Un jeune imitateur qui peine à joindre les deux bouts est contacté par un écrivain célèbre qui lui propose de répondre à son portable le temps de l’écriture de son nouveau roman. Jolie surprise que cette comédie inaboutie mais attachante récompensée du Prix du public au Festival de l’Alpe d’Huez. Il y a bien quelques longueurs, mais l’argument du double téléphonique dans une société hyperconnectée est original. Et la distribution épatante : Salif Cissé se révèle bluffant ; Clara Bretheau possède un charme fou. Le Répondeur leur doit beaucoup. Baptiste Thion
De Fabienne Godet, avec Salif Cissé, Denis Podalydès. 1 h 42.
Cloud
Ryosuke, revendeur en ligne, décide de quitter Tokyo pour s’installer dans une maison isolée, avec un entrepôt pour stocker des marchandises destinées à son e-commerce. Il ignore qu’il est sur le point d’écouler des contrefaçons, provoquant la colère de clients qui veulent le punir… Kiyoshi Kurosawa relaie sa peur d’Internet dans ce thriller qui parle de précarité, de spéculation et de châtiment. Un scénario imprévisible, attisant l’angoisse avec des plans furtifs glaçants. Stéphanie Belpêche
De Kiyoshi Kurosawa, avec Masaki Suda, Kotone Furukawa. 2 h 03.
À écouter
D’Addis-Abeba à Jérusalem
Voilà une curiosité ! Les ayants droit d’Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou, religieuse orthodoxe décédée en 2023, viennent de publier des enregistrements inédits faits dans l’église éthiopienne de Jérusalem par la pianiste et organiste au destin si incroyable : emprisonnée par l’armée italienne en 1935 et première femme à chanter dans une église éthiopienne, elle aura composé une œuvre sensible et aérienne, marquée par le blues, l’impressionnisme de Debussy et la liturgie orthodoxe. Un disque méditatif et unique. Georges Grange
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Church of Kidane Mehret, d’ Emahoy Tsegué-Maryam Guèbrou, Emahoy Tsege Mariam Music Publisher, Inc.
La série de la semaine
Obituary
Elvira tient la rubrique nécrologie d’un petit journal irlandais. Crise oblige, elle ne devient plus payée qu’en fonction du nombre de macchabées qu’elle traite dans ses pages ! Alors pour gonfler la note, elle décide de passer de la plume au crime… et se met à refroidir elle-même les habitants du coin ! Pour survivre au départ, puis progressivement par pur plaisir. Une vraie satire sociale sur la précarité, aussi réjouissante par son humour noir qu’haletante par son suspense, qui s’intensifie au fil des épisodes. Florian Anselme
De Ray Lawlor, avec Siobhan Cullen, Michael Smiley et Ronan Raftery. Six épisodes de 50 minutes. Disponible sur Paramount+ (via myCanal).

À voir au théâtre
Léocadia
Au château de Pont-au-Bronc, la duchesse d’Andinet d’Andaine est inquiète. Son neveu Albert Troubiscoï sombre dans une profonde mélancolie depuis la mort de son grand amour, la cantatrice Léocadia Gardi… Si, comme toutes les duchesses de Jean Anouilh, la maîtresse des lieux est un peu toquée, elle a aussi le cœur tendre au point d’avoir reconstitué dans son parc tous les lieux fréquentés par les deux amoureux. Pour délivrer le prince de son chagrin d’amour, la duchesse a l’idée de faire appel à Amanda, une jeune modiste. Camille Delpech, éblouissante dans le rôle de la jeune ouvrière, mène avec délicatesse et poésie ce manège enchanté plein de fantaisie et de drôlerie. Pascal Meynadier
Au théâtre Lucernaire (Paris 6e). 1 h 30.Jusqu’au 27 juillet. lucernaire.fr
À lire
Scandaleuse imposture
Le prix Nobel de littérature, quelle consécration ! Mais Baltasar dos Santos a peu d’estime pour le jury de glossateurs qui l’a récompensé. Il va leur jeter à la figure tout son mépris et créer le scandale du siècle ! Puis il va voir ses amis disparaître, son éditeur, sa compagne… On est peu de chose quand on ose s’opposer à la pensée unique. Baltasar se réinvente en glissant ses pas dans ceux de Pessoa ; il va bientôt devoir affronter l’imposture littéraire dans toute sa splendeur. Cessole crie haut et fort que le déclin de notre société est lié au déclin littéraire. On adore les réfractaires ! Stéphanie Des Horts
Tout est bien puisque tout finit, Bruno de Cessole, le Cherche Midi, 352 pages, 22 euros.
Infidélité posthume
Roman inédit d’une sensualité troublante, Nous nous verrons en août dévoile une facette intime et charnelle de Gabriel Garcia Marquez. À travers Ana Magdalena, femme mariée en quête de liberté et d’absolu, l’auteur explore le désir féminin avec une douceur envoûtante. Chaque retour sur l’île caribéenne pour fleurir la tombe de sa mère devient pour la femme de 46 ans un rituel, puis une dérive, enfin une révélation. Un texte lumineux, hypnotique, comme un dernier sortilège du maître du réalisme magique. G.G.
Nous nous verrons en août, Gabriel Garcia Marquez, Le Livre de poche, 128 pages, 7,70 euros.
Au sommet de l’héroïsme
Avec Lignes de vies, André-Vianney Espinasse signe un hommage vibrant aux hommes du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix. En sept récits intenses, ciselés avec pudeur et poésie, il nous fait vivre l’adrénaline et la force silencieuse de ces héros de haute voltige. Un livre haletant et incarné, où chaque page est une corde tendue entre vertige, fraternité et beauté alpine. Pour servir ce témoignage de première main (l’auteur est lui-même chef d’escadron du PGHM), de belles illustrations à l’encre de Chine accompagnent les récits. G.G
Lignes de vies. Récits de secours au Mont-Blanc, André-Vianney Espinasse, Éric Savoldelli, Les Étages, 120 pages, 29 euros.

Écran total
Une lecture indispensable pour quiconque prétend un jour concourir au Festival de Cannes. Professeur à la Sorbonne, cinéaste talentueux, Frédéric Sojcher envisage ici le septième art sous toutes les coutures. La dernière partie du livre consiste en un « traité de survie » où vous apprendrez comment affronter la critique et même comment ne pas devenir un cinéaste maudit. Toujours fondé sur l’expérience personnelle de l’auteur, savant et incarné, Anatomie du cinéma, ou le nouveau livre de chevet pour tous les cinéphiles. Éric Naulleau
Anatomie du cinéma, ce qu’il faut savoir avant de se lancer, Frédéric Sojcher, Nouveau Monde, 288 pages, 24,90 euros.
Le mot rare
Encomiaste : qui décerne des éloges
Qu’ils s’adressassent aux dieux dans un dithyrambe ou à un personnage illustre dans un panégyrique, qu’ils chantassent les louanges d’un défunt dans un éloge, que Platon défendît son maître dans L’Apologie de Socrate ou qu’un encomiaste chantât les victoires militaires, les Grecs avaient le sens du compliment. Ce qui est amusant, c’est que ces notions sont aujourd’hui synonymes : un hymne encomiastique peut être aussi dithyrambique qu’un panégyrique élogieux. On en perd son grec ancien ! G.G.
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