désormais « le triangle toxique ». Son frère est accusé de fraude. Le procureur général, qui est un de ses proches, aurait violé le secret de l’instruction. Pedro Sanchez prétend avoir envisagé de démissionner mais « la facilité serait de jeter l’éponge et il ne doit pas céder le pouvoir à la droite et à l’extrême droite ». Des mesures anticorruption imposées en urgence au Parti comme aux Cortes sont censées démontrer sa bonne foi.
Un torero dans l’arène
On peine à imaginer que se maintienne jusqu’en 2027 ce chef du gouvernement en latex et en béton armé. Mais Pedro Sanchez vit dans l’instant. Avec sa tête de présentateur télé, c’est un politicien pour chaîne d’info en continu. Il a démontré qu’on peut faire une éblouissante carrière en volant d’échec en échec. Il a raté toutes les élections depuis quinze ans, sauf celle qui l’a hissé à la tête du Parti socialiste. Il semble que, dans ce cas précis, il ait bourré les urnes.
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Depuis sept ans, on admire comment l’équilibriste se maintient au pouvoir en s’appuyant sur les Catalans, l’extrême gauche, les écologistes, les centristes, tour à tour et tout à la fois, n’hésitant jamais à changer d’alliance, à renier son programme. Un torero dans l’arène, agile avec sa muleta. Cela fait cinquante ans cette année que Franco est mort. La gauche a perdu la guerre civile mais tient sa revanche. Elle gouverne en culpabilisant les partis de droite, majoritaires au Parlement. C’est l’une des bonnes raisons d’aimer l’Espagne : la droite y est encore plus bête qu’en France.
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