Depuis Tibériade, la capitale de la Galilée, dans le nord d’Israël, Yuval ne cache pas sa déception. « Israël et la France partagent des valeurs et des intérêts stratégiques communs, au premier rang desquels la lutte contre le terrorisme, rappelle le trentenaire, en colère. Or, depuis sa création, et plus particulièrement au cours des deux dernières années, le pays lutte activement contre le terrorisme. Reconnaître un État palestinien à ce stade envoie un message erroné : que le terrorisme est efficace et que la violence peut mener à des réalisations politiques. »
Selon lui, Macron « sape la lutte mondiale contre le terrorisme et menace non seulement la sécurité d’Israël, mais aussi la stabilité internationale ». Il en veut pour preuve : « Le Hamas a salué cette déclaration. De quel côté se trouve-t-il ? »
« Une capitulation totale face au terrorisme »
Un sentiment partagé bien au-delà du nord du pays. Comme à Tel-Aviv, où Eliyahu, un autre jeune trentenaire, voit dans l’initiative du chef de l’État français une insulte à la mémoire des victimes du 7-Octobre : « En reconnaissant la Palestine, le président Macron offre une victoire politique au Hamas, qui retient encore 50 otages. Cette décision n’engage rien, ne rapproche personne. C’est une manœuvre électoraliste, en pleine flambée antisémite ! »
Tobias, installé à Netanya, perçoit le geste du président français comme un abandon. « C’est une capitulation totale face au terrorisme. Nous sommes au milieu d’une guerre sanglante et la France décide d’offrir ce cadeau aux organisations appelant à la destruction d’Israël et du peuple juif, qui se sent si seul depuis le 7-Octobre ».
« Une fois de plus, les Juifs de France et Israël sont sacrifiés sur l’autel des calculs électoraux »
À Jérusalem, la réponse est tout aussi sévère. Jérôme, guide touristique, dénonce une diversion politique d’Emmanuel Macron : « Comme l’a dit Donald Trump, cette annonce n’aura sans doute aucun poids concret. Elle ne changera rien, sinon détourner l’attention des difficultés françaises. Il ferait mieux de se concentrer sur son propre pays. »
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Un reproche repris avec plus de virulence encore par son ami Yossi. « Une fois de plus, les Juifs de France et Israël sont sacrifiés sur l’autel des calculs électoraux d’un président obsédé par sa postérité, regrette l’entrepreneur franco-israélien. Cette reconnaissance d’un prétendu État palestinien – en réalité un blanc-seing donné aux terroristes du Hamas – est aussi vide que ses discours. »
Si la position française était jusque-là perçue comme équilibrée mais solidaire face au terrorisme, pour beaucoup, cette reconnaissance ne vient pas récompenser un projet politique légitime, mais entériner une stratégie de la terreur. Et dans ce sentiment de solitude, c’est aussi le lien avec les Juifs de France qui vacille.
Le moment choisi par Emmanuel Macron pour reconnaître un État palestinien interroge les Israéliens. Car le Hamas reste opérationnel : il conserve son arsenal et retient toujours des otages. Ainsi, au sein de l’opinion israélien, l’annonce française ressemble moins à un geste diplomatique mûri qu’à une initiative précipitée. Pour une partie de la population, le président français cède à la pression médiatique et semble avant tout guidé par son envie de peser sur la scène internationale.
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