
L’Office central antistupéfiants (Ofast) semble se réjouir d’une évolution du discours public « reconnaissant que l’activité liée aux stupéfiants [constitue] une menace essentielle pour la sécurité nationale ». Dans son rapport annuel, il s’attarde sur les dramatiques conséquences du narcotrafic : violences (« depuis 2021, le nombre d’assassinats et de tentatives a augmenté de 33 % ») , corruption, augmentation des passages aux urgences pour consommation de cocaïne (« 5 065 en 2023 »), dangers environnementaux, embolie de la chaîne pénale (« en 2024, 42 266 personnes condamnées pour trafic de stupéfiants »). Mais il décrypte également des perspectives de déploiement « infinies », partout en France.
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Cette criminalité, qui brasse « près de 7 milliards de chiffre d’affaires », répond à une organisation très précise : « haut du spectre (moins de 100 grands importateurs), milieu du spectre (plusieurs milliers de semi-grossistes et chefs de réseau) et bas du spectre (trafics locaux et petites mains, possiblement 200 000 personnes tirant directement profit des trafics) ». Le rapport est ponctué d’alertes : « 173 villes ont été touchées contre 161 en 2023 » ; « les violences suivent la carte de l’implantation des réseaux de revente ». Et si le document précise que Marseille, Grenoble ou Toulouse restent les villes les plus frappées par cette violence, il ajoute que « celles de taille moyenne […] concentrent les hausses significatives » et que « des petites villes sont également touchées ». Rien qui ne soit dû au hasard : « L’extension géographique des violences criminelles est favorisée par la projection des équipes recrutées par les commanditaires en dehors de leur secteur géographique. » Mais les criminels savent également acheter la paix – le silence – des populations locales.
Le rapport offre un exemple révélateur : « Les habitants du quartier des Escanaux de Bagnols-sur-Cèze (Gard) ont reçu dans leurs boîtes aux lettres un courrier émanant des trafiquants, leur proposant divers services (aides financières, courses, bricolage, fournitures scolaires), en contrepartie des désagréments occasionnés. » D’où vient donc ce trafic qui partout s’immisce ? « Les acteurs français des stupéfiants qui menacent le plus la sécurité nationale sont tous issus du processus de structuration criminelle des trafiquants de cannabis marocain originaires des cités, eux-mêmes ou leurs familles en grande partie issues de l’immigration. » Des organisations qui s’appuient souvent sur l’immigration légale ou illégale, en détournant des règles et des lois françaises une partie de leurs diasporas, partout sur le territoire.
On mesure également ce basculement à la lumière des statistiques… hospitalières
En novembre dernier, deux Colombiens sont interpellés en flagrant délit de tentative d’assassinat à… Meyzieu (69) ; les « réseaux surinamais » supervisent l’envoi de mules en métropole ; les « criminels mexicains » fournissent la cocaïne ; les « organisations brésiliennes » touchent les activités d’orpaillage en Guyane ; les « groupes criminels organisés turcophones » s’appuient « sur des diasporas implantées à travers l’Europe » ; les « réseaux africains » sont particulièrement implantés en Île-de-France et dans la distribution du crack – qui « s’est diffusé, en atteignant une trentaine de départements en 2024 ». Les « groupes criminels chinois » gèrent quant à eux le blanchiment, tandis que les « réseaux pakistanais » supervisent les collecteurs chargés de récupérer les espèces sur le territoire…
Les exemples énumèrent des villes de taille moyenne voire petite. On mesure également ce basculement à la lumière des statistiques… hospitalières : entre 2022 et 2023, les régions qui concentrent les plus fortes hausses d’admissions pour consommation de cocaïne sont Auvergne-Rhône-Alpes (+ 73 %), Bourgogne-Franche-Comté (+ 65 %), Île-de-France (+ 42 %), Grand Est (+ 39 %) et Nouvelle-Aquitaine (+ 35 %). Et même lorsque le rapport note une diminution des points de deal – 2 729 sur tout le territoire, contre 4 034 en 2020 –, il précise immédiatement que les organisations criminelles se sont adaptées, « recourant massivement à la livraison ». Partout en France.
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