Loin de l’agitation des plages bondées et des piscines municipales, la location de piscines privées entre particuliers s’impose comme une nouvelle tendance en pleine croissance. Alors que l’économie collaborative connaît un succès mondial avec des plateformes comme Airbnb ou BlaBlaCar, elle a trouvé depuis quelques années un nouveau créneau avec des services de mise en relation entre propriétaires de piscine et locataires en quête de détente et de fraîcheur.
En France, quelques plateformes se partagent ce marché en plein essor. Swimmy, fondée en 2018, est le leader, avec 445 000 membres inscrits et 6 000 piscines réparties sur le territoire. « Au mois de mai, nous avons enregistré une augmentation de 30 % du nombre de locations par rapport au même mois des trois années précédentes, et nous pensons atteindre 20 000 locations d’ici la fin de la saison », se félicite Raphaëlle de Monteynard, fondatrice et directrice de Swimmy. Plus modeste, MyPrivatePool, lancé il y a trois ans, recense 140 piscines, tandis que Kiwiiz, plus généraliste, propose plusieurs centaines de piscines parmi une large gamme de biens et d’espaces à louer.
Une parenthèse de vacances
Le principe est simple : les propriétaires inscrivent leur piscine sur la plateforme, précisent les services disponibles (barbecue, ping-pong, terrain de tennis ou piscine chauffée) et fixent un tarif. Myprivatepool pratique des forfaits à la demi-journée, à partir de 20 euros par personne. « Chez Swimmy, le prix moyen est de 8 euros de l’heure par personne, avec des réductions pour les enfants et la gratuité pour les moins de 3 ans. Dans les zones à forte demande, comme près de Paris ou Lyon, les tarifs peuvent aller de 10 à 15 euros l’heure », précise Raphaëlle de Monteynard. Des prix bien supérieurs à ceux d’une piscine municipale, mais la comparaison n’a guère de sens, estime-t-elle. « Les gens ne viennent pas faire des longueurs, mais passer un bon moment, comme s’ils s’offraient une parenthèse de vacances. C’est une expérience conviviale, partagée à plusieurs, et accessible pour un panier moyen autour de 100 euros. »
Les locataires sont souvent des familles ou des groupes d’amis
Une parenthèse que Joséphine, 39 ans, mère de trois enfants, s’est accordée un samedi de canicule avec un couple d’amis. Cette Parisienne a réservé, via Swimmy, une piscine avec barbecue dans les Yvelines. « Le site est très bien conçu, intuitif et rapide : on a tout bouclé mercredi pour samedi, en précisant le nombre de personnes, la zone, l’horaire et les équipements souhaités (barbecue, transats), raconte-t-elle. La propriétaire avait tout installé sous la tonnelle : table, nappe, chaises… Nous avons apporté notre déjeuner, fait la sieste sous un saule avant de nous baigner. » Coût total pour dix personnes : 350 euros. « Ce n’est pas une alternative à la piscine municipale, mais une agréable journée à la campagne, entre amis. » Les locataires sont majoritairement des familles avec enfants ou des groupes d’amis. Mais la pratique attire aussi des couples et des groupes plus nombreux venus célébrer un anniversaire, un enterrement de vie de jeune fille ou même un petit mariage.
« Nous accueillons également des jeunes femmes musulmanes qui cherchent un lieu tranquille pour se baigner avec leurs enfants, à l’abri des regards », souligne Dominique, propriétaire d’une piscine dans la région parisienne. C’est en découvrant un reportage télévisé sur Swimmy que cette retraitée de 73 ans a eu le déclic. Avec des enfants et des petits-enfants moins présents, louer sa piscine s’est imposé comme une évidence.
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Une dynamique positive
« Cela permet de créer du lien, et c’est un complément de revenu qui permet de couvrir nos frais d’entretien », calcule-t-elle. Selon Raphaëlle de Monteynard, un propriétaire gagne en moyenne 1 000 euros par saison, un montant qui peut grimper bien plus haut lorsque la piscine est couverte et accessible toute l’année. Mais cette dernière y voit aussi le signe encourageant d’une société où certains n’hésitent pas à ouvrir leur porte. Une dynamique positive que Dominique voit aussi portée par un besoin croissant d’évitement : « Avec la chaleur et les problèmes d’incivilité dans les lieux publics, ce type de location va encore se développer », prédit-elle. Reste à savoir si cette tendance résistera à la volonté de certaines villes de limiter, voire d’interdire, les piscines privées.
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