Le nouveau président polonais est sur la liste des personnes recherchées en Russie, où l’on n’apprécie guère qu’il ait mené croisade pour déboulonner les statues de Lénine et autres monuments dont les Soviétiques aimaient agrémenter leurs colonies. Au moins ne peut-on pas accuser Karol Nawrocki d’être un suppôt du Kremlin ou un agent de Poutine… Pour le reste, le portrait de cet historien qu’ont dressé les médias est un véritable réquisitoire.
Son CV tiendrait du casier judiciaire : ancien hooligan quand l’adolescent pratiquait la boxe et le foot, quasi-proxénète quand il finançait ses études en faisant gardien de nuit dans un hôtel, spéculateur immobilier sans scrupules quand il a racheté un logement social à un retraité… L’intéressé a dénoncé un ramassis de mensonges mais il n’a jamais nié qu’il était né dans un quartier populaire de Gdansk, le fief de Lech Walesa. Qu’il avait fait sa scolarité dans un lycée sport-études et qu’après avoir décroché un brevet de technicien en gestion du personnel, le goût des études lui était venu.
Il a enchaîné un doctorat en sciences humaines, un autre en histoire et un MBA en stratégie internationale. Il est devenu un spécialiste de l’opposition anticommuniste et du crime organisé. Après avoir dirigé le musée de la Seconde Guerre mondiale dans sa ville natale, il a été nommé à la tête du musée de la Mémoire nationale par les conservateurs du parti Droit et justice au pouvoir. Et ils sont venus chercher ce fils du peuple pour porter les couleurs de la droite à l’élection présidentielle face au maire de Varsovie, hiérarque de la Plate-forme civique et symbole de la bourgeoisie d’État.
Pour résumer, l’inconnu qui traînait au pied des barres de HLM vient d’obtenir les clefs du palais présidentiel. On pourrait y voir une formidable success-story comme aiment les raconter les journaux pour édifier leurs lecteurs. Pas du tout ! Ils s’inquiètent du triomphe de la droite qui pue des pieds.
Les grands titres de la presse européenne et les quotidiens régionaux qui ruminent les dépêches d’agence ont traité la campagne polonaise d’une même voix, celle de Bruxelles. Il n’y a que l’accent qui changeait. Tous habités par la même angoisse : ce second tour de la présidentielle à Varsovie n’opposait pas deux politiciens de droite, jeunes et à peu près interchangeables, appartenant aux deux grands partis qui alternent au pouvoir depuis un quart de siècle, dans un combat au coude-à-coude pour un poste largement honorifique. C’était un duel entre l’Europe responsable et le repli eurosceptique, entre la résistance qui soutient l’Ukraine héroïque et l’abandon aux vents mauvais du trumpisme.
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À chaque élection désormais, les tambours de la peur matraquent qu’il s’agit d’un choc de civilisation
Comme en Roumanie, il y a trois semaines. Comme en Allemagne, il y a trois mois. À chaque élection désormais, les tambours de la peur matraquent qu’il s’agit d’un choc de civilisation entre les libéraux qui veulent une Europe de la défense et les illibéraux qui bénissent les frontières et veulent mettre le mécano par terre. En somme, la lutte finale entre le Bien et le Mal.
Karol Nawrocki vient d’infliger une défaite au Premier ministre Donald Tusk et va lui imposer une nouvelle cohabitation qui promet d’être rugueuse. Décidément, la coalition des volontaires (Keir Starmer, Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Donald Tusk) qui prétend au leadership en Europe ressemble à une association de bras cassés, tous vaincus à domicile. Sur le plan géopolitique, les conséquences resteront superficielles. En revanche, le nouveau président polonais mettra son veto aux réformes sociétales. La protection de la vie restera une priorité. L’IVG ne sera pas normalisée, ni le mariage des homosexuels légalisé.
On comprend la frustration à Paris. Le président Macron n’écrira pas à son homologue : « Champion, mon frère ! Varsovie, capitale de l’Europe ce soir. » Et pourtant…
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