
La loi en discussion au Sénat a pour objectif premier de réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, un impératif auquel personne ne peut ni ne doit se soustraire. Pourtant, dans sa rédaction actuelle, elle cible quasi exclusivement des acteurs non européens, au risque de perdre de vue l’enjeu central : transformer en profondeur un modèle devenu insoutenable, sans tomber dans l’illusion d’un coupable unique.
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Oui, il y a des dérives — et elles concernent beaucoup d’acteurs, toutes origines confondues. Il est illusoire de penser que la régulation portera ses fruits si elle stigmatise certains et exonère les autres. Ce qu’il nous faut, c’est une action collective, une feuille de route ambitieuse et équitable, co-construite avec l’ensemble de la chaîne de valeur. Une stratégie de progrès, plus que de confrontation.
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Face à l’urgence écologique, la réponse ne peut être ni le laxisme, ni la brutalité. Elle doit s’appuyer sur une transition juste, partagée, et surtout efficace. Nous proposons de choisir la cohérence, le courage et l’intelligence collective.
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Une feuille de route pour engager toute la filière textile
Nous avons proposé une orientation fondée sur la co-construction d’une feuille de route « Textile durable 2030 ». Plutôt que d’imposer un malus uniforme, cette approche repose sur quatre piliers concrets : encourager la réparation, généraliser la seconde main, soutenir l’intégration et le déploiement d’une filière industrielle de recyclage et stimuler la demande en matière recyclée, et enfin réduire les invendus en s’appuyant sur les standards européens.
Encourager la réparation, généraliser la seconde main, soutenir une filière industrielle de recyclage
Ce plan stratégique collectif, qui doit être piloté en transparence par les autorités de tutelle avec l’ensemble des parties prenantes, permettra de structurer l’effort de transformation, en évitant les effets d’aubaine comme les distorsions de concurrence. C’est une logique d’engagement mesurable, pas de sanction aveugle.
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Une écologie de responsabilité, pas de stigmatisation
Le levier financier, par une modulation ciblée des contributions des producteurs, devient un outil de transformation et non de punition. Les entreprises qui refuseraient de s’engager dans cette dynamique seraient soumises à une contribution additionnelle – publique, proportionnée, et affectée au financement de la transition circulaire. À l’inverse, celles qui prennent part activement à la transformation circulaire seront valorisées.
Cette logique s’inscrit dans le droit européen, respecte le principe de non-discrimination, et favorise une montée en gamme vertueuse de toute la chaîne de valeur – grands groupes comme PME, distributeurs européens comme importateurs tiers.
L’éducation comme levier de transformation culturelle
Mais la bataille se joue aussi en amont. Une écologie du textile ne se gagnera pas seulement dans les lois, elle se gagnera dans les consciences. Il est donc essentiel que l’école joue un rôle structurant dans cette transition, en intégrant une éducation à la mode écoresponsable dans les programmes d’éducation au développement durable.
Comprendre l’impact d’un t-shirt sur l’environnement, les conditions de travail pour le produire et les bonnes pratiques pour le faire vivre plus longtemps, c’est déjà changer la façon de consommer.
Cette démarche éducative, concrète et proche du quotidien des élèves, de leurs parents (ou proches), favorise une écologie populaire : elle permet de construire une génération de consommateurs éclairés qui aura les bons réflexes, sans culpabilisation ni injonction.
Une opportunité pour la France
Enfin, cette loi peut devenir un levier de réindustrialisation et de compétitivité. En valorisant les savoir-faire, en soutenant l’innovation circulaire, en structurant des filières locales, nous créons les conditions d’une renaissance industrielle et circulaire textile.
La mode française a toujours su conjuguer création et excellence : elle peut désormais ajouter à cela l’exigence environnementale. Nous privilégions la coopération économique tout en nous engageant fermement pour l’environnement. Nous croyons à une voie française de la mode durable : ambitieuse, équitable et réaliste.
Jean Hingray est sénateur des Vosges. Engagé sur les questions d’équité territoriale et de transition industrielle, il défend une approche pragmatique de l’écologie, articulant ambition environnementale et compétitivité économique.
Andrée-Anne Lemieux, PhD est experte en mode durable, directrice de la chaire Sustainability de l’Institut Français de la Mode. Elle œuvre à la transformation durable et circulaire de la filière textile à l’échelle internationale par la recherche, la formation et l’accompagnement des acteurs économiques.
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