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Sport
Humbert Angleys, envoyé spécial à Courchevel
24/07/2025 à 20:16, Mis à jour le 24/07/2025 à 20:19

La haute montagne a accouché d’une souris, ou presque, pour le classement général, alors qu’aux deux tiers de l’étape, l’impensable paraissait encore possible… Faire vaciller Pogacar semblait toujours difficile, et le renverser encore plus compliqué, mais Jonas Vingegaard s’en était au moins donné les moyens. Avec son équipe Visma-Lease a Bike, ils avaient réussi à isoler le maillot jaune, en attaquant de loin, dès le deuxième des trois cols hors catégorie du jour. Après le rude Glandon, dans le col de la Madeleine, difficile mais régulier (19,2 km à 7,9 %), à 4,5 km du sommet et à 71 km de l’arrivée, Sepp Kuss s’écartait pour lancer son leader Jonas Vingegaard vers l’avant… Dernier relayeur, Kuss, lieutenant retrouvé à l’insolente fluidité – parfois trompeuse –, avait parachevé l’écrémage impulsé par ses coéquipiers Van Aert, Benoot et Campenaerts… et plus personne ne pouvait suivre Vingegaard, à l’exception de Pogacar bien sûr ! Le plus proche, Florian Lipowitz, troisième homme au général et maillot blanc, devait laisser filer les deux meilleurs, une classe au-dessus ; le jeune Allemand de l’équipe Red Bull-Bora Hansgrohe passait au sommet avec 30 secondes de retard, et derrière eux, les écarts se comptaient en minutes, y compris pour les suivants au classement général…
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Dans la vallée, des chants de guerre près des tombeaux
C’était compter sans la vallée, où tout était à refaire. Les quelques kilomètres de plat et faux plat jusqu’au pied du col de la Loze ont curieusement été le théâtre de numéros de surplace qui annulaient tout l’avantage acquis par les Visma. Résignation, aveu d’impuissance ? Désarroi, manque d’inspiration tactique ? Les lâchés revenaient en tout cas par grappes, et l’apathie des cadors permettait à d’autres de tirer les marrons du feu… Place aux seconds couteaux ! Le terme est exagéré pour Ben O’Connor : l’Australien, vainqueur à Tignes et 4e au général en 2021, 2e de la Vuelta l’an dernier, n’est pas le premier venu… Et le coureur de l’équipe Jayco-AlUla a réalisé une ascension impressionnante, seul durant les 16 derniers kilomètres, après avoir lâché le Colombien Einer Rubio (Movistar) et l’Américain Matteo Jorgenson (Visma-Lease a Bike), qui avaient profité du flottement avec lui.
Dans le final, Tadej Pogacar est sorti de sa réserve pour infliger à Jonas Vingegaard sa « spéciale », une accélération meurtrière, sans même se mettre en danseuse, dans les derniers hectomètres, pour ajouter neuf secondes (et deux secondes de bonification) à l’addition : au classement général, l’écart entre les deux hommes est désormais de 4’26, un gouffre que seul un coup de théâtre spectaculaire pourrait combler.
Podium incertain, Vauquelin limite la casse
Au général, le vainqueur du jour Ben O’Connor se hisse à la 10e place. Pour Kévin Vauquelin, on redoutait la journée de tous les dangers, mais son retour providentiel dans la vallée de Moûtiers et sa solide montée de Courchevel lui permettent de limiter la casse : il glisse encore d’une place, 7e au classement général ce soir, mais il a suffisamment de marge pour assurer, sauf catastrophe, le top 10, voire un peu mieux.
Le Britannique Oscar Onley (Picnic-PostNL), 22 ans, s’est à l’inverse offert un joli rapproché : il ne pointe plus qu’à 22” du podium de Florian Lipowitz, qui lui assurerait aussi le maillot blanc. Lipowitz a surpris par ses mouvements tactiques, tout comme son coéquipier chez RedBull-Bora Hansgrohe Primoz Roglic, toujours 5e au général de son côté. Roglic s’était lancé à l’abordage avec les premiers attaquants du jour, profitant de la confusion qui régnait – on a compté jusqu’à une centaine de coureurs à l’avant de la course ! – mais a été repris dans la Madeleine : rentré dans le rang, il l’a tenu ensuite. Lipowitz, après avoir recollé à Pogacar et Vingegaard s’est carrément lancé, depuis la fameuse portion de vallée, dans un numéro voué à l’échec : il avait creusé 2’30 d’avance sur les meilleurs au pied de la Loze, mais il l’a payé quelques kilomètres plus loin d’une défaillance, tandis qu’Onley, son concurrent direct, s’accrochait au maillot jaune et à son rival jusqu’aux derniers kilomètres.
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Martinez, les pois des maux
Côté maillots distinctifs, le vert n’est pas une priorité de Tadej Pogacar, même s’il a pu être tenté par cette nouvelle tunique à sa portée, et son porteur, le vainqueur d’hier, Jonathan Milan, en a profité pour animer le début de course et aller glaner les points du sprint intermédiaire, au 24e kilomètre. Il est désormais bien parti pour le conserver jusqu’au bout !
Pour le maillot à pois, c’était la grande journée à cocher pour Lenny Martinez, qui a bien réussi à passer en tête du Glandon, vingt points dans la besace, mais l’image du jeune Français commence à pâtir de ses choix… Il y avait déjà sa gestion illisible des efforts, à la fois sur une étape et à l’échelle des trois semaines de course… Plus grave, son comportement bien peu loyal commence à lui coller à la peau… Passe encore quand il s’agit de prendre sa part dans une échappée, cela peut faire partie du jeu – au risque de s’y brûler… Mais les images en direct de ses « bidons collés » aujourd’hui font tache : longuement accroché à la voiture Bahrain-Victorious, le jeune grimpeur qui dispute son deuxième Tour de France a logiquement été sanctionné de huit points par les commissaires. Et le maillot visé semble désormais hors de portée, sauf miracle – c’est Vingegaard, désormais deuxième du classement, qui le portera demain par procuration… Espérons pour Martinez qu’à défaut de pois, ces péripéties lui mettront du plomb dans la tête !
Tous les coureurs sont rentrés dans les généreux délais (48’37), mais le peloton s’était amaigri aujourd’hui : Cyril Barthe (Groupama-FDJ), équipier modèle, victime d’une commotion cérébrale dans la grosse chute du final vers Valence hier, et Carlos Rodriguez (Ineos-Grenadiers), bassin fracturé alors qu’il était 10e du classement général, étaient non-partants. Enric Mas (Movistar), genou douloureux, malgré sa belle ascension du Ventoux mardi, a abandonné en cours d’étape. Pour les moins bons grimpeurs, il faudra encore serrer les dents avec la 19e étape demain : 4550 mètres de dénivelé positif entre Albertville et La Plagne les attendent, avec au milieu le bel enchaînement col du Pré-Cormet de Roselend. Elle sonnera la fin du « Tour de souffrance », les deux dernières journées étant plus clémentes. L’étape sera courte (129,9 km) mais difficile ; en attendant, la nuit sera longue et après le dantesque dénivelé du jour, le sommeil sans doute facile.
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