
La France célèbre encore Pasteur et Curie, mais abandonne ses chercheurs à la bureaucratie et se berce d’illusions sur son rang scientifique. Pourtant, les faits sont implacables. L’échec du vaccin français contre le Covid-19, le recul de la France dans les publications scientifiques mondiales, la perte d’influence dans le biomédical sont autant de signaux d’alarme. Ce recul n’est pas dû à un déficit de talents, mais à un système idéologisé et centralisé, qui enferme la recherche dans des choix politiques, administratifs et budgétaires.
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Ainsi, depuis quinze ans, notre effort national de recherche stagne autour de 2,2 % du PIB, loin des 3 % visés, et loin derrière la Corée du Sud (4,8 %) ou l’Allemagne (3,1 %). Les autorités françaises tentent aujourd’hui d’attirer des chercheurs américains, notamment via le programme « Choose France for Science », en réaction aux tensions idéologiques et aux restrictions budgétaires fragilisant la liberté académique aux États-Unis.
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Cette volonté est louable mais ne doit pas occulter nos propres faiblesses. Trop de talents français s’exilent pour trouver ailleurs la liberté de recherche, de meilleurs moyens et de meilleures conditions de travail.
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Trop de talents français s’exilent pour trouver ailleurs la liberté de recherche et de meilleurs moyens
Nos chercheurs subissent bureaucratie étouffante, sous-financement chronique, salaires peu attractifs et pesanteurs idéologiques, qui dénaturent l’esprit scientifique. Ils consacrent en moyenne 30 % de leur temps à des tâches administratives, selon une étude du CNRS, et doivent attendre entre 12 et 18 mois pour obtenir un financement de l’Agence Nationale de la Recherche, contre 6 à 9 mois seulement en Allemagne. Dans certains champs de recherche, notamment liés aux questions environnementales ou énergétiques, la pression idéologique influence la définition des priorités, oriente les financements, et bride la diversité des approches. Ce conditionnement affaiblit la rigueur scientifique et freine l’innovation. Une partie croissante de la sociologie universitaire ne cherche plus à comprendre les structures sociales, mais à légitimer des revendications politiques, souvent au détriment de toute rigueur méthodologique.
De plus en plus de pressions s’exercent pour faire passer un agenda idéologique avant une vérité scientifique. Ainsi, organisations syndicales universitaires mettant à l’agenda leurs propres problématiques, chercheurs militants qui servent leurs partis ou tentatives d’orientation des travaux via des financements privés, sont autant de manières d’influencer une recherche exsangue et tentée d’aller chercher les financements où qu’ils se trouvent.
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Il faut rendre aux chercheurs leur liberté intellectuelle, leur autonomie institutionnelle et promouvoir la diversité des approches et des méthodes, y compris celles qui dérangent. Mais pour refonder durablement notre culture scientifique, il ne suffit pas de libérer la recherche : il faut aussi transmettre l’esprit scientifique dès le plus jeune âge et veiller à la rigueur des recherches dans l’objectivité des savoirs.
La science doit redevenir un pilier de l’instruction publique, transmise à tous. Formons à l’esprit scientifique. Cultivons le doute méthodique. Pratiquons l’expérimentation. Développons la rigueur logique. Ces compétences forgent des citoyens libres et éclairés. Les enquêtes Pisa 2022 et TIMSS confirment une dégradation inquiétante du niveau de nos élèves. La première classe la France 26ᵉ sur 81 pays évalués, aussi bien en mathématiques qu’en sciences, avec des scores à peine supérieurs à la moyenne de l’OCDE.
La seconde confirme la profondeur du problème : les performances françaises en sciences stagnent depuis 1995 à un niveau inférieur à la moyenne OCDE et européenne, tandis que les résultats en mathématiques ont reculé entre 2019 et 2023. Or, une nation qui renonce aux mathématiques compromet son avenir scientifique, technologique et industriel. Ce recul frappe d’abord les jeunes des classes moyennes et populaires, éloignés des grands centres. La philosophie et la science constituent les deux piliers de l’émancipation. Redonnons à la science sa place dans le débat public, c’est aussi lutter contre le fondamentalisme, l’obscurantisme et le charlatanisme.
Les performances françaises en sciences stagnent depuis 1995
Par ailleurs, l’excellence ne doit pas résider uniquement dans quelques grands pôles parisiens. Elle doit irriguer l’ensemble du territoire. Créons des centres de recherche agiles, spécialisés et ouverts sur le monde. Développons l’interdisciplinarité comme levier d’innovation : les grandes découvertes naissent souvent à la croisée des disciplines.
Des modèles existent déjà en France et nous devons nous en inspirer. C’est le cas du Genopole à Évry-Courcouronnes ou de Sophia Antipolis dans l’agglomération d’Antibes. Ces deux pôles de recherche qui allient entreprises, chercheurs universitaires et grandes écoles montrent la possibilité d’une recherche française forte et innovante. De même, l’Institut Curie demeure un modèle d’excellence, mondialement reconnu. Il conjugue recherche fondamentale, innovation thérapeutique et soins aux patients.
Ces réussites illustrent l’efficacité de modèles autonomes, fondés sur l’excellence scientifique et la diversité des financements. À l’étranger, le NKI néerlandais et le Dana-Farber américain illustrent des réussites similaires. Leurs points communs ? L’autonomie décisionnelle, l’articulation forte entre recherche et applications, la culture du résultat, le décloisonnement des disciplines. Ces exemples montrent qu’une recherche ouverte et exigeante peut redevenir un moteur d’innovation et de rayonnement national. La recherche ne représente pas un coût. Elle constitue un investissement.
La France a tous les atouts pour redevenir une grande nation scientifique. Elle doit d’abord s’affranchir des carcans technocratiques et idéologiques qui l’étouffent. La liberté est la condition première de toute avancée scientifique. Et de tout progrès humain.
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