Sauvé. La journée de tous les dangers, ce mardi 24 juin, s’est finalement déroulée sans heurts, ou presque, pour les Girondins de Bordeaux, club historique du football français placé en redressement judiciaire l’an passé et menacé de disparition. Le tribunal de commerce de la préfecture de Gironde avait d’abord validé dans la matinée le plan de continuation de l’activité présenté par l’actuel président, puis la DNCG fédérale (le gendarme financier des clubs) a confirmé l’engagement des Girondins en National 2 (4e division) la saison prochaine tout en encadrant sa masse salariale.
Gérard Lopez a maintenant dix ans pour rembourser 26 millions d’euros de dettes après écrasement d’un passif réel bien plus élevé (près de 100 millions). Joint en toute fin de soirée, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois se félicite en exclusivité pour le JDD de ces décisions favorables. Confiant pour la suite, il trace la feuille de route de ces prochains mois et appelle les bonnes volontés à se rassembler autour du club avec un retour dans l’élite espéré en 2030.
Le JDD. Quel est votre état d’esprit après ces décisions favorables ?
Gérard Lopez. Tout ce qu’on a fait, c’est bosser sur ce qu’on savait. On savait qu’il fallait se maintenir à l’intérieur des lois existantes, et que si on le faisait, il n’y avait aucune raison que cela ne marche pas. Les lois n’existent pas pour rien. Le travail a été bien fait, les équipes ont super bien travaillé, je suis satisfait. Maintenant, le sportif doit répondre.
Peut-on dire que le plus dur commence ?
La suite après cette publicité
Oui, on peut dire ça. On a très peu communiqué parce qu’on était occupé à travailler sur des plans et de variables connues – ce n’étaient pas des surprises. On savait que le plan présenté était le plus fort. D’abord, parce qu’il n’y avait rien en face : c’était soit la liquidation, et là non seulement plus personne ne touchait quoi que ce soit, le club descendait encore plus bas mais en plus, il aurait fallu trouver un actionnaire qui amène de l’argent pour le remonter.
« J’ai commis des erreurs et je les ai payées cash, au sens premier du terme »
Quand on regarde ceux qui se sont pointés, un groupe a atterri à la police des finances, tout simplement pour avoir été malhonnête, il y a eu Oliver Kahn et Jacques-Henri Eyraud qui sont arrivés avec 30 millions, puis 15 millions avec un document que le tribunal a trouvé farfelu, puis 50 millions qui étaient en fait zéro : le tribunal les a obligés à répondre officiellement, il n’a jamais reçu de preuve de fonds.
Venant d’Oliver Kahn, avec une carrière comme la sienne… J’avoue que c’était un peu choquant pour tout le monde, ridicule même. Le foot rend fou tout le monde, moi y compris. Dans une société normale qui perd de l’argent à tout va, jamais je ne mettrais 40 millions d’euros. Dans le foot, je l’ai fait.
Et vous êtes encore là…
J’ai commis des erreurs comme tout dirigeant et après, je les ai payées cash, au sens premier du terme [voir l’entretien au JDD du 8 juin]. J’ai maintenu ou fait confiance à des gens qui, finalement, n’ont pas apporté les compétences voulues. Comme c’est moi qui prends les décisions et les assume, je deviens une cible facile. Et comme je ne communique pas beaucoup, les rumeurs peuvent enfler.
À un moment donné, plus personne ne s’arrête pour se poser les bonnes questions, par exemple : tous ceux qui me critiquent, les anciens, où étaient-ils il y a quatre ans quand j’ai repris le club ? Tout ce qu’ils ont fait, c’est prendre de bons salaires à Bordeaux – et tant mieux pour eux. Ils ont construit une grande histoire de Bordeaux mais aujourd’hui, leur valeur ajoutée est quasi-nulle. J’ai énormément de respect pour certains et j’attends encore aujourd’hui que d’autres sortent des critiques et viennent dire : « On donne un coup de main. » Mais ça n’existe pas.
Aujourd’hui, le plus dur reste à faire car la réalité du foot, c’est le terrain. Et là, tous ensemble, on a été mauvais ces dernières saisons. Aujourd’hui, on est en quatrième division et à un moment donné, il faudra qu’on ait raison sur le terrain aussi.
Les projections d’affluence et de recettes de la saison 2025-2026 sont-elles réalistes ?
C’est assez haut pour le National 2, mais nous sommes les Girondins de Bordeaux. C’est raisonnable en termes de structures. On part sur un groupe de 23, 24 joueurs avec sept ou huit joueurs d’expérience qui connaissent bien le National. On aura cinq, six joueurs juste un peu en dessous, capables de performer sans problème.
« Il y a des choses que je n’accepte pas, comme les menaces de mort »
On va mettre quelques jeunes aussi et puis on aura des remplaçants. On aura un groupe qui sera étoffé, tous les postes seront doublés. Cette année, notre tâche a été de finir la DNCG à temps pour que la direction sportive et le coach soient mis en face de leurs responsabilités, qui seront de choisir des joueurs et de les faire performer pour essayer de monter en National.
