On croyait le Japon à l’abri des questions identitaires. Une île homogène, hermétique à l’immigration, où l’étranger reste souvent cantonné au rang de visiteur docile ou de main-d’œuvre précaire. À quelques heures des sénatoriales, la campagne a pourtant été dynamitée par un acteur inattendu : Sanseito, une formation nationaliste et anti-immigration qui bouscule les partis traditionnels. Son slogan ? « Nippon daiichi », « Le Japon d’abord ! ».
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Sur le papier, le Japon reste un des pays les moins ouverts aux flux migratoires de la planète. Moins de 3 % des habitants sont étrangers. Et pourtant, l’argumentaire de Sanseito, « défendre le peuple japonais contre la submersion étrangère », rencontre un écho croissant, notamment chez les jeunes et dans les campagnes dépeuplées. La comparaison avec un trumpisme adapté au Pays du Soleil-Levant est assumée. Le fondateur et leader du parti, Sohei Kamiya, ancien directeur de supermarché et professeur d’anglais, avoue s’être inspiré du « style politique audacieux » de Trump. À l’instar de ce dernier, il dénonce les illégaux et accuse les élites de sacrifier les Japonais pour une main-d’œuvre bon marché.
Avec une natalité en chute libre et une population vieillissante, le gouvernement japonais a discrètement assoupli ces dernières années les règles d’entrée pour les travailleurs étrangers. En dix ans, leur nombre a plus que doublé. Et la récente multiplication de faits divers impliquant des immigrés n’a fait qu’attiser ce climat de défiance.
Le coût de la vie explique aussi cette colère : le prix du riz a doublé en un an. Le yen, dévalué, a fait exploser le tourisme, multiplié par cinq en une décennie, avec des étrangers parfois peu enclins à observer les mœurs des Japonais. Jusqu’ici, la droite traditionnelle, incarnée par le Parti libéral-démocrate (PLD), restait ambiguë, continuant à défendre une « identité japonaise », mais favorisant en sous-main l’immigration économique. Piqué au vif, le gouvernement Ishiba a annoncé la création d’un organisme chargé d’encadrer les comportements des étrangers et promis une politique « zéro clandestin ».
Le scrutin ne bouleversera sans doute pas l’échiquier politique, mais il marquera un tournant idéologique
Sanseito assume sans fard un programme prônant l’expulsion massive des clandestins, la suppression des quotas d’accueil et la fermeture des frontières aux « cultures incompatibles ». Une ligne qui séduit surtout les 20-30 ans. La chaîne YouTube du parti rassemble 400 000 abonnés, plus que celle de n’importe quel autre parti japonais et trois fois plus que celle du PLD. Le parti a su lisser certaines de ses outrances (fini, le projet de concubines pour l’empereur) et proposer des mesures concrètes : baisses d’impôts, aides aux familles et investissements massifs pour doubler le taux d’autosuffisance alimentaire du Japon.
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Le scrutin ne bouleversera sans doute pas l’échiquier politique, mais il marquera un tournant idéologique. Le Japon découvre la question migratoire. Sanseito ne compte aujourd’hui que cinq sièges à la Diète nationale, obtenus non dans les urnes mais grâce au ralliement d’élus indépendants et transfuges après le scrutin de 2022. Et les sondages lui donnent déjà un score à deux chiffres à la chambre haute. Impressionnant, dans un pays longtemps habitué au consensus.
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