Qu’est-ce qui réunit Gabriel Attal, Yaël Braun-Pivet, Manuel Bompard, Aymeric Caron, Mathilde Panot, Olivier Faure, François Hollande, Clémentine Autain, Alexis Corbière et Sandrine Rousseau ? Et avec eux inclus, dans l’ordre des bataillons les plus fournis, 64 députés du parti d’Emmanuel Macron, 62 députés LFI, 59 socialistes, 35 écologistes, 20 démocrates hier chrétiens ? Le 27 mai, dans la joie du devoir accompli, cette troupe réunissant le fameux « arc républicain » des extrêmes gauches à la gauche centro-macroniste vota pour la loi sur l’euthanasie et le suicide assisté. Pour travestir cette froide faucheuse en une infirmière désirable, on l’a appelée « droit à l’aide à mourir ».
Un mois a passé et l’affaire semble tout à fait entendue, et oubliée. On est passé à des choses plus sérieuses : le pinacle de la vie politique de François Bayrou, le rétablissement du scrutin proportionnel, dispute la vedette avec la frénésie de discours et initiatives diplomatiques majeurs du président, entre Monaco, Singapour, les océans et les communiqués et palabres de Conseils de défense pour occuper le terrain – médiatique – sans rien faire sur l’Iran.
Autant de prix pour la mort, si peu pour la vie
Enterrées, les oppositions à cette machine infernale, dont on rappellera ici quelques-unes des principales innovations. Si vous êtes vieux, handicapé, malade, gravement dépressif et que vous souhaitez, tous comptes faits avec votre mutuelle, en finir le plus vite possible, cesser d’être une soi-disant charge pour vous-même et votre entourage, l’Assemblée nationale française a un cadeau pour vous. Une guillotine chimique que vous vous auto-administrerez, après l’avis d’un seul médecin – un seul, pas question d’un collège, et surtout que les psychiatres ne s’en mêlent pas, encore moins les juges. Silence, on tue.
Le délai de réflexion sera seulement de 48 heures pour mettre fin à votre vie
Le délai de réflexion ? Dans un pays où le délai légal de rétractation pour l’achat d’un lave-linge est de quatorze jours (article L221-18 du Code de la consommation), il sera seulement de 48 heures pour mettre fin à votre vie. Vous avez intérêt à ne pas mollir : si au troisième jour, vous hésitez, ce sera trop tard. Dans la vie comme dans la mort, il faut savoir ce que l’on veut. Dans leur prodigalité, les 305 députés à qui l’on doit cette avancée humaniste ont levé pratiquement tous les freins, toutes les limites, toutes les prudences à cette mécanique de mort, qui enregistre des succès spectaculaires à l’étranger (aux Pays-Bas, le nombre d’euthanasies a quintuplé depuis sa légalisation ; au Québec, les euthanasiés représentent 6,6 % des décès annuels, l’équivalent en France de 42 000 morts ; nous pouvons sûrement faire mieux). Ainsi, en France, une personne sous tutelle n’a pas le droit de signer un chèque, mais elle aura le droit de se tuer en 48 heures grâce à cette loi. Et gare à ceux qui voudront empêcher ces assassinats : cette entrave sera passible de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Comment sommes-nous arrivés à une telle inversion de valeurs ? Mettre autant de prix pour la mort, et si peu pour la vie ?
Que les dizaines de millions de Français musulmans, catholiques, protestants, orthodoxes, juifs croyant au Ciel se cabrent et s’indignent ; que les dizaines de millions d’agnostiques se demandent si, tout de même, sait-on jamais, le fait vital ne nous appartenait pas entièrement ; que la plupart des 226 000 médecins français hurlent au viol patent de leur serment d’Hippocrate (« Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux ») ; que les parents et associations de personnes vulnérables ou handicapées crient leur détresse devant un carnage annoncé ; que les soignants dénoncent le scandale de la pénalisation du délit d’entrave – préserver la vie deviendrait un délit ; non, décidément, tout cela ne méritait aucune considération à l’Élysée, au perchoir de l’Assemblée et au siège des partis de gauche susnommés. Des partis hier engagés justement à protéger et défendre les plus vulnérables et les plus dépendants, aujourd’hui à les achever.
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Les 199 courageux
Face à une telle menace et de tels adversaires, les demi-mesures et les prudences tactiques ne sont plus de mise. La pression et les projecteurs doivent être désormais entièrement tournés vers les 348 sénateurs, en particulier le président du Sénat Gérard Larcher. Ils auront le devoir et l’honneur de tailler en pièces cette guillotine chimique et bureaucratique. Le Sénat, autrement plus sage et sérieux qu’une Assemblée nationale sans boussole, produit de la dissolution du président Macron l’an dernier, s’honorerait d’un rejet sans appel de ce texte.
Sinon quoi ? Aux Français, lors des élections municipales de 2026 et présidentielles de 2027, de sanctionner en masse les élus des partis promoteurs de cette atrocité. Et de se tourner vers le pays réel, qui s’est à l’évidence exprimé à travers les 199 députés qui ont dit non à cette honte. On trouve ces résistants, porteurs de l’avenir politique du pays, au Rassemblement national (101), chez Les Républicains (34), à l’UDR (16), et notamment chez les onze dissidents courageux du parti présidentiel. Dans la vie humaine comme dans la vie d’une nation, lorsque l’essentiel est en jeu, on ne s’appuie que sur ceux qui résistent. On aurait tort de faire de ce sujet fondamental un enjeu purement « sociétal », pour reprendre cet étrange et très récent adjectif emprunté aux sociologues anglo-saxons.
Un pays qui met au cœur de ses lois, voire de sa loi fondamentale (cf. le principe de précaution dans notre Constitution), une forme d’option préférentielle pour la mort n’est-il pas irrémédiablement voué à l’échec et au déclin ? Notre économie, l’ardeur de vivre – et de travailler – des nouvelles générations, notre capacité à nous projeter collectivement dans une aventure plus grande que nous, et tout simplement notre ardeur à défendre nos frontières, notre culture et notre mode de vie ne seraient-ils pas décuplés sans cette préférence nationale pour le formol (principe de précaution) et le propofol (poison utilisé pour l’euthanasie pour tous) ? Les nouvelles générations et ceux qui nous précèdent depuis quinze siècles méritent mieux qu’un projet de France-mouroir, dont le dernier habitant éteindrait la lumière avec l’accord des jurisconsultes de La Haye.
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