L’encadrement de la masse salariale est-il un gros fil à la patte ?
Non, ça ne change rien. On est encadrés certes, mais sur le plus gros budget de National 2. Si nous, on ne s’en sort pas, les autres sont mal.
Donc si la logique est respectée, et le travail bien fait, vous visez la remontée en National dès la saison prochaine ?
Toute autre déclaration de qui que ce soit au club qui n’irait pas dans ce sens serait stupide.
L’entraîneur Bruno Irlès sera-t-il toujours en poste ?
Oui, bien sûr, c’est lui qui a fait le premier pas. Moi, je voulais laisser un peu le temps à tout le monde de reprendre un peu ses esprits. C’est Bruno qui a pris les devants, qui m’a envoyé un message où il m’a expliqué qu’il était hypermotivé. Je n’avais pas encore pris ma décision à ce moment-là. C’est sur la base d’un échange assez long avec lui qu’on a décidé, avec la direction sportive, de continuer ensemble. On avait sans doute les bonnes personnes la saison passée, mais on n’avait pas le bon timing. Cette année, on se donne toutes les chances de réussir. Avec ces personnes-là, on va essayer de monter directement parce que c’est une obligation.
Vous avez un peu de temps désormais pour reconstruire. Est-ce le bon moment pour lancer un message fédérateur pour rassembler tous les supporters autour de l’équipe ?
Ce que les gens ne voient pas dehors, c’est qu’on reçoit énormément de messages de soutien. La majorité des gens ne parlent pas, dans le sport comme dans la vie. Seules les grandes gueules se font entendre. Elles sont 5 %. Nous, on se veut fédérateurs. Il y a simplement des choses que je n’accepte pas, comme les menaces de mort. On va avoir le résultat de ça dans les semaines qui viennent puisqu’il va y avoir des plaintes à tout va. Ce qui rend le club fort, c’est l’entourage du club.
On a par exemple une excellente relation avec la métropole, qui a repris la gestion du stade. On va essayer de les aider à apporter de la valeur dans la gestion du stade. On a des supporters hors du commun pour un club de National, et même de Ligue 2. Ils soutiennent le club, pas Gérard Lopez. Ils veulent des résultats, et c’est normal. Et puis il y a un groupuscule de gens qui sont là depuis le départ comme pour foutre la merde. On verra comment agir.
Après, vous avez le public qui revient dès qu’il y a des résultats, les gens ont envie de venir au stade dès qu’ils voient quelque chose de positif. La première saison en Ligue 2, on avait fait plus de 20 000 personnes en moyenne, et près de 40 000 pour les derniers matchs.
Comment les faire revenir ?
Le plus important, c’est vraiment de lancer cette dynamique positive parce qu’après, ça devient un cercle vertueux. Si vous gagnez trois ou quatre matchs sur les cinq premiers et que vous êtes premiers, les gens auront envie de venir. Et en venant, ils vont vous aider à faire mieux. Cette année, par exemple, on était premiers puis on a perdu cinq matchs d’affilée et on a perdu pied. Nous, on n’a jamais fermé la porte à ceux qui veulent donner un coup de main ou discuter.
« Même s’ils restent importants, les chiffres sont tellement plus petits que ce que j’ai pu financer dans le passé… »
Arnaud De Carli [vice-président des Girondins de Bordeaux, NDLR] a maintenu une réunion ce mardi avec cent partenaires locaux intéressés par ce qu’on est en train de faire. Clairement, il y a de l’engouement. On a signé tous les contrats de sponsors pour la saison prochaine, en avance sur la saison passée. Un club de foot n’intéresse que par le foot.
Si on fait dix victoires d’affilée pour commencer la saison, c’est très compliqué pour qui que ce soit de critiquer le club et de critiquer les dirigeants. Si on fait dix défaites d’affilée, on passera pour des cons à nouveau et sans doute avec raison, ça voudra dire qu’on aura à nouveau fait une erreur quelque part. Les émotions du foot sont vraiment de courte durée. Tout ce que les gens veulent, in fine, c’est que leur club marche. Moi aussi. Donc, au moins en théorie, on est alignés là-dessus.
Voyez-vous ce plan de continuation réussir à 100 % ou il y aura quand même des obstacles ?
Non, à 1 000 %. Parce que même s’ils restent importants, les chiffres sont tellement plus petits que ce que j’ai pu financer dans le passé… Et l’augmentation des remboursements (de la dette) vers les 40 % se fera par les résultats, donc les montées en National, en Ligue 2, Ligue 1. Pour le coup, tout le monde sera aligné, tout le monde aura intérêt à ce que ça marche.
Il faudra pour cela prendre les bonnes décisions sportives. Et cette fois vous n’aurez plus de joker…
C’est ça, mais c’est ce qui est beau aussi.
Source : Lire Plus






