Peut-on échouer à deux reprises au concours d’entrée de l’ENA et se retrouver conseillère maître à la Cour des comptes, chargée du contrôle de la dépense publique ? Najat Vallaud-Belkacem vient d’en faire la démonstration. Nommée en Conseil des ministres sur proposition du Premier ministre, cette promotion renvoie à la pratique – qu’Emmanuel Macron disait vouloir mettre au rencard – de la vieille « politique des copains ». Candidat « hors système », promoteur d’un spoil system à la française consistant à lutter contre le recasage et le pantouflage dans les grandes administrations, Emmanuel Macron s’est en réalité glissé dans les pantoufles de ses prédécesseurs.
La promue à la Cour des comptes a beau proclamer sur X que « la voie qu’[elle a] volontairement choisie est celle du concours », c’est en réalité une procédure de sélection sur dossier, puis d’audition devant ses pairs qui a permis sa nomination. Sur quels critères ?
Discrétionnaires, comme l’atteste le premier président Pierre Moscovici, venant au secours de sa protégée et sans doute soucieux de protéger l’impartialité de l’institution : « Elle a passé une procédure de recrutement. Appelons ça un concours : 150 candidats pour cinq postes de conseiller maître, 28 dossiers ont été auditionnés par la commission d’intégration que, certes, je préside, mais qui comporte six membres totalement indépendants, a précisé Pierre Moscovici jeudi sur BFMTV. Sur ces 28, elle a été retenue par la commission dans les cinq […] Je suis sorti au moment de la délibération. Je n’ai pas voulu [prendre part à la décision, NDLR] parce que j’avais été son collègue, parce que je la connais. » Et il ajoute s’être « déporté par éthique ». Outre le télescopage malvenu de cette nomination avec la présentation d’un budget pour lequel « chaque Français doit fournir des efforts », pour reprendre les mots de François Bayrou, la promotion de Najat Vallaud-Belkacem s’ajoute à une cohorte de recasages dont la présidence a, sans complexe, abusé.
À commencer par Christophe Castaner, battu aux élections législatives de 2022 et promu à la tête du conseil de surveillance du grand port maritime de Marseille, puis dans la foulée nommé président du conseil d’administration de la société Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc – rémunération annuelle, 150 000 euros brut. Fonctions qu’il cumule depuis 2023 avec celle de conseiller du groupe chinois Shein, pour laquelle il touche 3 600 euros par mois. Plus récemment, Nadia Hai, ancienne ministre de la Ville, était nommée « ambassadrice, déléguée interministérielle à la Méditerranée ». Clément Beaune, lui aussi battu aux élections de 2022 a retrouvé un beau bureau avec vue sur l’esplanade des Invalides au Haut-Commissariat au Plan.
Le candidat Macron prétendait lutter contre le pantouflage
Également promue, Sarah El Haïry, ex-ministre pour laquelle une structure a été créée ex nihilo : le Haut-Commissariat à l’enfance. Trop peu de places dans ces colonnes pour détailler la liste : Isabelle Rome, éphémère ministre promue « ambassadrice pour les droits de l’homme et chargée du devoir de mémoire relatif à la dimension internationale de la Shoah et aux spoliations ». Recasés encore, ces obscurs soldats de la macronie : Bérangère Couillard, Célia de Lavergne, Anne-Laure Cattelot, Augustin Augier… Et, last but not least, la controversée nomination d’un fidèle du président, Richard Ferrand, à la présidence du Conseil constitutionnel. Georges Brassens n’aurait pas trouvé meilleure inspiration que la macronie pour nourrir les couplets des Copains d’abord.
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