La fête nationale s’est fait attendre et c’est avec huit jours de retard que les Français ont pu exulter : sur les pentes désolées du mont Ventoux, mardi, Valentin Paret-Peintre (Soudal Quick-Step) a enfin fait tressaillir les cœurs tricolores trop longtemps sevrés ! Vainqueur d’un duel final à couteaux tirés, le pur grimpeur savoyard s’est offert une victoire de prestige, la première de ce Tour… et la seule pour les Français, à moins que l’un d’eux ne gagne la dernière aujourd’hui. Sait-on jamais…
Le public s’était tout de même entiché de Kévin Vauquelin (Arkéa-B&B Hotels), la belle découverte de cette Grande Boucle : le Normand n’était pas tout à fait un inconnu, mais son succès sur la deuxième étape l’an dernier à Bologne avait été un peu éclipsé par les derniers feux de Romain Bardet, et Vauquelin s’était fait ensuite discret. Cette fois, on l’a vu jouer les premiers rôles dans les côtes pour puncheurs de la première semaine, attaquer quand il le pouvait, porter le maillot blanc de meilleur jeune et surtout conquérir un nouveau statut dans le peloton… et une petite statue dans les cœurs des fans, qu’il a séduits par ses déclarations spontanées et par son courage : il a épaté dans les Pyrénées, avant de plier dans les Alpes, sans jamais rompre tout à fait. Septième au général, ce coureur complet signe un très bon Tour. Pourra-t-il faire mieux ? Les choix de ses futurs objectifs – et d’une probable nouvelle équipe – seront décisifs !
Plus discret, non moins méritant : le Breton Jordan Jegat est 10e au général, un beau jalon pour le grimpeur de 26 ans, qui a accédé tardivement à ce niveau chez TotalEnergies, bonne animatrice de l’épreuve, à son échelle. Sans jouer les tout premiers rôles, d’autres Français ont brillé, comme le Pyrénéen Bruno Armirail, très solide dans tous les registres, sous les couleurs de Decathlon-AG2R qu’il devrait quitter l’an prochain. Lenny Martinez, 22 ans, novice en souffrance l’année dernière, s’est bien montré cet été : côté pile, des solides « placettes » et des grands cols franchis en tête pour la quête du maillot à pois. Côté face, il a buté sur un barème et un parcours qui rendaient la mission impossible, a fortiori avec ses limites actuelles, physiques et tactiques. Il s’est d’ailleurs fait pincer pour un « bidon collé », accroché à la voiture de son équipe Bahrain-Victorious. À corriger !
Julian Alaphilippe, animateur à défaut d’être dominateur
Si Julian Alaphilippe n’a plus le jump irrésistible de ses grandes années, le double champion du monde (2020, 2021) a fait honneur à l’invitation de Tudor, sa formation suisse qui découvrait la Grande Boucle. On a retrouvé avec bonheur sa fougue, ponctuée par quelques accessits (5e à Boulogne-sur-Mer, 8e au Ventoux). À Carcassonne dimanche dernier, « Loulou », revenu à l’avant de la course après s’être remis tout seul une épaule déboîtée lors d’une chute, a même levé les bras en vainqueur… par erreur, alors qu’il venait de remporter le sprint pour la troisième place ! Un raté cocasse que l’ancien grand chouchou de juillet, toujours très populaire, a pris avec sa bonne humeur coutumière.
Warren Barguil, 33 ans et quelques beaux restes lui aussi, s’est illustré par une belle échappée et par un précieux relais déchaîné pour le jeune Oscar Onley, son leader chez les Néerlandais de Picnic PostNL. Un travail d’équipier auquel a été cantonné Arnaud Démare, chez Arkéa-B&B Hotels. Dévoué pour Kévin Vauquelin, le Nordiste n’a jamais pu se mêler à l’emballage des meilleurs sprinteurs.
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Au rayon déceptions, le grimpeur-philosophe Guillaume Martin-Guyonnet a perdu pied dans les Alpes, laissant filer son objectif de classement général honorable, qu’il avait souvent par le passé conquis au fil d’échappées au long cours. Son équipe Groupama-FDJ a peiné à exister, passé un bon début de Tour sous la houlette du puncheur Romain Grégoire – de nouveau offensif mais malheureux hier – et du sprinteur Paul Penhoët : les échappées de Quentin Pacher n’ont pas éclipsé la contreperformance de Valentin Madouas… qui garde une mince chance de se rattraper aujourd’hui avec l’étape parisienne, dont le tracé, par la rue Lepic, lui rappellera sa magnifique médaille d’argent olympique.
On espère le retour de David Gaudu, forfait alors qu’on l’aurait bien vu ferrailler dans les eaux de son Tour 2022 (4e à Paris, mais loin du podium). On attend surtout l’avènement de Paul Seixas. L’immense promesse française, couvée par Decathlon-AG2R, n’a que 18 ans. Il faudra être patient. Le Lyonnais représente en tout cas la meilleure occasion d’en terminer avec la seule domination française, celle du prix de la combativité, gagné neuf fois depuis le Grand Départ de Lille. Un prix qui, il faut l’admettre, fait surtout office de lot de consolation…
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