J’ai vu, de mes yeux vu, la tectonique des plaques se déplacer dans la seule journée du 29 mai 1968 : les radios venaient d’annoncer que l’Élysée était vide. De Gaulle avait disparu. Il avait atterri à Baden-Baden. Le pouvoir était à la rue. Ce fut un spasme, mais un spasme dont on ne s’est jamais relevé. Je revois mon prof de français s’effondrer en larmes : « Philippe, écoute-moi bien… La faille qui s’ouvre sous nos pas, c’est la fin de l’autorité. »
Il avait vu juste. On ne s’en est jamais remis. Les dépaveurs sont devenus les boomers. Le maoïsme était la maladie de jeunesse de leur socialisme militant. Le wokisme est devenu la maladie sénile de leur embourgeoisement terminal. La Ve République ressemble de plus en plus au « bateau ivre » de la IVe finissante. On y retrouve tous les signes cliniques de l’agonie : la faiblesse des gouvernements, la proportionnelle, la partitocratie, le poujadisme latent, l’impuissance verbeuse… Macron, c’est René Coty sans les chrysanthèmes. La IVe a été incapable d’affronter le problème de l’Algérie. La Ve s’avère incapable de faire face à la submersion migratoire.
Un marin de gros temps
Le prochain chef de l’État sera un marin de gros temps. Il devra choisir entre le cabotage et la haute mer. Le cabotage consiste à prolonger les problèmes pour n’avoir pas à les résoudre. La haute mer – les quarantièmes rugissants et cinquantièmes hurlants –, c’est mettre le cap sur le relèvement du bâtiment, dont les œuvres vives sont passées sous la ligne de flottaison.
Il faudra au nouveau chef de l’État deux qualités rares : lucidité et courage à toute épreuve
Il faudra au nouveau chef de l’État deux qualités rares : d’abord la lucidité, car les manettes ne répondent plus. L’État a perdu le contrôle de ses frontières, de ses lois, de ses finances : on nous annonce même une « crise de liquidités », nous sommes dans la main de prêteurs étrangers. Mais il faudra aussi un courage à toute épreuve pour escalader les murs d’eau. Pour affronter les trois féodalités – les trois états confédérés qui ont dérobé la potestas et l’auctoritas.
Les trois féodalités
La première féodalité, c’est le super-État profond européen, l’empire de la norme, que l’ancien commissaire Barroso avait appelé « l’empire non impérial ». Il faudra reprendre la potestas, abroger le Pacte asile et migration, renverser l’ordre juridique en instaurant la supériorité du droit national sur le droit européen. Tout cela porte un nom, c’est le Bruxit. Le président qui osera ainsi défier la nomenklatura bruxelloise sera mis au ban d’infamie par la Commission européenne.
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Il conviendra ensuite de retirer l’auctoritas aux cinq Cours suprêmes, et de renverser la jurisprudence, aujourd’hui établie sur une double préférence : la préférence de l’étranger sur le national et la préférence du coupable sur la victime. Deuxième ban d’infamie.
Un président habité par une conception sacrificielle de sa fonction
Enfin, il faudra contredire les élites mondialisées, qui rêvent du paradis diversitaire, pratiquent le nouvel esclavage des « métiers sous tension », et diffusent, chez les nouvelles générations, l’éclipse de la conscience nationale. Troisième ban d’infamie.
Une politique de refrancisation
Ainsi se dessinent les contours du portrait-robot d’un président habité par une conception sacrificielle de sa fonction, loin de l’hédonisme consumériste des histrions. Car, au-dessus des obligations réparatrices, le grand défi sera d’imaginer une politique de refrancisation. En effet, le peuple résident de « l’hexagone » est devenu un grouillement informe de deux sortes de voisins de hasard : il y a ceux qui sont là et qui ne savent plus d’où ils viennent. Et ceux qui viennent d’ailleurs et qui ne savent pas où ils arrivent.
À ce peuple neuf – un composé d’ignorance et de transhumance – au point de jonction d’un peuple dessouché et d’un peuple transplanté, il est urgent d’offrir la francisation des rêves, de l’art de vivre et de la langue. Il faudra, au sommet de l’État, quelqu’un qui se dévoue à cette tâche au-dessus du commun, un chef qui acceptera de vivre dans la tourmente, un président d’oblation, un président-martyr, qui remettra la France au milieu du village global.
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