« Sommes-nous tous racistes ? » Mardi dernier, France 2 entendait répondre à cette question en diffusant le résultat d’une série d’expériences infligées à 50 cobayes volontaires mais tenus dans l’ignorance du thème réel de la soirée. Mais l’émission, qui jurait se placer sous l’autorité de la science – notamment grâce à la présence très engagée d’un maître de conférences en psychologie sociale -, n’a pas pris la peine de donner une définition précise du racisme. Serait-ce évident ? Pas vraiment justement. Première expérience : deux hommes, un Noir et un Blanc, sont assis sur deux chaises et ont chacun une chaise vide à côté d’eux. On demande aux cobayes d’aller s’asseoir. Nombre d’entre eux choisissent de s’asseoir à côté du Blanc. Les commentaires sont affolés. L’auraient-ils été s’ils avaient tous fait le choix inverse ? Comment se sont comportés ceux qui n’apparaissent pas au montage ? Qu’est-ce que cela prouve ? Le spécialiste commente : on se sent plus proche de ceux qui nous ressemblent. Est-ce déjà du racisme ? Non, pas vraiment, répond-il, mais cela y participe.
L’émission glisse alors peu à peu sur le rejet des préjugés et stéréotypes, qui eux sont définis comme « un ensemble d’idées préconçues que l’on va attribuer à un individu du simple fait de son appartenance à un groupe ». Les expériences se poursuivent, cherchant à prouver que nous avons tous des préjugés. Immense découverte… Est-ce déjà du racisme ? On ne sait pas vraiment. Dans le doute, l’émission précise que cela alimente des discriminations à l’égard des « minorités visibles ». Tout le monde a donc des préjugés, mais seuls certains en subissent les conséquences.
L’émission enchaîne des expériences… contestables. Exemple : deux portraits de personnes accusées de la même chose sont présentés à deux groupes distincts. L’un est blanc, l’autre maghrébin – généré par intelligence artificielle. Les cobayes sont invités à donner une peine, comme s’ils étaient jurés aux assises. Résultat : le jeune maghrébin écope d’une plus lourde peine. Commentaires affolés. Mais les groupes qui jugent l’un et l’autre ne sont pas les mêmes ! Comment comparer « scientifiquement » ? Et l’émission de préciser que les élèves magistrats sont soumis au test… Comprenez : les préjugés peuvent générer des erreurs judiciaires. À ceci près, toutefois, qu’aucun juré ne doit se prononcer à partir d’un intitulé et d’une photo seulement, Dieu merci.
Même chose avec la réaction de passants – en caméra cachée – lorsque trois jeunes (un Blanc, un Maghrébin, une femme) scient le cadenas d’un vélo en prétextant avoir oublié leurs clés. Les réactions de passants qui vont et viennent sont différentes : ils posent des questions aux deux hommes – et un couple appelle la police pour le jeune maghrébin, tandis que tous proposent leur aide à la jeune fille. Là encore, comparaison difficile : ce ne sont pas les mêmes gens à chaque fois. Sur les réseaux sociaux, plusieurs Français ont par ailleurs encouragé le service public à aller au bout de ses comparaisons raciales – puisque c’est le sujet de cette émission évidemment importée des États-Unis. Comment ? En explorant également l’implication des mêmes profils dans la délinquance. Parfois, les préjugés se nourrissent de l’expérience – même si cela peut générer, en effet, de lourdes injustices par manque de discernement. Exactement comme lorsque l’on fait peser sur une catégorie de la population l’accusation de racisme de manière aussi pesante…
Comment lutter contre le racisme ? « Par l’éducation », répondent-ils. Mais il est plutôt question de déconstruction…
Plus tard, les participants sont appelés à dire un mot pour qualifier une photo. Une femme asiatique en train de manger des sushis avec des baguettes ? « Asiatique ». Une femme asiatique qui se remet du rouge à lèvres ? « Maquillage » ou « féminité ». Une femme asiatique avec une blouse et un stéthoscope ? « Médecin ». Et donc ? Qu’est-ce que cela prouve ? Que le contexte efface parfois les « préjugés », expliquent les commentateurs. Mais décrire une femme asiatique comme asiatique est-il un « préjugé » ? Du racisme ? Voir une « minorité visible » est-il déjà délictueux ? Cela participe en tout cas, ce soir-là, à renforcer la conviction qu’en effet, nous sommes tous racistes.
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Alors comment lutter ? « Par l’éducation », répondent-ils. Mais il est plutôt question de déconstruction. L’explication est la suivante : nous sommes racistes parce que nous avons des préjugés qui sont le fruit de notre culture, et surtout parce que nous appartenons à des groupes humains. Pour lutter contre le racisme, il faut donc tout déconstruire, jusqu’à nos appartenances, quelles qu’elles soient. Enfin ici, en Occident. Il ne doit rester que des individus atomisés, sans ancrage ni identité particulière, interchangeables et vierges de toute sédimentation culturelle.
« Cette présence du ‘‘nous’’ indique la catégorisation sociale et devrait nous alerter », explique doctement la caution scientifique de la soirée. Ou plutôt l’une des cautions. Parce qu’une autre s’est glissée dans le commentaire d’une expérience, maîtresse de conférences elle aussi. Mais Maboula Soumahoro est également, ce que France 2 ne précise pas, militante décoloniale. Elle avait par exemple affirmé en 2019 qu’un « homme blanc » ne pouvait « incarner l’antiracisme » ni « avoir raison contre une femme noire ou une Arabe ». Préjugé ? Stéréotype ? Racisme ? Cette fois-ci, le service public ne se prononce pas.
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