Comme je n’ai cessé de l’annoncer depuis des mois (souvent seul contre tous) au grand dam des dirigeants politiques français qui n’ont pas arrêté de soutenir que la situation des comptes publics était sous contrôle, ces derniers ont continué de déraper dramatiquement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, le déficit public a atteint 169 milliards d’euros, soit 5,8 % du PIB, contre 4,8 % annoncé il y a un peu plus d’un an par le gouvernement de l’époque et après déjà 152 milliards d’euros et 5,4 % du PIB en 2023. Avec une contre-performance telle, la France est le pays de l’Union économique et monétaire (UEM) dans lequel le ratio déficit public/PIB a été le plus élevé.
Rappelons-le : 5,8 %, soit 0,5 point de plus que le second, la Slovaquie, 1,1 point au-dessus du troisième, l’Autriche, et 2,7 points de plus que la moyenne de la zone euro. Autrement dit, la France est loin devant, et surtout en complet décalage avec les quinze pays de l’UEM qui ont réussi à limiter leur déficit à moins de 4 % du PIB l’an passé et, a fortiori, avec les douze pays qui ont tout simplement respecté l’engage ment commun de contenir leur déficit public sous les 3 % du PIB.
Que dire enfin des cinq pays de la zone euro qui ont réalisé un excédent public en 2024, à savoir l’Irlande, Chypre, la Grèce, le Luxembourg et le Portugal ? Encore plus grave, non contente d’être le cancre de la zone euro en matière de déficit public, la France a également été le seul grand pays de l’UEM à augmenter son déficit de plus de 0,4 point de PIB en 2024 par rapport à 2023. À titre de comparaison, après avoir fait l’objet de toutes les critiques les plus acerbes, l’Italie a réussi à réduire son déficit public de 7,2 % en 2023 à 3,4 % en 2024, un des plus bas depuis 2019. Encore plus impressionnant : après avoir réduit leurs dépenses publiques depuis trois ans, nos voisins transalpins ont désormais engagé une réduction des impôts, qui devraient baisser de l’ordre de 30 milliards d’euros en 2025.
Et ce, alors qu’en dépit de sa première place mondiale en matière de prélèvements obligatoires rapportés au PIB, la France continue d’augmenter la pression fiscale et refuse de réduire ses dépenses publiques. Quelle tristesse ! Conséquences logiques de ces nouvveaux dérapages, la dette publique française a atteint un nouveau record historique de 3 305,3 milliards d’eu ros au quatrième trimestre 2024, soit une flambée de 917,9 milliards d’euros depuis le début 2020. Alors que sur cette même période, le PIB français en valeur (c’est-à-dire augmenté de l’inflation) a progressé de 487,3 milliards d’euros, soit un écart ou plutôt un manque à gagner de 430,6 milliards d’euros. À l’évidence, il aurait été difficile de faire pire…
Le pire élève de la zone euro
Et pourtant : l’horreur économique ne s’arrête pas là. En effet, compte tenu de ces tristes évolutions, la France a conforté sa place de premier fournisseur de dette publique de la zone euro, représentant 24,9 % de cette dernière, contre 22,4 % pour l’Italie et 20,3 % pour l’Allemagne. Mais il y a encore pire, puisque de 2019 à 2024, la France est le troisième pays de l’Union européenne qui a le plus augmenté son ratio dette publique/PIB, en l’occurrence + 14,8 points, juste derrière la Fin lande (+ 16,8 points) et la Roumanie (+ 19,8 points), ces pays ayant cependant des ratios bien inférieurs à celui de la France (113,2 %), situés respectivement à 82,1 % et 54,8 %.
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Il est très probable que le déficit public annuel progressera encore
Il faut donc arrêter de se voiler la face : la situation financière de l’État français est catastrophique. Et si les agences de notation refusent toujours de faire leur boulot et permettent encore à ce dernier de bénéficier d’un AA- en dépit du bon sens, la fin du film est désormais proche. Elle pourrait d’ailleurs se pro duire dès 2025 face à l’incapacité de MM. Bayrou et Lombard à réduire le déficit public. En effet, alors que, comme l’année passée et celle d’avant à la même époque, Bercy nous promet une réduction du déficit public pour cette année, les premières statistiques des comptes de l’État pour le début 2025 montrent que les finances publiques françaises resteront dégradées.
D’autant que la croissance économique de la France restera faible (environ 0,5 %, contre 0,9 %, puis 0,7 % annoncé par le gouvernement), que le chômage continuera d’augmenter et que la charge d’intérêts de la dette s’aggravera. Après avoir atteint 50,6 milliards d’euros en 2023, puis 58 milliards d’euro l’an passé, celle-ci devrait avoisiner les 70 milliards d’euros en 2025. Dans ce cadre, il est très probable que le déficit public annuel progressera encore, avoisinant les 200 mil liards d’euros et les 6 % du PIB sur l’ensemble de l’année 2025.Sans attendre ces tristes résultats et compte tenu de la faible crédibi lité de la France à réduire ses déficits publics, il est inévitable qu’enfin (!) les agences de notation n’auront d’autre choix que de dégrader la note de la dette souveraine française.
Le risque d’un crise sociale
Dès lors, les taux d’intérêt des obligations de l’État français continueront d’augmenter, ce qui ne manquera pas d’affecter négativement l’investissement des entreprises et des ménages ainsi que la consommation de ces derniers, suscitant mécaniquement un nouvel accès de faiblesse de l’activité économique, donc une nouvelle augmentation du chômage, des déficits et de la dette. D’où une nouvelle dégradation de la note souveraine, entraînant la France dans un cercle pernicieux particulièrement dangereux.
Et ce ne sont malheureusement pas les promesses de quelques milliards d’économies ici ou là ni l’augmentation à venir des dépenses militaires et encore moins l’augmentation du taux de TVA qui permettront de stopper l’hémorragie. Cette dernière pourrait même susciter une crise sociale et sociétale dramatique qui aggraverait encore l’état des finances publiques nationales. À force d’avoir tiré sur la corde, cette dernière est donc en train de se casser avec pertes et fracas. Ce ne sera pas faute d’avoir prévenu… Mais pour terminer sur une note positive, je soulignerai qu’il est encore possible d’assainir les finances publiques sans drame social et sans augmenter les impôts.
Comment ? En diminuant drastiquement les dépenses de fonctionnement. Ces dernières ont effectivement augmenté de 96,5 milliards d’euros depuis le début de l’année 2021, soit une hausse de 21,7 %, contre + 11,5 % pour les dépenses sociales. Dans ce cadre, et si ces dernières repré sentent toujours le premier poste des dépenses publiques, avec une part de 44,4 %, la deuxième place est désormais occupée par les dépenses de fonctionnement, avec 32,3 % du total, soit 541,9 milliards d’euros. Améliorer l’organisation de la puissance publique en réduisant ses dépenses de fonctionnement de 50 milliards d’euros paraît donc indispensable et largement « digérable » d’un point de vue social. Il suffit d’en avoir le courage, mais aussi la volonté.
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