
Dans les couloirs des ministères, la grogne monte. En cause : la décision du Service d’information du gouvernement (SIG), rattaché au Premier ministre, de confier à l’entreprise canadienne Talkwalker le logiciel de surveillance des sujets sensibles sur les réseaux sociaux. « Dans un contexte international de guerre de l’information, de manipulation, on se tourne vers une entreprise étrangère ? C’est de la pure incompétence », peste un fonctionnaire, alors que la veille était réalisée par une société française, Visibrain, depuis 2017. Une tâche stratégique qui permet de suivre l’opinion publique ou certains pays étrangers en analysant les données circulant sur TikTok, X, Instagram, LinkedIn ou Facebook grâce à des paramètres définis.
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« L’entreprise est détenue par des fonds américains. Dès que l’on saisira des mots-clés, elle saura quels sujets stratégiques intéressent le ministère des Armées », explique-t-il en évoquant le Cloud Act, une loi obligeant toute entreprise américaine à transmettre ses données si l’État en fait la demande. Un autre cadre ministériel alerte : « Il nous arrive de paramétrer l’outil pour surveiller certains thèmes en amont d’un projet de loi. Ces informations pourraient être exploitées pour nous déstabiliser », prévient-il, alors même que la fiabilité des États-Unis n’est plus acquise. Interrogé sur ces sensibilités, un proche de Matignon tente de rassurer sur Talwalker en rappelant qu’« elle est soumise aux règles européennes : à savoir la protection des données européennes et le secret des affaires ».
Au-delà des enjeux de souveraineté se pose aussi la question du service proposé par Talkwalker. Le nouveau prestataire n’est pas opérationnel sur TikTok, malgré le cahier des charges de l’appel d’offres. « C’est comme recruter un chauffeur sans permis de conduire, à quoi ça sert ? », s’interroge un spécialiste de la communication institutionnelle. Il poursuit : « TikTok est un vecteur majeur de désinformation, d’influenceet d’ingérence, comme on l’a vu avec les élections en Roumanie. Cela va passer sous nos radars. »
Face à ces reproches, Matignon assure que Talkwalker se serait engagé à fournir une couverture – de quelques mois – du réseau social chinois. De surcroît, l’offre française était « trois fois plus élevée », affirment les services du Premier ministre, tout en concédant qu’elle était mieux évaluée sur le plan technique. Proposé à un tarif environ 75 % inférieur à celui de ses concurrents, mais avec un service en moins, le choix de Talkwalker soulève des questions. « Il y a un vrai problème de mise en concurrence », souligne un expert. Exclue de ce marché, Visibrain a déposé un recours pour dénoncer l’appel d’offres : il a été rejeté ce mercredi.
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