C’était le jour des valeureux baroudeurs, des équipiers limités en montagne ou contraints d’aider leur leader, ou des électrons libres qui pouvaient enfin partir en quête d’un bouquet, au sortir d’un triptyque pyrénéen outrageusement dominé par Tadej Pogacar… Et la 15e étape de ce Tour de France, qui reliait ce dimanche Muret à Carcassonne, a encore vu un UAE triompher devant un Visma second, mais cette fois, il ne s’agissait pas de Pogacar faisant la nique à Vingegaard…
C’est le Belge Tim Wellens qui s’est imposé en costaud, après avoir faussé compagnie à ses compagnons d’échappée à 43 kilomètres de l’arrivée : un raid sans recours, dans lequel il construisait bien vite une marge assez large pour finir en solitaire. Son compatriote Victor Campenaerts a pris la deuxième place à 1’28, quelques secondes avant que Julian Alaphilippe ne… lève les bras pour exulter, alors qu’il venait de remporter le sprint pour la troisième place ! Sous le regard incrédule de Wout van Aert, le Français de l’équipe Tudor a franchi la ligne sur une méprise dont il préférait sourire après coup avec son équipe : il n’avait plus d’oreillette radio depuis sa chute en début d’étape, dans laquelle il s’est démis une épaule qu’il a remise lui-même… Sa mésaventure en rappelle une plus amère encore, son triomphalisme prématuré sur la ligne de Liège-Bastogne-Liège en 2020, lorsqu’il avait levé les bras avant d’être sauté sur la ligne par Primoz Roglic, qui lui soufflait une victoire de grand prestige, la classique belge étant l’un des cinq « monuments » du cyclisme.
On notera que la troisième place d’Alaphilippe offre aux Français leur premier podium d’étape cette année… Accessit totalement anecdotique, mais qui en dit long sur leur difficulté à jouer les premiers rôles, malgré tous les mérites de Kévin Vauquelin et de Lenny Martinez dans leurs registres respectifs…
À l’inverse, Tim Wellens signe le cinquième succès belge de ce Tour de France, après ceux engrangés par Jasper Philipsen, Remco Evenepoel et Tim Merlier par deux fois… C’est aussi le cinquième de son équipe – un tiers des étapes remportées par UAE-Emirates ! Coureur prolifique, Wellens possède à 34 ans un palmarès bien garni, mais il lui manquait encore une étape du Tour de France. Elle s’ajoute à celles qu’il avait remportées sur le Giro (deux) et la Vuelta (deux aussi), pour le faire entrer dans le cercle pas si fermé – il est le 113e coureur — mais très prisé des « seigneurs », comme les a baptisés le journaliste Pierre Ammiche dans un livre qui rend hommage à ceux qui ont réussi la trilogie.
Les huit échappés avaient émergé d’un début d’étape chaotique, marqué par une grosse chute dans les premiers kilomètres, qui a impliqué notamment Lenny Martinez, le maillot à pois, Florian Lipowitz, le maillot blanc… et a laissé de grands leaders victimes des cassures provoquées par le peloton, Jonas Vingegaard le premier, étonnamment abandonné par ses coéquipiers. Après quelques kilomètres de confusion, tout est rentré dans l’ordre, et l’échappée convoitée faisait mener un train d’enfer au peloton, qui dépassait allègrement les 50 km/h de moyenne sur les premières heures de course.
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Les difficultés du jour ont fait le tri entre les fuyards, les contres et les résignés, faisant émerger d’abord un groupe de huit coureurs dans la côte de Sorèze, puis les plus costauds dans le très raide Pas du Sant, à 55 kilomètres de l’arrivée : Michael Storer (Tudor), le meilleur grimpeur à l’avant, a porté son attaque, suivi par Quinn Simmons, Wellens et Campenaerts, mais aussi le Français Warren Barguil, qu’on avait un peu oublié et qu’on a retrouvé fringant comme dans ses belles années… avant que Tim Wellens ne tire les marrons du feu en plaçant une attaque imparable : personne ne l’a revu !
Mauro Gianetti, patron – au passé sulfureux – de l’équipe UAE, se réjouissait à l’arrivée que le Belge, lieutenant précieux de Tadej Pogacar habituellement, ait pu jouer sa carte avec succès : « Si un coureur mérite la victoire dans le Tour de France, c’est Tim. Il est si dévoué à Tadej, il est tout le temps avec lui, à cinq centimètres de sa roue, à le protéger en course, en camp d’entraînement… » Au classement général, rien n’a bougé chez les meilleurs, qui vont goûter un jour de repos bien mérité demain à Montpellier… À bien mettre à profit, car mardi, c’est Ventoux ! Au vu de la tournure d’une simple étape de transition qui a encore un peu plus usé les forces vives du peloton – les derniers arrivés à Carcassonne, qui cherchaient hagards à rejoindre leur équipe, faisaient presque peur à voir – la bataille pour l’arrivée au sommet du géant de Provence risque de faire de nouveaux dégâts… Qui paiera l’addition ?
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