Clap de fin pour le général Thierry Burkhard. Après quatre années à la tête de l’état-major des armées (CEMA), le « terrien » rend son uniforme de plus haut responsable militaire. À partir du 1er septembre, c’est donc le général Fabien Mandon, aviateur et ancien pilote de chasse, qui va endosser les cinq étoiles de « CEMA ». Au sein de l’institution militaire, il s’agit tout simplement de la fonction la plus prestigieuse, mais aussi de l’une des plus délicates, alors que le contexte géostratégique est particulièrement tendu.
Mais alors, quel est son rôle exact ? « C’est l’homme qui met en musique ce que décide le président de la République », répond Christophe Gomart, ancien directeur du renseignement militaire. Ce rôle de chef d’orchestre le conduit à diriger l’état-major opérationnel. « Le rôle majeur du chef d’état-major des armées, c’est de conduire les opérations », détaille au JDD l’amiral Bernard Rogel, ancien chef d’état-major de la Marine. « Il s’assure que les armées sont prêtes, bien équipées, formées et capables d’intervenir », ajoute Christophe Gomart.
« L’homme qui met en musique ce que décide le président de la République »
Si chacune des trois armées dispose de son propre chef, chacun d’eux est davantage tourné vers l’organisation et la préparation de ses forces. « Ce sont des chefs “organiques”, comme on dit, même si ce n’est pas totalement vrai pour le chef de la Marine et celui de l’armée de l’Air et de l’Espace, car ils ont aussi des missions permanentes. Mais dans la bande, c’est le CEMA qui est l’opérationnel », analyse encore Christophe Gomart, aujourd’hui eurodéputé LR. La fonction du général Fabien Mandon devrait l’amener à échanger quotidiennement avec les chefs de l’armée de Terre, de l’armée de l’Air et de la Marine.
Par ailleurs, le CEMA n’agit pas uniquement sur le temps court. Il joue également un rôle stratégique dans la préparation de l’avenir, sous la direction du ministre des Armées, en lien avec toute la chaîne de planification. « Il s’appuie sur un certain nombre d’officiers qui travaillent à préparer les lois de programmation militaire et à anticiper les capacités nécessaires pour l’avenir. Cela concerne aussi bien les équipements que les ressources humaines, avec un objectif clair : disposer des meilleures femmes et des meilleurs hommes possibles, grâce à un recrutement de qualité, une formation solide et une fidélisation efficace », détaille Bernard Rogel. Il ajoute : « Le CEMA a la responsabilité de proposer au président de la République, avec la complicité du ministre des Armées, le meilleur outil de défense possible. »
Quelle relation entre le président de la République et le chef d’état-major ?
En lien permanent avec le président de la République, un CEMA peut-il lui dire non ? Le général Fabien Mandon connaît bien Emmanuel Macron, puisqu’il a été son chef d’état-major particulier de 2023 à aujourd’hui. Un rôle qu’a également occupé Bernard Rogel, de 2016 à 2019 : « Quand on est chef d’état-major particulier, on n’est pas toujours d’accord avec le président de la République. Il faut savoir lui dire quand c’est nécessaire. »
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De manière générale, la proximité avec le chef de l’État, et avec le ministre des Armées, donne à la fonction de CEMA une dimension politico-militaire. « Il n’y a pas d’orientation politique du CEMA, mais il doit évoluer dans un milieu qui l’est », tempère Christophe Gomart.
Un CEMA issu de l’Armée de l’Air
Autre élément singulier de cette nouvelle nomination : en septembre, Fabien Mandon sera le premier aviateur à prendre la tête de l’état-major français depuis Jean-Philippe Douin en 1995. Certains observateurs se réjouissent de ce choix, alors que le combat aérien a pris une nouvelle dimension avec la guerre au Pakistan, et que les drones et l’espace sont devenus des enjeux majeurs. Par ailleurs, au cours des 30 dernières années, sept militaires ont occupé cette fonction, dont six « terriens » et un « marin ».
Une question se pose : la couleur de l’uniforme du CEMA a-t-elle une importance ? « C’est secondaire. Quand vous êtes en train de piloter des opérations en Afghanistan, en Libye ou lors d’évacuations de ressortissants, vous ne vous demandez pas si celui d’en face est de la Marine, de l’Armée de l’Air ou de Terre. Vous avez besoin de toutes les compétences, comme dans une boîte à outils », explique Bernard Rogel, également ancien sous-chef des opérations – un poste juste au-dessous du CEMA. Ainsi, en plus d’être entouré de militaires issus de toutes les armées, un chef d’état-major a nécessairement évolué, au cours de sa carrière, au sein de services interarmées. Il possède donc une compréhension approfondie des enjeux propres à chaque composante des forces militaires.
Enfin, les fonctions du CEMA incluent une dimension essentielle : la connaissance des relations internationales. Cet aspect est extrêmement important, puisque le chef d’état-major est en contact régulier avec ses homologues étrangers, notamment dans le cadre du comité militaire de l’OTAN et de l’Union européenne.
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