
Fils d’ouvrier et dernier d’une fratrie de douze enfants, Rédoine Faïd grandit dans le quartier Guynemer de Creil. Dès l’enfance, il cultive une fascination pour les films de gangsters, notamment Heat de Michael Mann, qu’il citera souvent comme source d’inspiration. L’adolescent rêve tour à tour de devenir gendarme ou voleur. La réalité tranche vite : il échoue à son bac Gestion et, à 19 ans, passe de la petite délinquance aux braquages à main armée, souvent en compagnie de ses frères.
Publicité
Retrouvez toutes les antisèches du JDD
La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
Faïd connaît ses premières heures de gloire criminelle au milieu des années 1990, enchaînant braquages et attaques de fourgons blindés. Mais c’est surtout sa capacité à disparaître qui intrigue la police et fascine le grand public. En 1997, blessé à l’épaule lors d’une attaque à Villepinte, il prend la fuite malgré tout, avant d’être rattrapé. En 1998, il est finalement arrêté après trois ans de cavale et condamné à 18 ans de prison.
La suite après cette publicité
La suite après cette publicité
Mais derrière les barreaux, il peaufine déjà son image. Libéré sous condition en 2009 pour bonne conduite, il tente de se réinventer : attaché commercial, marié, il publie en 2010 un livre autobiographique, Braqueur : Des cités au grand banditisme, coécrit avec le journaliste Jérôme Pierrat. Sur les plateaux télé, il jure que « ses démons sont morts ». La suite va prouver le contraire.
Retour fracassant dans le grand banditisme
Dès 2010, il est soupçonné d’avoir participé à une attaque ratée d’un fourgon blindé, à Villiers-sur-Marne, qui coûtera la vie à la policière municipale Aurélie Fouquet. Arrêté en 2011, il est condamné en 2016 à dix-huit ans de prison, puis à vingt-cinq ans en appel deux ans plus tard. Ces peines s’ajoutent à celles déjà prononcées pour d’autres braquages, dont une attaque d’un fourgon blindé dans le Pas-de-Calais en 2011 (18 ans de réclusion).
Il s’évade du centre pénitentiaire de Lille-Sequedin
C’est cependant par ses évasions spectaculaires que Faïd va véritablement s’imposer comme une figure hors norme du grand banditisme français. En avril 2013, il s’évade du centre pénitentiaire de Lille-Sequedin après avoir pris quatre otages et utilisé des explosifs pour forcer les portes. Six semaines plus tard, il est rattrapé à Pontault-Combault grâce à une maladresse d’un vendeur de faux papiers, dont le téléphone est géolocalisé.
Son dernier coup d’éclat : une évasion spectaculaire en hélicoptère depuis le centre pénitentiaire de Réau, en Seine-et-Marne, le 1er juillet 2018. Des complices cagoulés et armés de kalachnikovs neutralisent le personnel, découpent les portes à la disqueuse et extraient le braqueur du parloir où il se trouvait avec son frère. La scène semble écrite pour le cinéma. Le pilote, Stéphane Buy, est pris en otage et forcé de participer à l’opération.
Treize semaines plus tard, il est arrêté à nouveau. À la clé, 14 ans supplémentaires de réclusion pour cette seconde évasion, prononcés en octobre 2023.
Un isolement jugé « contraire à la dignité »
Comme une ironie du sort, au moment où une centaine de détenus considérés comme les plus dangereux doivent intégrer le quartier de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), le multirécidiviste de l’évasion Rédoine Faïd pourrait, lui, voir enfin ses conditions de détention assouplies.
La cour d’appel de Douai (Nord) a rendu une décision favorable au célèbre braqueur, qui vit à l’isolement depuis douze ans, seulement interrompu par ses évasions spectaculaires. Les magistrats ont estimé que ces conditions étaient « contraires à la dignité de la personne humaine ». Les juges pointent plusieurs éléments : l’isolement prolongé, l’usage systématique de l’hygiaphone lors des parloirs depuis 2018, l’absence d’unité de vie familiale, la diminution de la luminosité en cellule due à l’installation d’un double caillebotis en mai 2025 et l’échec de mise en place d’activités nouvelles promises fin 2024, à l’exception de l’art-thérapie.
Renforcer sa dangerosité criminologique.
Deux expertises médicales récentes soulignent par ailleurs une dégradation de l’état de santé du détenu : l’une pointe l’inefficacité partielle du traitement à cause du manque de lumière et d’activités physiques ; l’autre alerte sur le risque d’aggravation psychologique pouvant conduire à une dépression et renforcer sa dangerosité criminologique.
Face à ce constat, la cour a ordonné à l’administration pénitentiaire de prendre, sous un mois, toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à ces conditions de détention, et de transmettre un rapport détaillé au juge de l’application des peines avant le 21 août.
Source : Lire Plus






