Un demi-siècle, ça se fête. En 1975, deux maillots distinctifs faisaient leur apparition sur les routes du Tour : la tenue à pois de meilleur grimpeur, remportée sept fois, un record, par Richard Virenque, et celle du meilleur jeune, toute blanche, qui récompense le coureur âgé de moins de 26 ans le mieux classé au général.
Si le recordman est Tadej Pogacar, quadruple lauréat, le premier champion à l’avoir rapportée à Paris est Francesco Moser. À 74 ans, celui qui reste l’un des grands noms du cyclisme transalpin a conservé une ligne d’athlète. Maniant le français avec son accent du Nord de la péninsule, le sourire facile, le vainqueur (entre autres) du Giro 84 s’est plongé dans ses souvenirs.
Le JDD. Que représente ce maillot à vos yeux ?
Francesco Moser. C’était quand même un beau résultat de l’obtenir en 1975, surtout que j’avais commencé par le jaune [pendant une semaine, NDLR]. J’ai quand même terminé ce Tour avec un maillot (rire). Cette tenue du meilleur jeune a d’abord été instituée sur le Tour de France. L’année suivante, le Giro a fait pareil. Je produis du vin [la famille Moser possède une exploitation viticole près de Trente]. Là-bas, j’ai installé un musée en forme de vélodrome avec tous mes trophées (il montre les photos sur son téléphone). Il y a le maillot blanc, il y a le jaune. J’ai mes maillots de champion du monde et de vainqueur du Tour d’Italie. Il y a aussi mes anciens vélos, comme celui du record de l’heure [à Mexico en 1984].
Quand vous recevez ce maillot blanc en 1975, vous considériez-vous comme un jeune prometteur ?
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J’avais déjà fait deuxième de Paris-Roubaix en 1974. Et en 1975, avant le Tour, je finis deuxième de Milan-San Remo battu par [Eddy] Merckx au sprint ! J’ai fait l’impasse sur le Giro pour disputer le Tour de France. Ce qui ne se faisait pas quand on était Italien. [Il termina 7e et ce fut son unique participation à la Grande Boucle].
Après vous, seuls trois Italiens l’ont ramené à Paris : Marco Pantani (1994 et 1995), Ivan Basso (2002) et Damiano Cunego (2006). Comment l’expliquez-vous ?
Parce que c’est le Tour de France, et tous les meilleurs jeunes sont là.
Quel récent lauréat de ce classement vous plaît ?
La réponse est facile : Pogacar, qui l’a gagné quatre fois [de 2020 à 2023]. J’ai bien aimé aussi quand Pantani l’a eu. Ce sont des coureurs qui ont tous eu des résultats ensuite [Pantani a notamment réussi le doublé Giro/Tour en 1998 tandis que le Slovène est le meilleur coureur actuel].
Votre couleur préférée ? Le rose du Giro que vous avez gagné en 1984 ?
Le maillot rose n’est pas facile à gagner. J’ai fait trois fois deuxième du Tour d’Italie. Le maillot arc-en-ciel de champion du monde représente aussi beaucoup.
« À partir de 70 ans, c’est mieux d’arrêter le vélo musculaire (sourire) et de passer à l’électrique »
Je l’ai porté sur route (1977) et sur la piste (1976). Dans toute l’histoire, les seuls qui ont gagné le championnat du monde sur route et la poursuite, c’est Coppi et… Moser ! Il n’y en a pas d’autres.
Le coureur italien que vous aimez bien aujourd’hui ?
J’aime bien Filippo Ganna, qui a battu le record de l’heure [56,792 km/h en 2022] et a gagné les mondiaux sur piste. Il est plus grand que moi, mais il ne peut pas être compétitif quand la route s’élève beaucoup, car il est très lourd.
Pratiquez-vous encore le vélo ?
Oui. Avec une assistance électrique. À partir de 70 ans, c’est mieux d’arrêter le vélo musculaire (sourire) et de passer à l’électrique. J’ai déjà fait assez d’effort ! Là où j’habite, il y a beaucoup de montagnes. Parfois, des gens me voient et me disent : « Pourquoi un coureur comme toi est sur un vélo à assistance ? »
Je leur réponds : « Je n’ai pas besoin de vos conseils ! » Chaque année, on se retrouve en Bourgogne avec Bernard Hinault et on fait une sortie. La première fois qu’il m’a vu avec un modèle électrique, il a fait de drôles d’yeux. Maintenant, même lui en utilise un (rire).
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