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Euthanasie : l’éloge d’une société sans vieux



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2 Juin 2025
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Euthanasie : l’éloge d’une société sans vieux
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Le dieu Progrès est un dieu impitoyable. Il ne saurait tolérer ni la faiblesse ni la contradiction, il confisque tous les débats, sceptre de la Raison à la main. Sous prétexte de science, il transforme les débats politiques en quelque chose de religieux. Le bien (progressiste), face au mal (conservateur, réactionnaire, sceptique et phobique).

S’il est un domaine où les avancées techniques ont précédé la réflexion éthique, c’est bien la médecine. L’époque où le médecin avait fait ses humanités, avait le temps d’écouter, s’appuyait sur l’intuition pour guider l’examen clinique, est révolue. Has been, la connaissance des êtres. Et la soviétisation de la médecine n’a pas garanti la santé à tous – seuls 50 % des Français ont un accès aux soins palliatifs, pour ne citer que cet exemple. Mais elle a vidé de son sens le serment d’Hippocrate et rendu le médecin prisonnier d’instances et de lobbies indifférents au primum non nocere.

Un aveu assumé

Qu’il s’agisse de la crise « sanitaire », de la médicalisation croissante des grossesses qui dépossède bien souvent les femmes de leur accouchement, de GPA, d’avortement de masse ou de fin de vie, la médecine fait l’objet de hold-up politiques récurrents et de glissements sémantiques. Depuis quand la GPA, l’avortement ou l’euthanasie sont-ils des traitements ?

Qui veut traiter a donc tôt fait de maltraiter. Les mots ont un sens. Et le rapporteur Falorni de s’inquiéter que « dans un moment de stress », un malade ayant consenti à l’injection létale se rétracte. Aveu inconscient ou pire, assumé et décomplexé, d’un désir de se débarrasser des « encombrants » ?

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Les uns après les autres, les sujets de santé et de société font l’objet de la même manipulation rhétorique. Aide à mourir. Soit. Et l’aide à vivre ? De quelle aide et de quel traitement est-il ici question quand on sait que la douleur chronique n’est correctement prise en charge que chez 3 % des personnes concernées ? Alors même que l’arsenal des soins palliatifs est suffisamment efficace pour que la question de mettre fin à ses jours ne se pose plus chez les malades ?

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Le progrès serait donc le retour à une société du sacrifice

La loi Leonetti et le travail absolument héroïque des soins palliatifs offrent déjà une grande amplitude. Par quelle esbroufe enterrons-nous la loi Leonetti et le devoir qu’a le médecin de suivre son éthique ? Comment pouvons-nous feindre d’ignorer l’épidémie de troubles neurologiques et de maladies d’Alzheimer qui rendront caduque la notion de consentement, lequel sera soutiré, falsifié ou carrément écarté par des héritiers peu scrupuleux, des médecins pris en otage et un État qui définit l’individu en fonction de son coût ? Le progrès serait donc le retour à une société du sacrifice où, au nom de l’efficacité, de la rentabilité, de l’hygiène et de la fausse pudeur, éliminer les pauvres, les détraqués, les handicapés se ferait de la façon la plus hideuse : falsifiée en bien et acceptée de tous. Nous finirons par nous convaincre nous-mêmes que oui, par solidarité, il serait temps de débarrasser le plancher.

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre », disait Hans Jonas dans Le Principe responsabilité. C’est exactement ce qu’ont au cœur tous ceux qui travaillent en soins palliatifs. Ils respectent infiniment ce souffle qui va où il veut et s’en va quand il veut. Mystère de l’être dépassé par lui-même.

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Faire et défaire la médecine

Dans ce faux débat, on écarte d’entrée de jeu le réel. Ne parlons pas d’euthanasie, qui évoquerait la fameuse miséricorde proposée par Hitler aux malades mentaux. Mais parlons de fraternité… Pourtant, il ne s’agit pas ici du souci de l’autre, mais de notre inconfort psychique à nous confronter à notre finitude, dans une modernité qui a tout désacralisé à l’exception de l’ego. Oui, il est inconfortable de veiller une agonie. Oui, il est difficile d’être le seul de la famille à s’asseoir, impuissant, auprès d’un grand-père qui a mal, qu’on soulage partiellement, qui voudrait rester mais aussi partir, et quand même vivre encore un peu. Oui, il est douloureux de perdre nos certitudes devant la seule qui soit : la mort, quand elle le voudra. Mais quel prix paiera une société qui foule ainsi aux pieds le sacré de la vie, la dignité, le travail des soignants, la différence entre la vie et la mort, l’humilité de ne pas être tout-puissant ?

Et si l’État devait impérativement s’abstenir d’agir et de légiférer pour laisser le malade, la famille et le médecin décider à huis clos de l’acte à poser ? Les mêmes qui ont financé les acharnements thérapeutiques voudraient aujourd’hui accélérer le suicide ? Les mêmes qui ont aboli la peine de mort sont prêts à trancher le destin de mamie dont « la vie ne vaut plus la peine d’être vécue » ? Que des situations tragiques, cornéliennes existent, c’est une évidence. Mais est-ce à l’État de tordre le bras aux médecins ? De les sanctionner s’ils tentent de redonner le goût à la vie ? Cette nouvelle intrusion réduit un peu plus les médecins à des fonctionnaires. Poursuivis s’ils ne réalisent pas un frottis sur un homme, s’ils n’avortent pas pour la dixième fois une jeune femme mal informée sur la contraception… Je m’interroge sur les profils psychologiques des futurs médecins.

Si l’on s’évertue à montrer à mamie qu’elle est oubliée, qu’elle est un poids qu’on se repasse, oui, mamie se laissera convaincre

Pour une psychologue qui n’a de cesse de questionner la réalité de ses patients, de creuser dans les ombres, de mettre en lumière l’ambivalence, d’interroger le sens du symptôme et le désir comme la peur, cette façon de faire, ou plutôt de défaire la médecine, est terriblement inquiétante car elle est une manifestation de ce totalitarisme 2.0 qui prétend que la liberté humaine consiste à négocier et contrôler les conditions même de l’existence.

Je ne crois pas au désir de mourir. Je constate un désir de ne plus souffrir. Mais l’être suffisamment entouré, aimé, rassuré, consolé, apaisé, soulagé ne désire pas mourir. Même le suicide d’un patient déprimé est rarement un désir de mort. C’est plutôt la seule issue qui se présente à son esprit dans l’impasse infernale de sa souffrance psychique. Mais si l’on s’évertue à montrer à mamie qu’elle est oubliée, négligée, qu’elle est un poids qu’on se repasse, oui, mamie se laissera convaincre. Les syndromes de glissement pendant le confinement l’ont montré : au commencement comme au crépuscule, l’existence humaine n’est que liens.

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